Diana Rigg, vedette de «Chapeau melon et bottes de cuir», est décédée

Diana Rigg était devenue icône de la mode dans les années 1960 grâce à son rôle de l’agente secrète Emma Peel dans la série télé <i>Chapeau melon et bottes de cuir</i>.
Photo: Archives Agence France-Presse Diana Rigg était devenue icône de la mode dans les années 1960 grâce à son rôle de l’agente secrète Emma Peel dans la série télé Chapeau melon et bottes de cuir.

Avec ses combinaisons intégrales, son humour insolent et ses brillantes déductions de détective, la Britannique Diana Rigg, madame « bottes de cuir » dans la série Chapeau melon et bottes de cuir, affola plusieurs générations de téléspectateurs, incarnant ainsi une des premières femmes libérées du petit écran.

L’actrice, qui s’était récemment illustrée dans la saga du Trône de fer (Game of Thrones), est décédée jeudi à 82 ans à son domicile, a annoncé son agent. Elle avait été diagnostiquée en mars d’un cancer.

Grâce à son rôle de femme d’action à la fois séduisante et intelligente dans Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers), Diana Rigg, alias Emma Peel, figura parmi les sexe-symboles des années 1960, au point d’avoir été la première — et la seule — à avoir su passer la bague au doigt à l’agent 007 dans Au service secret de Sa Majesté (1969).

La jeune femme à la chevelure auburn, au nez retroussé et au franc-parler n’hésita pas en 1967, après deux éclatantes saisons de la série culte, à claquer la porte faute d’obtenir une augmentation de son salaire alors équivalent à celui d’un caméraman.

Hors de son pays, on sait moins que cette icône de la télé était d’abord une comédienne de renom sur les planches britanniques. Ses interprétations de Médée, d’Euripide et de Mère Courage valurent à cette diplômée de la Royal Academy of Dramatic Art plusieurs prestigieuses distinctions.

« Quand une pièce est bonne, c’est foutrement facile de bien jouer, claironnait-elle en 1979 dans le Times. Je ne peux absolument faire aucun faux pas sur scène à moins d’être ivre ou d’avoir 39 de fièvre. »

Une femme de théâtre

Née le 20 juillet 1938 dans une ville minière du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre, elle passe les huit premières années de sa vie à Jodhpur, dans le Rajasthan, en Inde, où son père travaille comme ingénieur de chemin de fer.

De retour dans son pays, elle veut devenir comédienne. « À l’époque, dans le Yorkshire, une actrice était à peine mieux considérée qu’une prostituée ! » remarquait-elle.

Elle fait sa première à 20 ans sur la scène de la Royal Shakespeare Company. Cette collaboration durera jusqu’en 1964.

Un peu par hasard, elle se présente aux auditions pour le rôle d’Emma Peel dans Chapeau melon et bottes de cuir, ce qui n’était pas du tout l’usage pour une comédienne du théâtre classique. « Mes petites camarades de la troupe m’ont regardée d’un œil amusé, confia-t-elle à France Soir. Ensuite, tout le monde a été bien content de constater que mon immense popularité avait fait monter la fièvre au guichet de réservation du théâtre. »

Elle se lance dans le cinéma avec James Bond, mais le film, affirme-t-elle, est un « gigantesque pétard mouillé ». « J’ai pu tout juste m’acheter un manteau de vison avec ce qu’ils m’ont payé ! »

Ses autres tentatives à Hollywood ne sont guère concluantes et elle retourne à la scène à Broadway, puis à Londres. En 1972, elle rejoint le National Theatre qui vient d’ouvrir sous la direction de Laurence Olivier.

Après avoir joué une scène entièrement nue dans Abelard et Héloïse (1970), elle est lady Macbeth durant la saison 1972-1973, puis Célimène dans Le misanthrope et la Phèdre de Racine.

« Avec Glenda Jackson, Diana est l’une des meilleures déclamatrices de nos théâtres. Sa voix n’est pas un simple instrument, c’est un orchestre entier ! » louait le producteur britannique Richard Broke.

« La caméra n’a jamais réussi à obtenir de moi ce que le public parvenait à obtenir », expliquait cette grande amatrice de pêche et de cigares.

Diana est l’une des meilleures déclamatrices de nos théâtres [britanniques]. Sa voix n’est pas un simple instrument, c’est un orchestre entier !

 

En 2013 néanmoins, son visage parcheminé fait le bonheur des téléspectateurs dans Le trône de fer. Son interprétation d’Olenna Tyrell, personnage manipulateur qui n’a pas peur de se confronter aux hommes les plus puissants de Westeros, apporte une dimension shakespearienne à l’illustre saga.

Sa vie privée a longtemps alimenté la presse à sensation. Après avoir vécu avec le réalisateur Philip Saville, elle devient la quatrième femme du peintre israélien Menachem Gueffen, pour se séparer un an après. « Nous nous disputions tout le temps. C’était merveilleux », disait-elle sur le ton de la plaisanterie.

Elle eut une fille avec Archie Stirling, un producteur de théâtre millionnaire dont elle divorça en 1990 après huit ans de mariage.