Sur vos écrans: deuxième chance conventionnelle

Canal D reprend la série documentaire «YUL: la vie à l’aéroport», qui propose une incursion dans les coulisses de l’aérogare montréalaise.
Photo: Canal D Canal D reprend la série documentaire «YUL: la vie à l’aéroport», qui propose une incursion dans les coulisses de l’aérogare montréalaise.

En continu ou en petites tranches

La rentrée télévisuelle automnale québécoise aura des allures de déjà-vu pour bien des télévores abonnés aux plateformes numériques d’ici, tou.tv, Crave et Club Illico. Les chaînes généralistes repiqueront leurs fictions à succès de leurs « petites sœurs » en ligne : C’est comme ça que je t’aime et Fragile de tou.tv trouveront leur place à Radio-Canada, tandis que La faille et Mon fils, lancé sur Club Illico, seront diffusées à TVA. Il en va de même pour des chaînes spécialisées, qui pigeront dans les productions originales numériques lancées depuis l’automne dernier.

Ainsi Canal D reprend la série documentaire YUL : la vie à l’aéroport, qui comme son titre l’indique, propose une incursion dans les coulisses de l’aérogare montréalaise. Les huit épisodes de cette production permettent de découvrir comment fonctionne ce lieu où transitent (ou plutôt transitaient…) 20 millions de passagers par année, qui fait face à des enjeux de sécurité complexes. La série fait la part belle aux particularités des différents corps de métier qui y œuvrent, souvent dans l’ombre, mais pèche par un manque de recul par rapport à son sujet, donnant parfois l’impression qu’on est devant une longue infopub vantant les mérites de l’aéroport montréalais.

Il en va bien différemment pour La détresse au bout du rang, un documentaire choc mais étonnamment nuancé de Stéphane Gendron sur la santé mentale de plus en plus chancelante des agriculteurs québécois. L’ex-politicien et animateur télé, depuis devenu lui-même cultivateur, dresse un portrait inquiétant de la détresse psychologique que subissent bien des valeureux qui produisent ce que nous mangeons, dans un contexte où l’endettement chronique, le contexte économique difficile, le manque de relève et l’épuisement poussent certains à commettre l’irréparable. Le film réalisé par Eric Blouin, qui avait déjà fait équipe avec Gendron pour le documentaire Mourir, donne la parole à quelques rares producteurs qui ont accepté de parler de ce sujet délicat pour ne pas dire tabou, et met en lumière le peu de ressources qui s’offrent à eux pour éviter de sombrer. On ne sort pas optimiste de ce documentaire un peu éparpillé quoique fort intéressant, mais on se dit qu’il donnera peut-être le courage à certains agriculteurs de briser le silence sur leur situation. C’est déjà beaucoup.

Bien qu’elle ait été « réalisée, construite et écrite pour être consommée en rafale », telle qu’indiqué au Devoir par sa productrice Izabel Chevrier lors de son lancement initial en septembre 2019, la série documentaire « true crime » Meurtriers sur mesure peut s’égrener à coups d’un épisode par semaine, pour peu qu’on soit patient… Suivant le modèle de plusieurs productions du genre, qui se multiplient aussi sous nos latitudes depuis deux ans, les sept épisodes de ce projet documentaire remontent le fil de l’enquête bâclée pour le meurtre sordide d’une adolescente à Val-d’Or en 1990, qui a mené à la condamnation à la prison à perpétuité de deux innocents.

La commission Poitras à la fin des années 90 viendra jeter le doute sur ce verdict et la Cour suprême cassera ce verdict de culpabilité en 2006. La série s’emploie à décortiquer les détails de cette affaire, sans toutefois permettre de retrouver le ou les véritables meurtriers de la jeune Sandra Gaudette. Elle a le mérite d’éclairer des zones d’ombre de notre système judiciaire.


YUL, la vie à l’aéroport
Canal D, jeudi, 19 h 30, tous les épisodes disponibles sur Crave

La détresse au bout du rang
Canal D, jeudi, 22 h, et sur Crave

Meurtriers sur mesure
Moi et cie, mercredi, 21 h, tous les épisodes disponibles sur Club Illico
  

Les êtres chers

Dans un futur proche, une équipe internationale d’astronautes a pour mission d’atteindre la planète Mars. Un voyage de trois ans qui s’annonce périlleux, autant pour eux-mêmes que pour leur entourage resté sur Terre. La prémisse de Loin (Away en version originale multilingue) laisse croire qu’on est devant de la science-fiction, et pourtant, cette impression se dissipe rapidement, si on s’aventure au-delà du premier épisode…

L’introduction de cette création du scénariste Andrew Hinderacker (Penny Dreadful), inspirée d’un article du magazine Esquire laisse présager un thriller spatial assez conventionnel et manichéen, croisé avec un mélodrame empesé…

Dès le deuxième épisode (sur dix), le volet science-fiction se met au service du drame psychologique et familial qui se brode autour des personnages principaux, au premier chef, la commandante américaine de la mission, Emma Green (Hilary Swank, solide, comme toujours…), tiraillée entre ses fonctions de mission exigeantes et la situation critique sur Terre de son mari ingénieur pour la NASA (Josh Charles) qui vient de subir un AVC.

Photo: Diyah Pera Netflix Mark Ivanir et Hilary Swank dans un épisode de «Loin»

Ses collègues de l’espace, un « vieux routier » russe (Mark Ivanir), un « néophyte » britannique d’origine ghanéenne (Ato Essandoh), une « experte » chinoise (Vivian Wu) et un dévoué et expérimenté d’origine indienne (Ray Panthaki), dont les contours caricaturaux s’estompent graduellement pour révéler des personnages complexes et authentiques (et qu’on entend souvent parler dans leur langue maternelle), vivent chacun de leur côté des situations déchirantes dues à l’éloignement de personnes chères, avec qui elles ne peuvent plus communiquer, ou ne le pourront plus bientôt, les communications directes devenant impossibles plus le vaisseau s’éloigne de la Terre.

Et la mission vers Mars dans tout ça ? Elle semble servir plutôt de prétexte, tellement l’intrigue tourne plutôt autour des tourments intérieurs, des regrets et inquiétudes des protagonistes plutôt qu’autour de l’exploit spatial en soi.

Cela donne tout de même des scènes d’action prenantes et des prises de vues dignes de grands films de science-fiction hollywoodiens. L’essentiel est ailleurs, ici. Et c’est pour le mieux.


Loin (Away, V.O.A.) Netflix, dès le 4 septembre

Le visionnement de la semaine

L’inspecteur Wallander, ce personnage marquant de l’oeuvre du regretté Henning Mankell, a trépassé depuis belle lurette, du moins sur papier. À l’écran, cet enquêteur de la police d’Ystad, un grognon mélancolique et un peu alcoolique, a eu droit à trois incarnations différentes. La première, entre 1994 et 2007, dans une série suédoise qui ne s’est pas rendue jusqu’à nos petits écrans, une deuxième, interprétée par Krister Henriksson, dans une autre série suédoise, qui celle-là a été diffusée à Télé-Québec à la fin des années 2000, puis une dernière, sous les traits de Kenneth Branagh, dans une série britannique, également diffusée sur Télé-Québec.

La compagnie de production Yellow Bird, qui avait produit la série mettant en vedette Henriksson, a ressuscité le personnage avec le concours de Netflix, pour une minisérie, en s’intéressant cette fois à ses origines. On renoue donc avec Wallander, le jeune policier en voie de devenir inspecteur, dans six épisodes qui ont la particularité d’être plantés dans l’époque contemporaine… Autre curiosité : ce Wallander, bien qu’incarné par l’acteur suédois Adam Pålsson, parle anglais, comme tous les autres personnages d’ailleurs.


Le jeune Wallander (The Young Wallander, V.O.A.)
Netflix, dès le 3 septembre

À ne pas manquer

Sur les traces d’un meurtrier policier
 

Longtemps surnommé le « tueur du Golden State », celui qui a commis de nombreux meurtres en Californie dans les années 1970 et 1980, l’ex-policier Joseph DeAngelo, a été condamné le 21 août dernier à plusieurs peines de prison à perpétuité. Une sentence rendue à peine trois semaines après la diffusion, à HBO, du dernier épisode d’I’ll Be Gone in the Dark, une série documentaire passionnante consacrée à l’enquête menée par l’autrice américaine Michelle McNamara pour identifier ce tueur en série, dont le résultat s’est retrouvé dans un livre publié deux ans après son décès subit, en 2016. La voici diffusée en version française.

Et je disparaîtrai dans la nuit
Super Écran et Crave, mardi, dès 21 h