On a testé la neuvième génération de consoles

Les nouvelles consoles que vous retrouverez sur les listes de cadeaux de Noël: la PlayStation 5 et la Xbox Series X.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Les nouvelles consoles que vous retrouverez sur les listes de cadeaux de Noël: la PlayStation 5 et la Xbox Series X.

Xbox Series X. PlayStation 5. Préparez-vous à voir ces mots sur les listes de cadeaux des Fêtes, car la neuvième génération de consoles vient — théoriquement — d’arriver sur les tablettes. Un moment à marquer d’une pierre blanche, chaque « nouvelle génération de consoles ponctu[ant] l’histoire du jeu vidéo, rappelle Bernard Perron, professeur spécialisé en jeu vidéo et en cinéma à l’Université de Montréal. Ça marque littéralement la nouvelle génération de joueurs qui aura vécu sa sortie ». Un constat peut-être encore plus juste puisque ces deux machines haut de gamme de Sony et Microsoft font miroiter une nouvelle génération de jeux plus immersifs. Et tiennent leurs promesses.

« Ça amène du souffle à l’industrie, remarque aussi Philip Barclay, producteur exécutif chez studio Sabotage, à Québec. Plus de gens achètent de jeux, plus on peut faire de jeux. Même en temps de pandémie, des millions de gens achètent des consoles high end. C’est complètement fou. »

Pandémie oblige, justement, les deux consoles ont été lancées en ligne afin d’éviter les longues files d’attente traditionnelles devant les magasins. Rapidement, les stocks se sont vidés. Au moment où ces lignes étaient écrites, il était à peu près impossible d’en trouver une sur les tablettes. Microsoft et Sony ont tous deux fourni leur console au Devoir pour que nous en fassions l’essai. Plongeons.

Sept ans de technologies

Si le début de leur conception date de bien avant la pandémie, les deux consoles partagent une esthétique apocalyptique qui résonne avec l’époque. La PlayStation 5 de Sony, énorme et blanche, donne l’impression qu’un béluga s’est échoué dans notre salon. La Xbox Series X, svelte, austère et noire, ressemble à un menhir abandonné par une civilisation perdue.

Sous leurs capots, on retrouve le dernier cri d’AMD — microprocesseurs Zen 2 et processeurs graphiques RDNA 2 —, permettant un bond appréciable en matière de puissance brute comparativement à la génération précédente des PlayStation 4 (PS4) et Xbox One, lancée il y a déjà sept ans.

Mais c’est surtout grâce à leur support de stockage, des disques à semi-conducteurs, que cette génération se démarque. Déjà bien présents dans l’univers informatique, ces disques ultrarapides étaient jugés trop coûteux pour être intégrés à une console. Leur ajout à la PlayStation 5 (PS5) et à la Series X change complètement la donne, permettant d’entrer dans une partie en quelques secondes et parfois même d’éliminer les temps de chargement une fois à l’intérieur de ceux-ci.

Au grand bonheur des développeurs. « Nos développeurs voient un défi stimulant [dans chaque nouvelle génération], explique Julien Laferrière, producteur d’Assassin’s Creed : Valhalla chez Ubisoft Montréal. C’est un peu comme Noël pour nous. »

Pour ceux qui possèdent un téléviseur qui le permet, les deux machines sont capables de rendre les jeux jusqu’à 120 images par seconde, en résolution 4K et avec une grande plage dynamique. « On a pu expérimenter avec les kits pour développeurs, raconte Philip Barclay. Cette nouvelle génération nous permet de simuler beaucoup plus de polygones et de particules. »

« Si on compare à la Nintendo Switch, qui reste une super console avec une excellente pénétration de marché, on a l’impression de retourner 10 ans en arrière », ajoute-t-il.

Cette technologie a un prix. Les deux consoles se détaillent autour de 600 $, une augmentation d’environ 150 $ par rapport au lancement de la dernière génération. Ces prix paraissent moins rébarbatifs lorsqu’on les compare au monde des ordinateurs de jeu vidéo. Un PC sur mesure permettant d’atteindre des performances similaires peut coûter près du double.

Les jeux des grands studios, dont les budgets de développement continuent d’exploser à force de concevoir des mondes toujours plus détaillés, atteignent les 90 $, soit 10 $ de plus qu’auparavant. Sans compter les éditions de luxe incluant divers suppléments, qui peuvent atteindre les 130 $. Ouch.

Les jeux d’abord

L’interface des deux consoles met les jeux en avant-plan. On peut toujours s’en servir pour regarder nos films et séries télé, mais cela est secondaire. Ce recentrage est particulièrement visible sur la Series X. Grâce à un savant usage de son disque électronique, on peut passer d’un jeu à l’autre instantanément, sans avoir à revenir sur leur écran d’accueil respectif.

Les applications mobiles des deux consoles ont été modernisées. « Les nouveaux magasins de jeux, c’est une révolution pour nous, dit avec enthousiasme Philip Barclay. Comme studio, on a maintenant un accès direct aux joueurs. On peut leur partager des nouvelles ou leur proposer nos autres jeux. »

Les deux consoles somme toute équivalentes l’une l’autre côté performance — la Series X arrive tout de même à extraire un peu plus de puissance de ses composantes —, c’est sur le terrain logiciel qu’on pourra les départager. Et sur ce champ de bataille, c’est Sony qui a en ce moment le beau jeu avec ses exclusivités.

Marvel’s Spider-Man : Miles Morales, du studio Insomniac, une exclusivité intergénérationnelle aux machines de la firme nipponne, fait un usage brillant de ces technologies, principalement dans ses effets d’éclairage. Sur PS5, toutes les réflexions y sont générées par lancement de rayons. L’effet est particulièrement saisissant lorsqu’on y observe les rues de New York reflétées dans ses gratte-ciel.

Le remake par le studio Bluepoint du classique Demon’s Souls du développeur FromSoftware, exclusif à la PS5, est aussi particulièrement magnifique.

Ces deux jeux font pleinement usage de la manette redessinée de Sony, la DualSense. Cette dernière vibre avec beaucoup plus de subtilité et ses deux gâchettes ajustent leur tension selon le contexte. Dans Spider-Man, on peut par exemple ressentir les toiles d’araignées au bout de nos bras au travers des gâchettes.

Reste à savoir si les studios qui développent aussi des jeux pour d’autres plateformes en feront usage, la manette de Microsoft étant restée presque inchangée. Par exemple, Assassin’s Creed : Valhalla, disponible à la fois sur Series X et sur PS5, est coupable de cette omission.

Aucun jeu exclusif à la Series X n’est encore disponible. La plupart des jeux exclusifs à la plateforme Xbox seront compatibles avec les consoles Xbox de génération précédente et avec les ordinateurs Windows.

Catalogue rétrocompatible

Mais les fonctions de rétrocompatibilité qui marquent cette génération de console permettent de pallier le manque de nouveaux jeux en faisant du rattrapage. Le vétéran de l’industrie Ed Fries racontait la semaine dernière lors d’une conférence au festival MEGA+MIGS que cette génération est celle qui applique le plus « la vision » qu’il avait lorsqu’il participait à la conception de la première Xbox d’une console qui « ressemble à un PC ».

En partageant le même type d’architecture informatique que la précédente génération, et en utilisant des composantes similaires à celles offertes sur PC, la Series X et la PS5 sont capables de faire rouler presque tous les jeux de la génération précédente, souvent mieux. Du côté de Microsoft, cette rétrocompatibilité s’étend même à la Xbox 360 et à certains jeux de la Xbox originale. C’est aux développeurs que revient la tâche d’optimiser leurs jeux.

Le jeu de course Forza Horizon 4 de Turn10 Studios, exclusif aux machines de Microsoft et optimisé pour la Series X, est par exemple rendu à 60 images par seconde avec l’équivalent des réglages « ultra » pour PC.

En plus de pouvoir se procurer ces titres à l’unité, les deux propriétaires de plateformes offrent désormais des services d’abonnement.

La firme de Redmond met en valeur ce vaste catalogue de jeux rétrocompatibles dans sa Game Pass qui permet de télécharger près de 350 jeux parmi une sélection en rotation pour 17 $ par mois. Chez Sony, on offre aux joueurs sur PS5 une sélection plus serrée d’une vingtaine de jeux primés de la génération précédente via la PS Plus Collection, dont les excellents Persona 5, Bloodborne et The Last Guardian.