«Mammouth 2020», une fenêtre ouverte sur demain

Notamment au programme, un sketch parodiant la série «La casa de papel» à la sauce coronavirus.
Photo: Télé-Québec Notamment au programme, un sketch parodiant la série «La casa de papel» à la sauce coronavirus.

« Franchement, je suis un peu tanné de pleurer », laisse tomber en riant un Vincent Bolduc faussement exaspéré, à quelques jours de la diffusion de Mammouth 2020. Depuis maintenant plusieurs semaines, le coproducteur au contenu et script éditeur de cette radiographie de l’état d’esprit des Québécois de 13 à 17 ans verse des larmes aussi souvent qu’il s’esclaffe en visionnant le montage préliminaire de l’émission à nouveau pilotée vendredi à Télé-Québec par Pier-Luc Funk et Sarah-Jeanne Labrosse.

C’est qu’il y a de quoi se ravigoter le cœur et faire des provisions d’espoir dans ces hommages que des ados rendent à ceux et à celles qui se trouvent derrière les quinze gestes les plus inspirants des douze derniers mois. Quinze citoyens de tous les milieux, honorés dans autant de catégories cousues main, dont l’ancienne concurrente d’Occupation double Catherine « Peach » Paquin (Retourner à son métier d’infirmière en période de pandémie), l’ingénieure en aérospatiale Farah Alibay (Participer à la mission spatiale Mars 2020 de la NASA), le directeur national de santé publique Horacio Arruda (Vulgariser la COVID-19 avec simplicité et humanité) et l’humoriste Mathieu Dufour (Divertir durant le confinement grâce auSHOW-rona Virus).

« La colonne vertébrale du show,c’est la parole des jeunes que l’on porte », se réjouit Vincent Bolduc, qui dit puiser « le carburant sur lequel je roule pour le reste de l’année » dans la création de cette fête quelque part entre les Teen Choice Awards, le Bye Bye et la cérémonie d’un Club Optimiste.

Pour élaborer cette liste de gestes à souligner, et les sketchs et présentations qui ponctueront cette quatrième édition, ses collègues et lui se seront d’abord inspirés d’un grand sondage, puis de rencontres virtuelles avec des élèves de partout au Québec, ainsi que de treize heures de témoignages face à la caméra. « Regarder ces jeunes qui s’expriment avec autant de nuances sur des enjeux importants, c’est l’antidote parfait à tous ces lieux où des gens s’écrivent en caps lock pour se crier des mots par la tête. C’est un acte d’humilité comme adulte de voir ce qui mijote pour les années à venir. C’est comme ouvrir une fenêtre sur demain. »

Toutes les diversités

L’antidote parfait aussi à la blancheur régnant souvent sur les autres galas et revues de fin d’année. Rarement un événement honorant le meilleur de la culture québécoise aura mis en lumière autant de diversité culturelle, corporelle et fonctionnelle.

De diversité idéologique aussi, pourrait-on ajouter en constatant que quatre visages importants de la lutte contre le racisme (Elisapie, FabriceVil, Jemmy Echaquan Dubé et Jessica Prudencio) figurent parmi la sélection Mammouth 2020 aux côtés du premier ministre François Legault, encensé par cette même jeunesse, peu importe son refus de prononcer les mots « racisme systémique », pour sa gestion « rassurante » de la crise de la COVID-19.

« Ce qui est beau, c’est que les jeunes ne sont pas dans le dogmatisme ou dans la partisanerie, observe Vincent Bolduc. Sur des enjeux graves comme la vague de dénonciations d’agressions sexuelles ou le Black Lives Matter, ils ont des réponses d’une telle franchise, d’une telle lucidité. Mais autant ils sont avides de combats sociaux, autant ils avaient grandement besoin de se faire rassurer cette année, et c’est pour cette raison qu’ils ont choisi François Legault, n’en déplaise à toutes nos opinions d’adultes qu’on peut avoir sur la politique… »

Moins polarisés que leurs parents, les ados ? Certainement. Plus avancés dans leur réflexion sur certains sujets ? « À propos du Black Lives Matter, ce qui est clair, c’est qu’ils n’en reviennent pas qu’on en soit encore là. Ils savent qu’il faut encore en parler, mais ils sont dépassés de voir que la société est à la remorque de là où eux, ils sont rendus. »

Là où les jeunes sont

Il y a quatre ans, l’ancien directeur général des programmes de Télé-Québec, Denis Dubois, mettait au monde ce projet d’un gala « inspirationnel » avec l’objectif avoué de rameuter une tranche d’âge pour qui l’idée de s’asseoir à une heure donnée devant la télé tient (presque) autant de l’hérésie qu’un prof qui fumerait la cigarette en classe. Le succès de Mammouth correspondrait au ton « parfait, jamais moralisateur » de ses hôtes, mais aussi à son approche des réseaux sociaux, pense France Beaudoin, dont la boîte, Pamplemousse Média, coproduit la soirée avec Attraction Images.

« On ne voit pas le Web comme étant en parallèle, mais comme un allié. C’est à part entière dans notre façon de présenter le contenu », explique-t-elle. Que les segments composant le grand rendez-vous du vendredi soient entièrement morcelables leur permettent ainsi à la fois de hameçonner en amont les téléspectateurs sur les réseaux sociaux et de connaître une deuxième vie dans les semaines qui suivront leur diffusion télévisuelle traditionnelle. « Il y a une combinaison là qui est tellement payante, quand on réussit à le faire sans présenter sur les réseaux sociaux que des restants. De toute façon, on n’a pas le choix : si on veut rejoindre les jeunes, il faut aller là où ils sont. »

On pourrait se dire que c’est une année à oublier, mais ce que les jeunes nous ont rappelé, c’est que ce n’est pas l’année qui fait l’année, c’est comment on va décider de se la raconter

 

C’est à pas moins de quatre rétrospectives de fin d’année que collabore d’une manière ou d’une autre France Beaudoin (En direct de l’univers, Les dix de 2020, La revue culturelle et Mammouth 2020), une tâche moins pénible que ce que l’année difficile, voire tragique, qui se termine pourrait laisser présumer. « Je ne veux pas avoir l’air d’embellir, mais c’est un exercice intéressant de trouver le beau là-dedans », pense la reine québécoise de la télé bienveillante. « Quand on a commencé à faire En direct, il y a plusieurs années, je me demandais beaucoup : “Comment on va faire pour que ce ne soit pas quétaine ?” Tranquillement, j’ai appris que la bonté que peuvent véhiculer ces émissions-là, ce n’est pas à négliger, surtout cette année. »

L’année 2020 aura été éprouvante, mais le bilan de Mammouth ne le sera pas, promet Vincent Bolduc. « On pourrait se dire que c’est une année à oublier, mais ce que les jeunes nous ont rappelé, c’est que ce n’est pas l’année qui fait l’année, c’est comment on va décider de se la raconter. »

Mammouth 2020

Télé-Québec, vendredi, 20 h