«Hades»: pas facile, quitter l’Enfer

«Hades» raconte l’histoire d’un adolescent en rébellion contre son père.
Photo: Supergiant Games «Hades» raconte l’histoire d’un adolescent en rébellion contre son père.

Il y a eu un avant et un après-The Legend of Zelda : Breath of the Wild pour les jeux à monde ouvert. Et il y aura un avant et un après-Hades pour les jeux de type « rogue-like ». Oui, le petit nouveau du studio californien Supergiant Games est aussi bon que ça. D’abord parce qu’il exécute parfaitement la formule du jeu d’exploration de donjons, mais surtout parce qu’il innove brillamment sur celle-ci.

Hades raconte l’histoire d’un adolescent en rébellion contre son père. Un récit universel, certes, mais tout devient toujours beaucoup plus intense lorsqu’on y mêle les dieux et déesses de la mythologie grecque. Le père en question, ici, est Hadès, souverain des Enfers. Son fils, Zagreus, cherche à rejoindre la surface de la Terre. En colère, son père envoie à ses trousses moult démons pour l’en empêcher, quitte à le tuer. Au moins Zagreus peut-il renaître. Et il peut, surtout, compter sur l’appui de ses oncles et cousins de l’Olympe dans sa quête.

On joue à Hades à coups de tentatives d’évasion. Chaque partie débute au palais du père de Zagreus. À l’extérieur, quatre zones nous attendent, chacune composée de niveaux générés aléatoirement. Le hasard permet ici de diversifier la jouabilité, car chaque niveau franchi avec succès ne nous rapproche pas seulement de la surface, mais nous accorde aussi un nouveau pouvoir octroyé par un dieu sympathique à notre cause. Ce, à tout le moins, jusqu’à ce qu’un des monstres mis sur notre route nous fasse la peau. On retourne alors au palais, où Hadès nous attend les sourcils froncés.

C’est cependant dans sa manière de traiter du décès à répétition de son personnage principal qu’Hades innove. Les autres jeux appartenant au genre des « rogue-like » nous ont jusqu’ici habitués à une mort permanente n’ayant pour conséquence qu’un retour à la case départ. Mais en Enfer, tous les personnages qui nous entourent — une trentaine, chacun particulièrement bien développé — ont conscience de nos tentatives d’évasion, allant même jusqu’à commenter notre dernière défaite. Chaque rencontre avec ces personnages, à tout coup uniques, fait avancer le récit. C’est aussi au palais qu’il est possible de faire évoluer Zagreus, en débloquant telle nouvelle arme ou telle capacité. Notre déconfiture n’en est donc jamais vraiment une, étant si bien ficelée au récit et aux mécaniques du jeu.

Ces avancées narratives, après coup, nous semblent maintenant évidentes, mais elles sont (de mémoire) uniques à Hades. Supergiant Games n’en est pas à ses premiers essais : le studio californien est aussi derrière Transistor et Bastion, deux jeux qui, malgré leurs défauts, étaient somme toute arrivés à se démarquer dans le milieu du jeu vidéo indépendant. Mais c’est seulement avec Hades que le studio est finalement arrivé à combiner à la perfection son impressionnant sens du design, tant visuel que mécanique, au brio de ses écrivains.

Chaque nouveau « rogue-like » sera désormais confronté à Hades, et les jeux qui ne trouveront pas une façon d’intégrer la mort à leur récit pâliront de la comparaison. Seul le temps nous indiquera si on a affaire ici à un chef-d’œuvre. Mais pour l’instant, ça y ressemble amplement.

Hades

★★★★ 1/2

Conçu et développé par Supergiant Games. Offert pour Nintendo Switch, macOS et Windows 10 (Steam et Epic Games).