​Sur vos écrans: des réseaux pas si «sociaux»

«Harbor from the Holocaust» raconte comment près de 20 000 juifs ont pu éviter une mort certaine en trouvant refuge à Shanghai.
Photo: PBS «Harbor from the Holocaust» raconte comment près de 20 000 juifs ont pu éviter une mort certaine en trouvant refuge à Shanghai.

Prudence de mise

On le sait maintenant depuis quelques années, les réseaux sociaux nés sur la Grande Toile depuis une quinzaine d’années et qui font exploser l’utilisation de nos téléphones et autres écrans modernes créent une dépendance chez leurs utilisateurs. Cette dépendance inquiétante a en fait des conséquences désastreuses à court, à moyen et à long terme sur la santé et la vie sociale et affective de ceux qui les fréquentent, les fait devenir, grâce à l’accès à leurs données personnelles, un produit à part entière, en plus de mettre à mal l’avenir de nos démocraties. C’est du moins ce que soutiennent les intervenants de ce documentaire dérangeant, un brin trop didactique, mais tout de même terriblement efficace réalisé par Jeff Orlowski (Chasing Ice) : ils ont pour la plupart participé à la création, à l’élaboration et à l’exploitation de réseaux sociaux et autres plateformes d’échange fort populaires (Facebook, Instagram, Pinterest, Twitter, YouTube), et regrettent amèrement ce que deviennent ceux-ci, d’abord créés avec des objectifs fort louables de rapprocher les gens et de favoriser la circulation des informations et des idées.

Ces développeurs Web et ingénieurs informatiques, ainsi que les spécialistes de divers horizons interrogés pour le film, livrent un portrait des réseaux sociaux qui sont pourtant devenus des éteignoirs à jeunes gens, des vecteurs de propagande, de désinformation et de radicalisation, des forums qui divisent plutôt que d’unir, qui prospèrent grâce à nos données et nuisent grandement à la survie des médias d’information. Toutes ces tares sont connues du public, mais c’est la démonstration, appuyée par ces témoignages éloquents, des exemples et des données alarmantes, et illustrée à travers des segments de fiction qui n’ont pas la subtilité de Black Mirror, qui rend l’ensemble franchement angoissant. Tellement qu’il nous vient l’envie de supprimer tous nos comptes de réseaux sociaux avant même d’avoir fini de regarder ce documentaire. La conclusion laisse tout de même poindre quelques pointes d’optimisme, conditionnelles à la prise de conscience collective des dangers de ces grandes toiles devenues prisons, et surtout à une plus grande prudence dans leur utilisation.


Derrière nos écrans de fumée (The Social Dilemma en V.O.)
Netflix, dès le mercredi 9 septembre

 

Trouver refuge près de l’ennemi

Alors qu’on vient tout juste de célébrer le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, un documentaire produit par PBS relate un épisode peu connu de ce terrible conflit. Harbor from the Holocaust raconte comment près de 20 000 juifs ont pu éviter une mort certaine en trouvant refuge à Shanghai, grâce à la collaboration du consul général de Chine à Vienne, Feng Shan Ho, qui a délivré des visas (pourtant inutiles pour cette ville qui n’en exigeait pas…) à ces réfugiés dont aucun pays ne voulait. On comprend au fil des témoignages de quelques survivants et d’historiens que le sort de ces rescapés n’a pas été toujours des plus enviables lors de ce séjour prolongé dans cette ville mythique. Les conditions de vie extrêmement difficiles dans lesquelles ils se sont retrouvés, persécutés et entassés par les occupants japonais dans un ghetto situé dans le pire quartier de la ville, après l’attaque de Pearl Harbor, puis pour plusieurs victimes des bombardements américains qui ont détruit le quartier qu’ils ont fini par s’approprier… De ce portrait plutôt sombre émergent de lumineuses solidarités mises en relief de belle façon dans ce documentaire classique, mais fort émouvant.


Harbor from the Holocaust
PBS, mardi, 22 h

 

Gala populaire en petites tranches

Le gala Artis, qui récompense les personnalités télévisuelles préférées du public, a été annulé dans sa forme habituelle pour les raisons sanitaires que l’on connaît. Le réseau qui diffuse habituellement cette célébration populaire a trouvé une façon originale d’honorer les lauréats de cette année, sans danger pour leur santé. TVA a prolongé de trois semaines la saison de son magazine culturel estival Sucré salé, toujours animé par Patrice Bélanger, qui aura pour mission au fil de cette douzaine d’épisodes supplémentaires de dévoiler les finalistes de cette année pas ordinaires et de remettre les trophées Artis aux lauréats, qui auront été invités sur le plateau pour d’autres motifs, pour préserver l’effet de « surprise », pourtant plutôt rare dans cette cérémonie généralement consensuelle. Une « pause paillettes » ne peut pas faire de mal…


Sucré salé
TVA, lundi au jeudi, 19 h

Le visionnement de la semaine

La controverse provoquée il y a deux semaines par l’affiche pour le marché international de ce premier film de la Française Maïmouna Doucouré, qui arrive sur Netflix cette semaine, sur laquelle on voyait les jeunes protagonistes dans des costumes sexy et des poses suggestives aura au moins eu le mérite de faire parler de ce récit d’apprentissage encensé par la critique et primé à Sundance et à Berlin. On y suit Amy, une préadolescente qui intègre une troupe de danse, Les Mignonnes, pour se rebeller contre sa famille conservatrice.


Mignonnes (V.F. de Cuties)
Netflix, dès le 9 septembre
 

À ne pas manquer

Un Malick tragique et envoûtant
 

Envoûtant dès les premiers plans, tragique et tendu comme un suspense, Une vie cachée (V.F. d’A Hidden Life) ramène le Terrence Malick de The Tree of Life, Palme d’or en 2011, et de The Thin Red Line (1998). Dans ce récit campé sur fond de Deuxième Guerre mondiale, mais sans champs de bataille, le réalisateur réussit à marier son style si ambitieux à un propos solide. Inspiré d’un fait vécu, le film tourne autour de Franz Jägerstätter, un fermier autrichien, bon catholique et père de famille qui a payé cher son refus de s’enrôler comme soldat nazi.


Une vie cachée
Dès vendredi 11 septembre, sur Crave