«The Comey Rule»: une tragédie américaine

Jeff Daniels et Brendan Gleeson dans «The Comey Rule»
Photo: Ben Mark Holzberg CBS Television Studios / Showtime Jeff Daniels et Brendan Gleeson dans «The Comey Rule»

« Au départ, il semble être un bon gars. Puis il semble être un mauvais gars. Puis il semble s’être sacrifié pour sauver d’autres personnes. Oh mon Dieu ! Est-ce que James Comey est Severus Rogue ? Allons-nous découvrir qu’il nous aimait tout ce temps-là ? » lance à la blague Stephen Colbert dans un extrait de son Late Show servant de préambule à The Comey Rule, de Billy Ray (Le mystificateur).

Il est vrai que James Comey a joué, à son corps défendant, un rôle important, voire décisif, lors des élections américaines de 2016 pour avoir donné le feu vert, en mars 2015, à l’enquête sur les courriels classifiés d’Hillary Clinton, laquelle a mené en partie à la défaite de l’ex-secrétaire d’État des États-Unis face à l’ex-star de téléréalité.

Drame politique en deux parties inspiré des mémoires de James Comey, Une loyauté à toute épreuve. Vérité, mensonges, éthique du pouvoir, The Comey Rule relate l’arrivée de James Comey (Jeff Daniels) à la direction du FBI en 2013, durant le second mandat de Barack Obama (Kingsley Ben-Adir), et son renvoi en 2017 par Donald Trump (Brendan Gleeson), quelques mois après son élection à la présidence des États-Unis.

D’une réalisation clinique, The Comey Rule nous entraîne dans les couloirs de la Maison-Blanche, avec quelques passages dans le Bureau ovale, et dans ceux du FBI sur les traces de James Comey, présenté comme un homme intègre, mari fidèle, père exemplaire et employeur dévoué.

Campé par l’imposant Jeff Daniels, Comey suit les conseils d’Obama, c’est-à-dire qu’il voudra maintenir une distance saine entre lui et le président. Cela ne l’empêchera toutefois pas de créer de réels liens avec ses employés, allant jusqu’à se rappeler les dates de récitals de leurs enfants.

Cette attitude humaine lui vaudra le respect et la loyauté de tous, même dans les moments les plus difficiles. Et ils viendront bien assez tôt avec l’affaire des courriels d’Hillary Clinton et les fréquentations russes de Michael Flynn (William Sadler). Rappelons que Comey devra témoigner le 30 septembre devant le Sénat puisque les républicains accusent les agents du FBI d’avoir voulu nuire à Trump en lançant l’enquête sur les ingérences russes en 2016.

Nul besoin d’être un spécialiste de la politique américaine pour savourer The Comey Rule, mais une bonne connaissance de l’actualité s’avérera fort utile pour une meilleure compréhension de ce récit aussi dense que palpitant. Dès qu’entre en scène un nouveau personnage, son nom apparaît à l’écran, et chaque fois on est épaté par la ressemblance entre l’acteur et celui qu’il interprète. Tout dans les costumes, les coiffures et les maquillages traduit le souci d’être fidèle à la réalité. Et l’on ne vous a pas encore parlé de Trump…

Le monstre

Difficile de ne pas penser à Alec Baldwin, qui l’a imité avec brio à quelques reprises à SNL, lorsque Donald Trump fait discrètement son apparition dans la première partie. Épaules larges, veston mal ajusté, cheveux couleur maïs, mains baladeuses, il est d’abord montré de dos entouré de jeunes femmes peu vêtues.

À l’instar d’un monstre dans un film d’horreur, Trump n’est pas d’emblée présenté intégralement afin de préserver le mystère et d’instaurer un climat d’angoisse. D’abord un gros plan sur sa cravate trop large et trop longue. Un autre sur sa choucroute capillaire. Et puis un détail de son fond de teint orangé. Et puis cette moue de dédain qu’il affiche en permanence. Sans oublier ce menton arrogant.

Et enfin le voilà de pied en cap, incarné par le grand acteur irlandais Brendan Gleeson, qui disparaît totalement derrière le personnage, rendant admirablement son débit singulier et son regard où l’intelligence ne brille guère. L’illusion est parfaite. Tout y est, même la poignée de main brusque.

Certes, Gleeson n’offre pas une caricature, mais Trump étant plus grand que nature, on ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire en le voyant. Et que dire des tête-à-tête avec James Comey ? Malgré son visage impassible, son corps rigide, Jeff Daniels communique tout à fait le désarroi du directeur du FBI face au nouveau président d’un narcissisme affligeant, qui affiche fièrement son ignorance et son incompétence, qui ne cesse de vanter ses succès en affaires et auprès des femmes.

Si The Comey Rule était une pure fiction, ces rencontres au sommet feraient crouler de rire. Or, l’heure est si grave que plus personne n’a envie de rigoler. À cinq semaines des élections, avec plus de 200 000 morts de la COVID-19 au compteur, il est fort probable que cette série ne prêchera malheureusement qu’à des convertis.  

The Comey Rule 

Les dimanche 27 septembre et lundi 28 septembre, à 21 h, sur Showtime