Un automne historique et politique sur les écrans d’ailleurs

«The Comey Rule», avec Brendan Gleeson dans le rôle du président Donald Trump
Photo: CBS Television Studios Showtime «The Comey Rule», avec Brendan Gleeson dans le rôle du président Donald Trump

La pause forcée de la production effrénée de contenus télévisuels chez nos voisins du Sud a certes une incidence sur la programmation offerte cet automne sur nos petits écrans. Les grands réseaux jouent de prudence en proposant très peu de nouveautés dans cet automne qui commence plus tard qu’à l’habitude, les tournages n’ayant repris qu’il y a quelques semaines pour plusieurs productions à succès.

Du côté des plateformes de visionnement sur demande et les chaînes câblées, la longue pause est moins apparente, en partie parce que plusieurs séries d’abord programmées au printemps dernier ont été retardées, mais aussi parce que celles-ci ont acquis les droits de diffusion de certains films porteurs qui devaient sortir en salle.

Plusieurs des productions les plus prometteuses, du moins sur papier, ont en commun d’aborder des événements historiques ou politiques qui ont, dans la plupart des cas, une certaine résonance avec l’actualité des derniers mois.

Histoires de leur temps,et du nôtre

La minisérie la plus attendue par la presse spécialisée (dont les premiers échos critiques sont partagés…) et par bien des férus de politique américaine est sans contredit The Comey Rule (Showtime et Crave, le 27 septembre), l’adaptation en fiction d’A Higher Loyalty, les mémoires de l’ex-directeur du FBI James Comey, incarné par Jeff Daniels. La minisérie en deux parties diffusée en rafale le même soir se penche sur ses relations complexes avec l’actuel occupant de la Maison-Blanche, qu’interprète ici l’acteur irlandais Brendan Gleeson.

Restons dans l’histoire très récente avec Agents of Chaos (HBO et Crave, 23 et 24 septembre), un documentaire en deux parties d’Alex Gibney (Going Clear : Scientology and the Prison of Belief, Enron : The Smartest Guys in the Room), une enquête de fond sur les allégations d’interférence russe dans l’élection présidentielle de 2016. Certaines révélations du film ont filtré dans les médias, dont les relations de Paul Manafort avec la Russie durant la campagne.

La minisérie The Good Lord Bird(Showtime et Crave, dès le 4 octobre), une adaptation du roman historique de James McBride à propos du combattant abolitionniste John Brown, incarné par Ethan Hawke, devait d’abord être diffusée au printemps dernier. La sortie décalée de ce drame historique qui revient sur la lutte armée de Brown et ses disciples pendant le «Bleeding Kansas», conflit civil qui déterminerait si l’État en devenir serait esclavagiste ou « libre », sur fond de fraude électorale, tombe à point à la suite d’un été marqué par des tensions raciales explosives.

Il est également question du sort des esclaves afro-américains dans la série documentaire Enslaved (CBC et CBC Gem, dès le 17 octobre), une coproduction canado-britannique d’abord diffusée au sud de la frontière à Epix, qui s’intéresse à l’histoire de la traite des Noirs. L’acteur américain Samuel L. Jackson anime cette série en six épisodes qui est également pour lui une quête personnelle, puisqu’il ira à la rencontre des descendants de la tribu à laquelle appartenaient ses ancêtres originaires du Gabon. Deux films de « grosses pointures » hollywoodiennes qui devaient sortir en salle, mais qui aboutissent finalement au petit écran, racontent également des épisodes marquants de l’histoire politique américaine des années 1960 et 1970.

The Trial of the Chicago 7 (Netflix, le 16 octobre), un projet qui traîne depuis près de 15 ans dans les cartons du scénariste Aaron Sorkin (The West Wing, The Social Network) et pour lequel Steven Spielberg, qui agit finalement à titre de producteur, a été pressenti comme réalisateur, raconte le procès de huit (puis sept) militants antiguerre du Vietnam accusés de conspiration et d’incitation à l’émeute pour leur implication dans les manifestations qui ont marqué la très mouvementée convention démocrate de 1968 à Chicago. Le scénariste étoile réalise finalement ce drame judiciaire mettant en vedette Sacha Baron Cohen, Eddie Redmayne et Michael Keaton.

Les jeunes générations ont pu découvrir en avril dernier, sous les traits de Rose Byrne, la journaliste et militante féministe Gloria Steinem, dans la fabuleuse minisérie Mrs. America, sur la lutte pour (et contre) l’adoption de l’Equal Right Amendment dans les années 1970. Elles pourront mieux la connaître dansThe Glorias (Prime Video, le 30 septembre), une adaptation de son autobiographie concoctée par Julie Taymor (Frida, Across the Universe), qui n’a pas l’habitude de décevoir avec des œuvres très inspirées visuellement. Julianne Moore et Alice Vikander incarnent à différents âges l’icône féministe.

Télé-pandémie

La pandémie actuelle et le confinement des derniers mois s’avèrent une mine d’inspiration pour les créateurs de fiction. Déjà, le réseau NBC diffusera dès le 1er octobre la comédie Connecting, où l’on pourra suivre les relations « virtuelles » d’un groupe d’amis durant le confinement.

Dans ce rayon, la série d’anthologie Social Distance, une production de Netflix dont la date de sortie n’est pas encore déterminée, s’avère la plus alléchante. Jenji Kohan (Weeds, Orange Is the New Black) agit à titre de productrice pour cette collection de courts métrages qui nous font entrer dans l’intimité de familles, d’amis et de proches durant le confinement à travers différentes interfaces numériques utilisées au quotidien durant cette étrange période. L’ensemble du projet a d’ailleurs été tourné à domicile par les acteurs eux-mêmes, qui ont également fait appel à leur famille dans les rôles secondaires, et réalisé à distance.

Et aussi…

On a très hâte de pouvoir vous parler du film Enola Holmes, inspiré d’une série de romans policiers racontant les enquêtes de la jeune soeur du célèbre Sherlock. Millie Bobby Brown, vedette de la série Stranger Things, interprète cette jeune héroïne intrépide, dont on pourra découvrir les débuts « professionnels » sur fond de crise politique britannique, avec derrière la caméra Harry Bradbeer, le réalisateur de Fleabag. Alerte à la chute du quatrième mur… Sur Netflix, le 23 septembre.

Les fans de Big Little Lies trouveront peut-être leur compte dans The Undoing, cette nouvelle création de David E. Kelley, un autre sombre drame bourgeois mettant en vedette Nicole Kidman, cette fois situé dans la Grosse Pomme. Hugh Grant et Donald Sutherland font également partie de la distribution. À HBO et sur Crave, dès le 25 octobre.