«Walter Winchell – The Power of Gossip»: la machine à rumeurs

Photo: PBS

Pour plusieurs, Walter Winchell est l’architecte du journalisme moderne aux États-Unis, lui dont la tribune, écrite et radiophonique, a contribué à faire de ce métier une forme de divertissement, parfois toxique, dont la popularité ne s’est jamais démentie. Un héritage énorme, qui n’est pas sans zones d’ombre, tel que le rappelle le passionnant épisode qu’American Masters consacre à cet habile tribun, grand pourfendeur du nazisme, dont la chute sera brutale et sans appel.

Dans les années 1930, ils seront jusqu’à 50 millions à boire les mots de ce journaliste, dont l’art, biberonné au potinage et à une culture de l’instantanée, finira par engendrer une langue en soi : le « winchellese ». Walter Winchell a bâti sa carrière sur un style flamboyant qui lui a permis, à coups d’insinuations et de mots inventés, de se mettre à l’abri des poursuites en libelle. Au faîte de sa gloire, il enchaînera les flashs avec l’arrogance de celui qui non seulement sait, mais ose éventer les secrets des élites politiques et culturelles sans trembler le moins du monde.

Mais cet empire est fragile et ses armes se retourneront contre celui qui se retrouve plombé par sa proximité avec le sénateur en disgrâce Joseph MacCarthy, qu’un différend hargneux avec l’icône Joséphine Baker viendra sceller, dans les années 1950. À la narration, Whoopi Goldberg use d’une énergie égale à celle de Stanley Tucci pour ressusciter la voix de Winchell dans ce biopic de Ben Loeterman qui jette un éclairage fascinant sur une presse aux travers « winchellésiens » décidément bien tenaces.

Walter Winchell – The Power of Gossip

PBS, mardi, 21 h