«Moonbase 8»: on n’a pas encore marché sur la lune

Il y a fort à craindre que la science-fiction finisse par subir le même sort qu’autrefois le western, du moins à la télévision. Lorsqu’un genre accumule les faux pas, la frilosité finit par s’installer, et bien téméraire celui ou celle voulant convaincre des producteurs et des diffuseurs du bien-fondé de revisiter des territoires en apparence radioactifs.

Après les séries Avenue 5 et Space Force, qui risquent de se transformer en fine poussière d’étoiles dans les annales du petit écran, l’arrivée de Moonbase 8 ne peut qu’être accueillie avec un scepticisme légitime. D’accord, John C. Reilly, ce virtuose de la comédie à la dégaine de provincial mal dégrossi, fait depuis longtemps merveille — même dans des ratages comme Holmes & Watson —, mais sa présence, à l’écran comme à l’écriture, ne constitue pas ici un « alunissage » réussi.

Car il est beaucoup question de la Lune dans cette comédie à faible teneur technologique, inaccessible objectif pour trois aspirants astronautes qui, à mon humble avis, n’auraient même dû pas franchir l’étape de la première entrevue d’embauche.

Mais la même perplexité a sans doute traversé l’esprit des bonzes de la NASA en forçant ces pseudo-conquérants de l’espace à subir une simulation intensive dans un cadre artificiel, et terrestre.

À Winslow en Arizona, là où l’on doit sûrement se sentir extraterrestre dès le moment où l’on y pose les pieds, une base lunaire a été bâtie en plein désert, construction modulaire à mi-chemin entre la colonie de vacances du futur et un prototype d’habitation pour une prochaine édition d’OD.

L’aventure de ce confinement consenti, au service de la science, mais surtout de leur ego meurtri, débute par un quatuor, mais Travis Kelce, joueur de la NFL pour les Chiefs de Kansas City, ici dans une variation de son image publique, est vite éjecté de l’aventure — je vous laisse le soin de découvrir la manière.

Trois ratés sympathiques

Ne reste alors que trois ratés sympathiques, eux très conscients de leurs limites (physiques, intellectuelles, relationnelles), mais prêts à tous les sacrifices pour s’arracher à la gravité, et rejoindre le panthéon spatial.

Sans surprise, John C. Reilly s’octroie le rôle de meneur de troupe, prêt àtoutes les contorsions pour assurer la cohésion de ce petit assemblage d’éléments dysfonctionnels.

D’un côté, on retrouve Rook (Tim Heidecker en dévot tourmenté), père d’une famille (très) nombreuse, sans qualifications particulières sauf d’être un bon soldat, et de l’autre Skip (Fred Armisen à l’éternelle mine patibulaire), esprit scientifique et cartésien cherchant à sortir de l’ombre de son illustre paternel, petite gloire du monde interplanétaire. Leur soif de reconnaissance pour fouler le sol du seul satellite naturel de notre planète va bien sûr se heurter à une tonne de considérations bien terre à terre.

Des visites impromptues aux difficultés techniques en passant par la lourdeur du quotidien dans un espace restreint, les imbroglios et les prises de bec s’accumulent dans un ronron teinté d’humour, supposément décalé et absurde, mais tombant dans un vide sidéral.

Ce trio d’acteurs, des complices dans la vie, tous impliqués comme scénaristes sous la direction du réalisateur Jonathan Krisel (Baskets, Portlandia), s’est visiblement fait plaisir en entrecroisant leurs talents, et leurs emplois du temps.

Or, ce plaisir n’est jamais communicatif devant Moonbase 8, suintant davantage l’étouffement que le caractère haletant de leur obsession lunaire. Ces trois gamins d’un âge certain n’ont souvent que ce qu’ils méritent, prisonniers d’un CPE interstellaire, d’une sitcom qui ne décolle jamais ou destinée à rejoindre tous ces débris oubliés d’équipements spatiaux flottant au-dessus de nos têtes.

Moonbase 8

Showtime et Crave, dès le 8 novembre, 23 h