«Escouade 99»: Limoilou 99

«Escouade 99» se déroule dans le poste de police de Limoilou et s’attarde à la vie professionnelle et amicale d’une série d’enquêteurs qui sont tous un peu (pas mal) étranges à leur façon.
Photo: ComediHa! «Escouade 99» se déroule dans le poste de police de Limoilou et s’attarde à la vie professionnelle et amicale d’une série d’enquêteurs qui sont tous un peu (pas mal) étranges à leur façon.

Escouade 99, l’adaptation québécoise du succès télé américain Brooklyn 99, prendra vie jeudi sur Club illico, et les deux épisodes présentés à la presse mercredi révèlent un travail à la fois respectueux du récit et du ton original, mais qui possède somme toute sa propre touche, moderne et locale. Le réalisateur Patrick Huard a par ailleurs pris sur lui la responsabilité des enjeux de diversité qui ont récemment fait controverse et qu’il a tenu à éclairer.

La série humoristique, qui compte 13 épisodes de 30 minutes, se déroule dans le poste de police de Limoilou — le Brooklyn de Québec ? — et s’attarde à la vie professionnelle et amicale d’une série d’enquêteurs qui sont tous un peu (pas mal) étranges à leur façon. Adapter une histoire d’amitié entre mésadaptés ? C’était un peu ça la tâche de Patrick Huard et de son équipe avec Escouade 99.

« Moi, j’ai fait la série pour ceux qui ne l’ont pas vue, les autres je ne peux que les décevoir : ils l’ont vue », a lancé Patrick Huard en table ronde avec les médias. Vrai qu’il sera difficile pour ceux qui ont déjà visionné la série originale de NBC, même partiellement, de ne pas comparer.

Dès le premier épisode, par exemple, on comprend vite qu’il y aura beaucoup de ressemblances, voire d’identiques, dans les récits principaux. Non, Bianca Gervais (Rosalie Boucher) et Mylène Mackay (Fanny Lizotte) ne sont pas d’origine latine, mais suffit d’une seconde pour qu’on sente qu’elles ont bien cerné leurs alter ego respectifs, la dure à cuire Rosa Diaz et l’ambitieuse Amy Santiago. Michael Gouin n’est pas à des lunes d’Andy Samberg, alias Jake Peralta, devenu ici Max Lemieux. Et les deux hauts gradés du « 99 » sont encore joués par des acteurs noirs, Widemir Normil et Fayolle Jean Jr.

Un récit ancré à Québec

Mais tout n’est pas que simple copie carbone, au contraire et heureusement. Ces deux derniers comédiens, quand ils sont seuls, se parlent notamment en créole, un ajout prévu avant la controverse mais qui s’avère pertinent et qui place cette adaptation dans une réalité qui n’est pas celle des Américains. Les personnages et l’histoire s’ancrent aussi non seulement dans le Québec, mais Québec. Rapidement, on a droit à une blague sur les Nordiques — « ils vont revenir », chuchote le lieutenant-chef. Sur une scène de crime, on trouve des traces de boue rouge issue du port de Québec — une référence à la poussière rouge retrouvée il y a quelques années à Limoilou. Ailleurs, après un passage mouvementé dans « l’épicerie européenne sur Saint-Jean », Max et Charles Lépine (Guy Jodoin, boute-en-train) ramènent à leur patron du gelato au parfum de pistache et thé du Labrador — qu’on ne trouve pas trop à Brooklyn, il paraît.

Escouade 99, une production de ComédiHa ! avec Québecor Contenu, laisse aussi de côté la caméra très nerveuse de la version originale — qui elle l’empruntait à The Office, dans tous les cas une référence claire à la façon de définir les personnages et les intrigues qui les lient. Patrick Huard a aussi préféré un éclairage « plus chaud », avec « du grain, plus rugueux ». Son poste de police laisse aussi voir la lumière changer, entre le petit matin et le soir.

Et au final, au regard des deux épisodes vus, Escouade 99 est surtout drôle, juste assez gros ici, juste assez retenu ailleurs. Michaël Gouin, notamment, s’éloigne de l’approche SNL et trouve le ton juste, un rythme comique efficace.

On sent aussi dans cette série un fort potentiel émotif, que Huard admet avoir poussé un peu plus dans Escouade 99 que dans sa version initiale. « C’est une série sur l’amitié, tranche le réalisateur. D’aimer les autres autour de nous comme ils sont. C’était ça qu’on voulait mettre en avant […] et dans le contexte actuel, je pense que ça fait du bien. On a besoin de voir ça à l’écran, de voir des gens qui s’aiment beaucoup et qui acceptent les travers » des autres.

Ce que plusieurs auraient par ailleurs aimé voir à l’écran, ce sont des comédiennes d’origine latine pour jouer les deux enquêteuses hispanos de Brooklyn 99. L’enjeu a fait grand bruit au dévoilement du casting, il y a quelques semaines. Selon le vice-président des contenus originaux de Québecor Contenu, Denis Dubois, ce sont les meilleurs comédiens qui ont été choisis pour ces rôles.

C’est une série sur l’amitié. D’aimer les autres autour de nous comme ils sont. Dans le contexte actuel, je pense que ça fait du bien.

 

« Il y a des efforts à faire, il faut retenir ça, a convenu Patrick Huard. Notre focus n’est peut-être pas à la bonne place par rapport aux attentes des gens. » Le réalisateur a expliqué qu’Escouade 99 devait jongler avec plusieurs défis, dont celui de tourner hors de Montréal, et celui de l’adaptation locale du récit. « D’ouvrir la porte à la diversité et aux différentes communautés, c’est un autre challenge. […] Moi, j’en prends l’entière responsabilité. » Assumant ses décisions, il demande par ailleurs que cessent « les violences verbales sur les médias sociaux envers les actrices qui ont accepté de jouer ces rôles-là. C’est socialement inacceptable ».

Huard a aussi mentionné que dans le cas où une autre saison serait tournée — des discussions ont déjà lieu —, « il va y en avoir plus [de diversité] ». « Mais n’oublions pas qu’il y a en ce moment [dans la série] un commandant de police à Québec qui est noir et homosexuel et qui devient la figure paternelle d’un jeune blanc de 30 ans. Il ne faut pas oublier ce qui est présent aussi. »

À voir en vidéo