«The Third Day»: un homme, une femme, une île

Les trois premiers épisodes mettent en vedette Jude Law dans le rôle de Sam.
HBO Les trois premiers épisodes mettent en vedette Jude Law dans le rôle de Sam.

Les insulaires ont la réputation d’être repliés sur eux-mêmes. Certes, ils peuvent être accueillants, mais aussi farouchement protecteurs de leur territoire et de leur mode de vie. Quiconque pose le pied sur leur île a intérêt à y respecter les us et coutumes. Ces clichés, Dennis Kelly (Pulling, Utopia) les exploite avec brio dans la série The Third Day.

Divisée en deux parties distinctes, « Été », réalisée par Marc Mundan (Utopia, The Secret Garden), et « Hiver », réalisée par Philippa Lowthorpe (Call the Midwife, Miss Revolution), la série se décline en six épisodes. De facture totalement différente, les deux parties sont parfaitement complémentaires, chacune livrant une version bien à elle de ce qui se déroule sur cette mystérieuse île d’Osea, dans l’Essex, au large de l’Angleterre.

D’ailleurs, l’une des meilleures idées de cette série, c’est d’avoir campé l’action sur cette île reliée à la terre ferme par une longue route sinueuse qui disparaît à marée haute. Dans les nombreux plans en plongée, le chemin menant à ce petit coin du monde paraît encore plus périlleux et Osea, encore plus en marge de la société. L’angoisse étreint le spectateur dès que l’eau monte et que le visiteur ou la visiteuse s’engagent dans une course contre la montre pour regagner la terre ferme. Il n’y a pas tant d’action que ça dans The Third Day, mais le suspense y est à couper au couteau.

Les visiteurs

Les trois premiers épisodes mettent en vedette Jude Law dans le rôle de Sam. De toute évidence, rien ne va plus pour cet homme. Très tôt, on comprend que Sam a perdu un fils et que sa vie professionnelle est sur le point de basculer à la suite d’une mauvaise décision. Sur l’île, la gentillesse de M. Martin (Paddy Considine) et le flegme de Mrs. Martin (Emily Watson), couple d’hôteliers dépareillés, l’exaspèrent. Heureusement qu’il trouve une alliée en Jess (Katherine Waterston), qui l’aide à mieux comprendre l’attitude méfiante des insulaires à son égard et leur curieux festival qui bat son plein.

Se déroulant neuf mois plus tard, la seconde partie fait entrer en scène Naomie Harris, qui incarne Helen, mère de deux filles. Helen semble elle aussi traverser une période difficile. Si Tallulah (Charlotte Gairdner-Mihell), la cadette, se porte bien, Ellie (Nico Parker), l’aînée, est rejetée par ses camarades qui la jugent bizarre. Bien qu’Helen eût réservé une chambre d’hôtel, on lui dit que l’établissement est fermé. Après avoir vainement fait le tour de l’île à la recherche d’un gîte, Helen croit qu’elle et ses filles sont victimes de racisme. Les Martin, qui les hébergent à contrecœur, expliquent à Helen qu’un grand événement se prépare. Ainsi, l’hospitalité passe après la volonté du Tout-Puissant…

Photo: HBO La seconde partie de «The Third Day» fait entrer en scène Naomie Harris, qui incarne Helen, mère de deux filles.

Le sel de la terre

Avant de poursuivre, rappelons ce que signifie ledit troisième jour du titre. Dans la Genèse, c’est au troisième jour que Dieu nomma la terre et la mer ; or, les résidents d’Osea, qui perçoivent leur île comme le berceau de l’humanité, mentionnent l’importance de l’équilibre en la terre et le sel afin d’éviter le chaos. À l’instar de la série française L’île aux trente cercueils (1979), l’arrivée d’un étranger chez le peuple de la mer perturbe l’harmonie sur l’île.

C’est aussi au troisième jour que Jésus est revenu d’entre les morts ; or, les insulaires attendent pour ainsi dire le Messie, d’où leur attitude inquisitrice face aux visiteurs. Par ailleurs, leurs pratiques religieuses font sourciller ces derniers. Si on ne trouve pas de crucifix suspendus à l’envers comme dans les films d’horreur, ils font leur signe de croix à l’envers. Alors que le Christ est représenté au bout d’une corde, la Vierge, sur le point d’accoucher, le remplace sur la croix. Partout sur l’île, les visiteurs butent contre des carcasses d’animaux disposés dans ce qui ressemble à de vieux rituels païens. Chaque fois qu’on les questionne sur ces éléments étranges, les habitants d’Osea s’empressent de dire qu’ils sont chrétiens. Ce qui ne rassure en rien le spectateur, qui craint de voir Sam brûler à l’intérieur d’un homme d’osier comme dans The Wicker Man (1973).

Sans être aussi excessif dans ses effets spéciaux et dans ses scènes sanglantes, The Third Day n’est pas sans rappeler Midsommar (2019), du nouveau maître de l’horreur Ari Aster (Héréditaire). Surtout dans la première partie, où la caméra traduit parfaitement l’anxiété de Sam à l’aide de cadrages serrés et instables, tandis que les sons amplifiés et la nature trop verdoyante sous le ciel de plomb confèrent au tout l’allure d’un cauchemar éveillé ou d’un épisode psychotique.

Dans la seconde partie, où Helen marche dans les traces de Sam, le ciel est toujours aussi plombé, mais la nature affiche des couleurs ternes et glaciales. Cette fois, la caméra traque l’étrangère à distance, comme si une présence malveillante se préparait à l’attaquer au moment opportun, créant ainsi un climat malsain. Tandis que l’île se dévoile sous un autre angle, sans pour autant paraître plus attrayante ni plus menaçante, Helen semble avancer dans l’envers du décor vers une vérité que l’on souhaite aussi surprenante que cette île aux airs fantomatiques où le temps semble s’être arrêté.

The Third Day 

HBO, dès le lundi 14 septembre, 21 h. En version française, à Super Écran, dès le jeudi 17 septembre, 21 h.