«Raised by Wolves»: robots après tout

Sans aller jusqu’à dire que «Raised by Wolves» se veut une célébration de l’athéisme, Aaron Guzikowski y démontre habilement comment la foi aveugle peut mener jusqu’à la haine de l’autre, jusqu’à sa destruction.
Photo: Coco Van Oppens Photography Sans aller jusqu’à dire que «Raised by Wolves» se veut une célébration de l’athéisme, Aaron Guzikowski y démontre habilement comment la foi aveugle peut mener jusqu’à la haine de l’autre, jusqu’à sa destruction.

Selon la première des trois lois de la robotique exposées en 1942 par Isaac Asimov dans la nouvelle Cercle vicieux, « un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ».

Nul besoin d’avoir vu les dix épisodes de Raised by Wolves pour savoir que l’androïde Mother (Amanda Collin) se transforme en véritable machine à tuer lorsqu’on menace de toucher à un cheveu de ses enfants humains. Une vraie louve, quoi.

Si l’on reproche trop souvent aux bandes-annonces d’en dévoiler trop ou de ne montrer que le meilleur, celle de la nouvelle série qui atterrira sur Crave et CTV Sci-fi le 3 septembre met efficacement la table. Déjà, on y reconnaît avec bonheur la griffe du grand Ridley Scott (Alien, Blade Runner, Prometheus), qui s’y connaît en matière de robots trop humains, ici producteur et réalisateur des deux premiers épisodes de la spectaculaire série créée par Aaron Guzikowski.

Ce nom ne vous est pas familier ? C’est à lui que l’on doit le scénario de Prisoners, hypnotique et anxiogène drame policier de Denis Villeneuve avec Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal. Si Raised by Wolves est à des années-lumière de Prisoners, la série partage avec le long métrage du réalisateur de Blade Runner 2049 un récit similaire, celui de parents prêts à tout pour retrouver leurs enfants.

La Terre ayant été détruite, deux androïdes, Mother et Father (Abubakar Salim), sont envoyés sur une planète inhabitée afin de sauver la race humaine. Comment ? Grâce à six embryons que Mother enfantera à sa façon après neuf mois de gestation. Hélas ! Cinq des petits trouveront la mort. Seul Campion (Winta McGrath), qui a failli mourir à la naissance, survivra.

Photo: Coco Van Oppens Photography

Lorsque des êtres humains, parmi lesquels le belliqueux Marcus (Travis Fimmel), échoueront sur la planète, le jeune garçon, qui n’a plus confiance en ses parents adoptifs, voudra à son tour sauver les enfants des griffes de Mother. Une guerre sans merci entre l’homme et la machine s’ensuivra.

Ayant tout pour séduire les amateurs de science-fiction, Raised by Wolves risque de choquer les croyants, toutes confessions réunies. De fait, ce qui a provoqué la chute de l’humanité, c’est une guerre de religions.

Et c’est cette même guerre qui menace d’anéantir les quelques âmes qui ont pu trouver refuge sur l’Arche, colossal vaisseau spatial à la recherche d’un nouveau paradis. C’est pour cette raison que les androïdes sont farouchement athées. Surtout Mother, qui veille jalousement sur sa meute en lui racontant pourtant des histoires — dont celle des Trois petits cochons.

Sans aller jusqu’à dire que Raised by Wolves se veut une célébration de l’athéisme, Aaron Guzikowski y démontre habilement comment la foi aveugle peut mener jusqu’à la haine de l’autre, jusqu’à sa destruction. Cependant, l’histoire qu’il propose n’est pas sans rappeler la Genèse. Outre le vaisseau faisant figure d’Arche de Noé, comment ne pas reconnaître en Father et Mother Adam et Ève ?

Guzikowski ne se contente toutefois pas de remettre au goût du jour un récit biblique. De fait, Raised by Wolves est à la fois une fable sociale et environnementale, une dystopie où il tend un miroir peu flatteur à la société d’aujourd’hui, où il condamne le racisme et milite en faveur de l’écologie.

Jusqu’à ce que la guerre éclate, le couple d’androïdes mixte vivait en harmonie avec ses enfants issus de différentes communautés ethniques ou culturelles. Croyant ou non, humain ou robot, aucun n’est plus fort que la nature, laquelle se déploie dans toute sa majesté et son hostilité grâce aux amples mouvements de caméras, offrant tantôt des panoramas contemplatifs, tantôt une succession frénétique de scènes de combats aériens où Mother, telle une sirène fatale qu’aurait pu imaginer Homère, pulvérise les guerriers en poussant des cris. En peu de temps, le jardin d’Éden en devenir se transforme en champ de Mars postapocalyptique.

D’ailleurs, le contraste est saisissant entre la technologie de pointe et le mode de vie quasi préhistorique que tous sont contraints d’adopter une fois dépourvus de munitions, de moyens de transport et de communications.

Jusqu’où la réflexion d’Aaron Guzikowski mènera les personnages et les spectateurs ? Après trois épisodes, et malgré l’éblouissante réalisation et les effets spéciaux plus que convaincants, Raised by Wolves semble déjà s’essouffler, comme si le scénariste avait évacué prématurément tous les enjeux dramatiques.

Demeure heureusement Mother, aussi fascinante que terrifiante, qui se découvre de nouveaux pouvoirs d’un épisode à l’autre. À côté d’elle, l’androïde Ash d’Alien et le Réplicant Roy Batty de Blade Runner passeraient pour de gentils moutons. Électriques ou pas.


 

Raised by Wolves

Dès le jeudi 3 septembre, 21h30, sur Crave et la chaîne CTV Sci-fi, en anglais seulement.