«Hell Let Loose»: comprendre l’horreur

«Hell Let Loose» fait table rase de cette idée du supersoldat qui a nourri jusqu’à récemment le jeu de tir.
Photo: Team17 «Hell Let Loose» fait table rase de cette idée du supersoldat qui a nourri jusqu’à récemment le jeu de tir.

Un grand-oncle avait fait le débarquement de Dieppe, en Normandie. S’il en est revenu indemne en apparence, il en est resté marqué à jamais, traumatisé. Horreur totale. Le jeu de tir à la première personne du studio indépendant Black Matter Hell Let Loose permet de connaître, un peu, ce qu’il n’a jamais été capable de complètement verbaliser.

Rien de nouveau, peut-on penser, d’un jeu de tir basé sur la libération de l’Europe. Avec tous ces Call of Duty, Battlefield et Medal of Honor, n’a-t-on pas fait le tour ? On a déjà débarqué sur les plages de la France. On a déjà conduit des tanks jusqu’à Berlin. Et on a déjà été un as de la gâchette infiltré derrière les lignes ennemies. On a déjà été un « héros ».

Mais Hell Let Loose fait table rase de cette idée du supersoldat qui a nourri jusqu’à récemment le jeu de tir. Alors qu’on navigue dans les rues accidentées de Carentan, carabine à la main, on comprend que nous ne sommes qu’une roue dentée au sein de la machine guerrière. Une pièce fragile qu’un petit bout de métal peut briser à jamais. Coups de feu au loin. Réponse, à l’aveugle un peu, effrayée surtout. Puis l’artillerie frappe à une dizaine de mètres. Ce grand-oncle n’était pas un héros. Et il y a quelque chose d’héroïque là-dedans.

Il y a deux jeux dans Hell Let Loose. D’abord le combat. Deux équipes de 50 joueurs s’y affrontent, chacune composée d’unités d’infanterie, de chars d’assaut et d’artillerie, tentant tant bien que mal de pousser la ligne de front et de prendre contrôle de la carte. Mais si l’on prend deux pas de recul, on peut voir le métajeu de gestion de ressources et d’approvisionnement servant à alimenter cette machine de guerre. Prendre certains
objectifs sur la carte permet de déployer plus d’hommes ou d’engins sur le terrain.

Mais en jeu, on l’oublie. Ce qui importe, ce sont nos compagnons. Avec un peu de chance, ils seront aimables, car il est essentiel dans Hell Let Loose de communiquer. L’interface du jeu est minimale, ne montrant qu’approximativement les objectifs à prendre. Courir dans toutes les directions nous mènera à notre perte. Il faut donc se coordonner avec ses coéquipiers ; les couvrir lorsqu’ils doivent avancer vers l’ennemi, et leur faire confiance lorsque c’est notre tour de faire de même.

Avec sa nouvelle mise à jour renouvelant entièrement les animations des joueurs, Hell Let Loose s’approche du jeu triple A à grand budget. Le jeu se veut « réaliste », dans la même lignée que quelques autres jeux de tir récents comme Escape from Tarkov ou Insurgency : Sandstorm. On ne peut donc pas encaisser les coups de feu. Le son des projectiles ricochant à nos pieds ou sifflant au-dessus de nos têtes crée un réel sentiment de terreur. Sentiment auquel on voudra revenir pour, enfin, comprendre.

Hell Let Loose

★★★★

Développé par Black Matter et édité par Team17. Offert en accès anticipé pour la plateforme Windows seulement (Steam).