«Faits divers»: la filière mexicaine

Éric Bruneau et Patrick Hivon incarnent respectivement un petit caïd et un ex-policier travaillant pour un concessionnaire de voitures, dans «Faits divers».
Photo: S. Gauvin Éric Bruneau et Patrick Hivon incarnent respectivement un petit caïd et un ex-policier travaillant pour un concessionnaire de voitures, dans «Faits divers».

Il y a des deuils télévisuels plus difficiles à faire que d’autres. Ce sera le cas pour Faits divers, du tandem de feu que forment la scénariste Joanne Arseneau et le réalisateur Stéphane Lapointe. Lors du point de presse virtuel tenu mardi matin, chaque journaliste a exprimé sans gêne son regret de devoir faire ses adieux à l’enquêtrice de Mascouche Constance Forest (Isabelle Blais), ainsi qu’à ses colorés collègues et à son inénarrable famille. Peut-être valait-il mieux partir en beauté qu’après une saison de trop.

Tandis que Joanne Arseneau, qui a le cœur gros à l’idée de quitter ses personnages, promet une « finale satisfaisante », les deux premiers épisodes de la quatrième et dernière saison de Faits divers que Radio-Canada a mis en ligne sur son site de presse mettent la table pour une saison à la hauteur des trois précédentes.

Fidèle à elle-même, la scénariste a concocté un univers noir, tordu et sanglant à souhait où se croise et se heurte une pléthore de personnages tous plus singuliers les uns que les autres. Fidèle à lui-même, le réalisateur a fait preuve de créativité et d’audace. Ainsi, c’est par le pavillon d’une trompette interprétant Coucouroucoucou que l’on pénètre dans le premier épisode, où un mariachi reçoit une balle en plein front.

« On a tellement aimé faire cette série-là que j’ai voulu que la quatrième saison soit grandiose, truffée de petites idées du genre, de plans un peu spéciaux. Je me cassais la tête pour nous faire sourire tout en gardant le drame sordide. Il fallait trouver le bon dosage pour essayer de rendre crédible ce chef de cartel qui débarque à Mascouche et que tout s’emboîte bien », confie Stéphane Lapointe.

D’El Chapo à El Gallo

À son corps défendant, Albert Scott-Ducharme (Simon Lacroix), chroniqueur radio aux idées de droite, se retrouve mêlé à une série de meurtres impliquant les membres d’un cartel mexicain basé à Mascouche, les employés d’une entreprise de vitres teintées et les motards. Les choses iront en empirant lorsque Dany Lafleur (Éric Bruneau), qui rêve d’obtenir son patch, lui viendra en aide. Et qu’El Gallo (Domenic Di Rosa), chef des narcotrafiquants, débarquera à Mascouche pour savoir ce que fabrique son fils Raphaël (Juan Grey), qu’il a confié à la femme de son frère, Linda Portelance (Joanie Martel).

Joanne Arseneau dévoile que c’est l’entrevue accordée par El Chapo à Sean Penn qui a été la « première étincelle » : « J’imaginais une rencontre de ce genre-là entre Albert Scott-Ducharme et El Gallo — qui veut dire “coq” en espagnol et qui est l’un des rares noms de chefs qui ne soit pas déjà pris. J’ai créé des personnages nigauds depuis la première saison, alors je me suis demandé ce que ça ferait d’avoir un intellectuel qui se retrouve avec des criminels mal dégrossis. En soi, ça me faisait rire. »

Quant à ceux qui lui ont inspiré le chroniqueur de droite, elle préfère ne nommer personne : « C’est évident que j’ai écouté nos intellectuels pour les dialogues de ce personnage-là, mais je dirais que c’est un amalgame de ces grands bavards, de ces grands polémistes à la radio. »

Réalité alternative

Si elle dépeint ce qu’elle appelle un « monde parallèle », Joanne Arseneau prend bien soin de faire ses recherches pour que le tout demeure plausible. Pour créer le personnage de Françoise Scott (Dominique Leduc), qui souhaite secourir les réfugiés mexicains, elle s’est tournée vers des travailleurs humanitaires.

« J’ai aussi lu beaucoup sur les cartels, j’ai vu le reportage Narcos PQ, où l’on voit à quel point les gens des cartels mexicains se sont introduits à Montréal. Tout ça existe vraiment. Je ne raconte pas l’histoire d’un chef de cartel en particulier, mais je sais qu’El Chapo a des contacts avec une Québécoise et qu’une Québécoise a des contacts avec un proche d’El Chapo. Tout ça m’aide à me connecter sur une certaine forme de réalité. Je me branche vraiment sur la culture criminelle québécoise. Évidemment, je la tords un peu », explique-t-elle.

J’ai créé des personnages nigauds depuis la première saison, alors je me suis demandé ce que ça ferait d’avoir un intellectuel qui se retrouve avec des criminels mal dégrossis. En soi, ça me faisait rire.

Pour cette quatrième saison, la réalité s’est imposée à la fiction. De fait, contrairement à plusieurs séries, Faits divers ne fait pas abstraction de la pandémie. On y verra donc quelques acteurs masqués et des personnages rappeler la règle des deux mètres de distance. « On a quand même pu faire ce qu’on avait en tête. On pensait qu’on aurait eu à se servir davantage de la pandémie », se souvient Stéphane Lapointe.

« Au début, ça m’a quand même créé des angoisses, reconnaît la scénariste. Le 12 mars, je n’avais pas fini d’écrire la série. Je me demandais si les spectateurs allaient vouloir en entendre parler. À un moment donné, on s’est dit qu’on ferait ça léger comme durant l’été, où il y a eu une accalmie et des rassemblements. Je pense que c’est suffisamment drôle pour ne pas que les spectateurs se sentent de nouveau envahis par la COVID-19. »

Faits divers IV 

Sur ICI Tou.tv Extra, dès le jeudi 17 décembre. À ICI Télé, dès le lundi 15 février, à 21 h