«Appelez mon agent, saison 4»: dernier tour de piste

Assaad Bouab, Mimie Mathy, Camille Cottin, Gregory Montel et Stefi Celma dans une scène d’«Appelez mon agent» saison 4
Photo: Shanna Besson Assaad Bouab, Mimie Mathy, Camille Cottin, Gregory Montel et Stefi Celma dans une scène d’«Appelez mon agent» saison 4

En novembre 2018, Fanny Herrero, créatrice, scénariste et « showrunneuse » d’Appelez mon agent (Dix pour cent en France), annonçait qu’elle n’écrirait pas la quatrième et dernière saison de la série imaginée par l’agent de stars, producteur et, accessoirement, acteur Dominique Besnehard. Aurait-il fallu commencer à faire son deuil à ce moment-là ? Ne sautons pas tout de suite aux conclusions… d’autant plus que Le Devoir n’a eu droit de voir que les deux premiers des six épisodes.

Récapitulons d’abord. Au dernier épisode de la troisième saison, où l’on célébrait les 30 ans d’ASK avec des artistes de catégorie A (Monica Bellucci, Joey Starr, Jean Dujardin, Gérard Lanvin, Claude Lelouch, Françoise Fabian, Line Renaud…) et une Isabelle Huppert de substitution (Guilaine Londez), Hicham (Assaad Bouad), nommait Andréa (Camille Cottin) directrice générale de l’agence, au grand dam de Mathias (Thibault de Montalembert), qui avait tout fait pour arriver au sommet.

Fidèle assistante et maîtresse du traître, Noémie (Laure Calamy) s’empressait alors de quitter la fête, dossiers d’artistes sous le bras, pour suivre Mathias, tandis que Gabriel (Grégory Montel) et Arlette (Liliane Rovère) juraient fidélité à Andréa. Enfin, Camille (Fanny Sidney) et Hervé (Nicolas Maury) annonçaient à Sofia (Stéfy Celma), redevenue réceptionniste, qu’elle était nommée aux César — malgré le flop du long métrage de Julien Doré.

Charge mentale

Si l’attrait premier d’Appelez mon agent résidait dans l’apparition de grandes vedettes du cinéma français jouant leur propre rôle et se moquant de leur image, l’intérêt s’est bientôt transféré sur les quatre agents d’ASK, Mathias, Andréa, Gabriel et Arlette. Qui ne s’est pas délecté de leurs répliques cinglantes, de leurs rivalités, de leurs mésalliances, de leurs trahisons, de tout ce qu’ils pouvaient imaginer pour décrocher un contrat, pour répondre aux caprices de leurs « talents » et pour qu’ASK reste dans le coup ?

Bonne nouvelle : dans la quatrième saison, campée quatre mois après les événements, tous les coups sont encore permis afin d’empêcher les plus grandes stars de la boîte de passer chez la compétition. On ira même jusqu’à virer ceux qui n’apportent pas assez de notoriété ou de glamour à la boîte. Et, bien sûr, on tentera d’appâter de gros noms.

Alors que tous se démènent pour sauver ASK d’un potentiel naufrage et que Camille et Mathias découvrent le côté sombre de la production, force est d’admettre que les personnages ont perdu de leur superbe et de leur verve. Rassurez-vous, aucun n’est devenu aussi mièvre que Camille ou aussi casse-pieds que Gabriel.

Ayant découvert son instinct paternel sur le tard, Hicham, qu’on se plaisait à détester, fait figure de matou dégriffé. Andréa, la plus redoutable du lot, n’est plus que l’ombre d’elle-même, l’oreille scotchée à son portable pour s’excuser auprès de Colette (Ophélia Kolb) de ne pas être une amoureuse et une maman plus présente. Heureusement, elle n’a pas perdu toute sa combativité.

Entretenant avec Noémie une amitié qui paraît artificielle, voire intéressée, Camille, Hervé, qui pourrait être appelé à changer de métier, et Sofia sont quasi réduits au statut de figurants. Quant à Arlette et à Gabriel, vivement que l’heure de la retraite et du changement d’orientation professionnelle sonne enfin pour eux.

Étoiles pâlottes

Du côté des « guest stars », mentionnons au premier épisode Charlotte Gainsbourg, qui supplie Andréa de l’empêcher de jouer dans le nanar de science-fiction de son meilleur ami bédéiste, et Mimie Mathy, vedette de la populaire série Joséphine, ange gardien, qui fait comprendre à Andréa que les stars de la télé ne comptent pas pour des prunes.

Au deuxième épisode, Franck Dubosc, qui désire se tailler une place dans le cinéma d’auteur, devra endurer les manœuvres maladroites de Gabriel. Si ces récits secondaires ont des incidences directes ou indirectes sur l’intrigue principale, la survie de l’agence ASK, on sent que les coutures ne sont pas aussi solides que d’habitude. Dominique Besnehard n’avait plus d’anecdotes cocasses à fournir au bataillon de scénaristes ?

Même les vedettes invitées ne semblent pas prendre autant de plaisir à se plier au jeu que les Nathalie Baye, Isabelle Huppert et Fabrice Luchini dans les saisons précédentes. Les réalisateurs Antoine Garceau et Marc Fitoussi les auraient-ils abandonnées à elles-mêmes ?

Que nous réservent les épisodes suivants où se succéderont notamment José Garcia, Sandrine Kiberlain, Sigourney Weaver (et son délicieux français), Guillaume Gallienne et Jean Reno ? Avec un peu de chance, ces derniers ajouteront un peu plus de piquant, de folie et d’émotion dans cette série qu’on a connue plus décapante et plus divertissante. Malgré les désagréables impressions de déjà-vu, le côté brouillon de l’ensemble et un chouïa de mélancolie qui plombe le rythme autrefois plus fringant, on sera au rendez-vous pour dire adieu à ces agents très spéciaux.

Appelez mon agent, saison 4

Sur l’Extra de Tou.tv, dès le jeudi 10 décembre. ​Saisons 1, 2 et 3 sur l’Extra de Tou.tv et sur Netflix.