«Homeland» à Téhéran

Baignant dans des eaux de suspense politique, «Téhéran» suit une pirate informatique israélienne lancée sur une mission par le Mossad. 
Photo: AppleTV+ Baignant dans des eaux de suspense politique, «Téhéran» suit une pirate informatique israélienne lancée sur une mission par le Mossad. 

Diffusée sur la chaîne publique israélienne Kan 11 en juin, Téhéran arrive sur Apple TV +.

Avec son enrobage de thriller d’espionnage, la production a d’ores et déjà été comparée à Homeland. Et pas seulement parce que l’acteur Shaun Toub fait partie du générique.

Baignant dans des eaux similaires de suspense politique (notons : avec ses bons comme ses mauvais côtés), l’ensemble suit une pirate informatique lancée sur une mission par le Mossad. Son nom de code : Shakira.

À travers les huit épisodes d’une durée d’une heure, elle vivra une suite de péripéties — et de changements de costumes. Elle se fera passer pour une autre en plaçant un bandage sur son nez pour faire croire à une rhinoplastie. Elle se collera une barbe dans le visage pour investir un endroit ultra-secret. Elle agrippera une serpillière dans ce même lieu, pour être confondue avec une technicienne de surface. En surface, ces idées ?

« Pas de questions politiques », ordonne d’emblée la modératrice en début de la table ronde qui se tient sur Zoom. Un confrère allemand souligne néanmoins : « Si vous racontez une histoire sur la relation entre Israël et l’Iran, on s’attend à une controverse. Y a-t-il eu une controverse ? »

« La série a été très très très populaire en Israël. Tout le monde en parlait », assure le scénariste et créateur Moshe Zonder. Aucune controverse ? Certaines critiques parues depuis, qui blâment le manque de réalisme du récit ou le taxent d’être « anti-iranien », le contredisent. Mais il répète : « Aucune. »

Celui qui cosigne les dialogues enchaîne en racontant que son passé sur le terrain l’aide encore au quotidien. « Avant d’être scénariste, j’étais journaliste d’investigation. J’ai notamment pu me rendre en Cisjordanie, et rencontrer des gens à la tête du Hamas. » Cela l’a inspiré, dit-il, à créer des personnages « qui ne sont pas unidimensionnels, qui ne sont pas uniquement catégorisés comme méchants ».

À ce propos, Moshe mentionne la série à succès Fauda, à laquelle il a collaboré, et qui présente un combattant palestinien surnommé « La Panthère », que traquent les forces spéciales israéliennes. « Habituellement, dans notre société, un tel protagoniste n’est jamais humanisé. Moi, je l’ai dépeint comme un père ayant une femme qu’il adore, des enfants qu’il aime. C’était de la science-fiction de pouvoir présenter ça à heure de grande écoute. Personne n’a voulu nous diffuser au départ. »

Finalement, Fauda s’est retrouvée sur la chaîne locale Yes. Puis à l’international sur Netflix. « Même si le public israélien ne pouvait pas forcément s’identifier à cet homme, il a pu le comprendre », estime-t-il.

Moshe Zonder ajoute avoir procédé de façon similaire pour concevoir un des personnages principaux de Téhéran. Soit le responsable de la sécurité iranienne, incarné par Shaun Toub. « Au départ, vous pensez que c’est lui, le méchant. Vous le voyez poursuivre l’agente. Mais au cours de la série, vous apprenez à le connaître, et vous tombez amoureux de lui, affirme-t-il. Parce que c’est un homme d’honneur. »

Rappelons que ces dernières années, c’est la télévision israélienne qui récolte les honneurs. Pensons à Hatufim, qui a inspiré Homeland, justement. Ou à BeTipul, qui a donné lieu au remake américain In Treatment et à la version québécoise En thérapie. « Nous vivons dans un endroit rempli d’oppositions et d’histoires captivantes que nous savons comment raconter, avance à ce sujet la productrice exécutive Dana Eden. Les séries les plus populaires, comme Fauda, Shtisel ou maintenant Téhéran, présentent des conflits immenses, et très sombres, de façon à ce que tout le monde puisse s’y reconnaître. »

Piratages alambiqués

Reconnaissons aussi que la technologie à l’écran, c’est toujours risqué. Si Millenium, l’original, a réussi à s’en tirer, d’autres œuvres ont eu la tâche plus ardue.

Dans Téhéran, on enchaîne ainsi les plans d’écrans, les mots de passe secrets, les « accès refusés ». L’héroïne entre des codes, éteint des feux de circulation, plonge des rues dans le noir d’une simple série de chiffres et de lettres, tout en tentant de fuir les hommes à sa poursuite. Dans une scène, elle pianote frénétiquement sur son clavier « touche C, touche B, touche V, barre espace », ce qui semble donner pour résultat « bombe désactivée ». Elle prononce également le plus sérieusement du monde la phrase : « Nous nous sommes rencontrés sur le dark Web. »

Nous vivons dans un endroit rempli d’oppositions et d’histoires captivantes que nous savons comment raconter

 

Moshe Zonder croit toutefois que le réalisateur, Daniel Syrkin, a relevé le défi. « Nous nous sommes posé la question de savoir comment ne pas rendre tout ça sinistre et ennuyeux. Dan, qui est aussi notre script-éditeur, a su comment faire. »

Ce qu’il a surtout réussi, à notre humble avis, ce sont les scènes de fête qui se tiennent dans la capitale iranienne recréée… à Athènes. Là, dans un squat d’artistes, là sur une base militaire abandonnée, il y a de la musique, des lumières, des joints, de la danse, un grand abandon. « Nous avons fait des recherches sur la vie des jeunes Iraniens, et nous avons découvert que l’ambiance dans certaines de leurs soirées est vraiment extraordinaire, lance Dana Eden. Un peu comme à Tel-Aviv. Ils écoutent la même musique, ils sont très semblables. »

Mais ceci n’est pas un documentaire, insiste Moshe Zonder. « C’est une émission. C’est un divertissement. » Ce qui est vrai ? « La réalité, c’est que les humains sont compliqués. »

Téhéran sera offert sur AppleTV + dès le vendredi 25 septembre.