«Guerrières»: elles étaient cinq

Ingrid Falaise (à gauche) recueille le témoignage de Nathalie Richard, une des participantes au documentaire «Guerrières».
Photo: Canal Vie Ingrid Falaise (à gauche) recueille le témoignage de Nathalie Richard, une des participantes au documentaire «Guerrières».

Qu’ont en commun Annie St-Onge, Nathalie Richard, Isabelle Simpson, Diane Vachon et Zainabou Ouedraogo ? Ce sont des femmes qui se battent par nécessité pour faire changer les choses. En un mot, elles sont des guerrières. Ce trait de caractère, elles le partagent avec l’actrice et autrice Ingrid Falaise, à qui elles se sont confiées dans Guerrières, de Mariane McGraw.

Comme l’a raconté Céline Gosselin, directrice du développement et productrice chez N12, lors d’une rencontre de presse virtuelle suivant la présentation du documentaire, trouver ces perles rares a été un processus très long. Malgré les nombreux appels lancés dans différents organismes et réseaux sociaux, peu de femmes se sentaient prêtes à discuter devant la caméra de leur combat.

« On cherchait de la résilience, une force au-delà de l’imaginaire, a dit la productrice. On n’avait pas établi de sujets, mais plutôt des critères précis sur ce qu’est une guerrière en 2020 par rapport aux failles, aux injustices que les femmes vivent encore aujourd’hui. »

Ressentant beaucoup d’énergie et de satisfaction à être une guerrière, Annie St-Onge, dont la sœur a été assassinée par son petit ami au Mexique, lutte pour que ses neveux reçoivent une indemnisation.

Séparée très tôt du père de son fils lourdement handicapé — qu’elle ne changerait pour rien au monde —, Nathalie Richard a fondé L’Étoile de Pacho pour venir en aide aux parents qui reçoivent peu d’aide financière du gouvernement.

Isabelle Simpson rêvait d’être une star internationale de la chanson. À la suite d’une agression sexuelle, elle tombe dans le cercle vicieux de la toxicomanie et de la prostitution. Aujourd’hui, elle se bat pour que l’aide sociale reconnaisse la dette que son ancien proxénète a contractée en son nom.

Pour sa part, Diane Vachon a perdu sa fille dans un accident de la route. La jeune femme et son amie, elle aussi décédée, se trouvaient à bord d’un véhicule conduit par une connaissance en état d’ébriété. Le chauffeur a écopé d’une peine de quatre ans, plutôt que de six ans et demi. Le combat de Diane Vachon pour obtenir justice aura duré quatre ans.

Fière Africaine née au Burkina Faso, Zainabou Ouedraogo a été excisée à sept ans. Aujourd’hui, elle se bat pour que cette pratique cesse au Québec comme ailleurs. Témoigner devant la caméra est déjà pour elle un exploit.

« On est vraiment parties de leurs histoires à elles, a expliqué la scénariste Marie-Ève Potvin. Ce sont cinq personnes vraiment uniques qui se rejoignent sur le plan de leurs forces, d’où elles sont rendues dans leur vie, au moment de dire : “Ça suffit !” »

Une amie à l’écoute

Au cours de la conversation, le mot empathie revient à plusieurs reprises. Il est vrai que les entrevues menées par Ingrid Falaise en sont empreintes. Il y a une telle complicité entre celle qui a dénoncé la violence conjugale dans Le monstre (Libre Expression, 2015) et les cinq guerrières qu’il est surprenant de découvrir qu’elles ne s’étaient pas rencontrées avant le tournage.

« On voulait être témoin d’une certaine intimité qui se déroulait entre Ingrid et chacune des guerrières, a expliqué la réalisatrice Mariane McGraw. On voulait leur rendre hommage, leur faire honneur, mais d’abord et avant tout, on voulait prendre soin de ces femmes-là afin qu’elles se sentent écoutées, aimées. Il y avait beaucoup d’amour et de respect dans la façon de tourner, dans les lieux de tournage, où elles sont entourées de nature et de douceur. On voulait qu’elles soient enveloppées de délicatesse. »

On est vraiment parties de leurs histoires à elles. Ce sont cinq personnes vraiment uniques qui se rejoignent sur le plan de leurs forces, d’où elles sont rendues dans leur vie, au moment de dire:  “Ça suffit !”

 

L’implication d’Ingrid Falaise dans le projet a été déterminante puisque chacune des femmes interviewées connaissait son histoire et avait l’impression de rencontrer en elle une amie, une confidente.

« Je me sens très choyée et très honorée de leur confiance, confiait celle qui s’est fait connaître dans Elles étaient cinq, de Ghyslaine Côté, en 2004. C’est Marie-Ève qui a fait les préentrevues, et moi, j’ai lu les dossiers. On a passé la journée ensemble, on a pris le temps de se raconter, d’apprendre à se connaître. Le début de l’entrevue n’est pas comme la fin, où je réussissais à aller chercher encore plus d’émotion parce qu’un lien de confiance avait été établi. Mariane captait tout avec une caméra de manière à ne pas être trop intrusive. »

Le tournage de Guerrières s’est terminé en septembre et, déjà, avant même sa diffusion, certaines choses auraient changé dans la vie des femmes interviewées. Quant à Ingrid Falaise et aux guerrières, elles sont restées en contact. « Elles font partie de mon ADN ; je me suis entré ces guerrières-là dans le cœur. On a ce lien-là qui va rester. C’est très organique, très senti, très humain. »

Guerrières

Canal Vie, le mercredi 2 décembre, 20 h