Amazon présente Luna, sa plateforme de jeux vidéo à la demande

Avec ce nouveau service, le groupe de Jeff Bezos compte bien occuper une place de choix dans un marché évalué à plusieurs milliards de dollars.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Avec ce nouveau service, le groupe de Jeff Bezos compte bien occuper une place de choix dans un marché évalué à plusieurs milliards de dollars.

Après Google et Microsoft, Amazon a présenté jeudi à son tour sa plateforme de jeux vidéo à la demande, Luna, qui permettra aux joueurs d’accéder directement à leurs titres préférés via le « cloud » sur l’appareil de leur choix.

Avec ce nouveau service, le groupe de Jeff Bezos compte bien occuper une place de choix dans un marché évalué à plusieurs milliards de dollars, où ses concurrents ont déjà placé leurs pions.

En novembre, Google a lancé sa plateforme de jeux vidéo dématérialisés Stadia et Microsoft a récemment ajouté le service xCloud pour les abonnés de sa bibliothèque de jeux en ligne.

« Nous avons créé Luna pour qu’il soit facile de jouer à des jeux excellents sur les appareils que les clients possèdent déjà et qu’ils aiment », a déclaré dans un communiqué Marc Whitten, vice-président chez Amazon en charge des services et des produits de divertissement.

« C’est le jour un pour Luna — nous sommes impatients de travailler avec les joueurs, les “streamers” et des éditeurs comme Ubisoft et Remedy Entertainment pour bâtir une expérience de jeu formidable pour tout le monde », a ajouté M. Whitten

Un forfait Luna +, avec un prix de départ de 5,99 dollars par mois, donnera accès à un nombre illimité d’heures de jeux et un catalogue d’une cinquantaine de titres, dont au moins un jeu tiré de l’univers du hérisson bleu Sonic.

Amazon a aussi annoncé une chaîne Ubisoft, en partenariat avec l’éditeur français de jeux vidéo, dont le prix n’a pas encore été dévoilé et sur laquelle les joueurs pourront accéder à de tout nouveaux titres tels que Far Cry 6 ou Assassins Creed Valhalla dès leur lancement.

À titre de comparaison, l’abonnement Stadia Pro de Google coûte 9,99 dollars par mois, mais les clients doivent verser une somme supplémentaire pour accéder à la plupart des jeux.

Le Xbox Game Pass Ultimate, qui inclut la plateforme de jeux à distance de Microsoft, est lui facturé 14,99 dollars par mois.

Une manette Luna bluetooth sera elle commercialisée pour 49,99 dollars. Elle sera directement compatible avec un PC, un Mac ou une Fire TV ainsi qu’avec des applications pour iPhone et iPad et, ultérieurement, pour Android.

L’accès en avant-première à la nouvelle plateforme d’Amazon n’est pour l’heure disponible que sur invitation pour les clients américains.

Luna sera opérée grâce à Amazon Web Services (AWS), le titanesque service de « cloud » du groupe de Seattle.

Le service intégrera par ailleurs Twitch, la populaire plateforme de streaming de jeux vidéo d’Amazon, offrant aux utilisateurs la possibilité de regarder en direct les parties d’autres joueurs.

Scepticisme

Malgré la vitrine alléchante proposée par Luna, Michael Pachter de la société d’investissement Wedbush Securities se montre réservé sur cette nouvelle plateforme.

« Le service d’abonnement Luna d’Amazon est une offre brillante, mais avec un modèle d’affaires qui s’annonce difficile », juge l’expert dans une note.

« Pour que le modèle fonctionne, il faut que le fournisseur de contenus et le consommateur aient le sentiment que l’abonnement offre une vraie valeur ajoutée », poursuit-il.

Or, rappelle M. Pachter, cet équilibre est particulièrement difficile à trouver, d’autant que les éditeurs tiers rechignent à lancer leurs titres à une date différente de leur sortie sur consoles.

« À moins et jusqu’à ce que Luna ne dispose de ses propres contenus (comme Microsoft avec son Game Pass), nous sommes sceptiques sur son succès dans sa forme actuelle », fait remarquer l’expert.

La possibilité pour les joueurs de consommer des contenus n’importe où, sur le modèle de Netflix ou de HBO pour les films et les séries, reste toutefois un atout de taille pour Amazon.

Tout l’enjeu pour le géant de Seattle est de trouver un prix adéquat, capable d’attirer et de fidéliser la clientèle.

« Supprimer l’achat d’une console comme obstacle d’entrée, notamment en plein milieu d’une récession mondiale, est susceptible d’attirer de nombreux joueurs qui n’ont actuellement pas les moyens de s’offrir une nouvelle console mais ont une connexion haut débit et un grand intérêt pour de nouvelles sorties », reconnaît Michael Pachter.