«Les mutants»: un été chez grand-papa

Les Mutants est la première série de la prolifique Annie Langlois.
Photo: Télé-Québec Les Mutants est la première série de la prolifique Annie Langlois.

Première série de la prolifique Annie Langlois, à qui l’on doit d’innombrables épisodes de Subito Texto, Tactik, 1,2,3… Géant !, Toc toc toc, Passe-Partout et plus encore, Les mutants devait prendre l’antenne au printemps 2020 à Télé-Québec.

Or, avec tout ce qui s’est passé au cours des derniers mois, voilà que la quotidienne de 50 épisodes destinée aux 8 à 10 ans se retrouve dans la grille d’automne. Ce qui est un mal pour un bien étant donné le sujet abordé dans cette série fantastique.

Campé dans le village (fictif) de Notre-Dame-du-Lointain, Les mutants met en scène deux frères de Montréal, Tom (Philippe Scrive) et Léo (Mathéo Piccinin-Savard), contraints par leur tante Lucie (Marilyse Bourke) d’aller passer l’été chez leur grand-père Zoubi (Rémy Girard). À peine arrivé, Léo, qui souffre de troubles anxieux, apprend que son amie Nicky (Jade Brind’Amour) a mystérieusement disparu.

Se cacherait-elle avec sa famille dans la vieille grange que l’on dit habitée par des monstres ? Serait-elle devenue une mutante ? Avec ses nouveaux amis, Zoé (Vivi-Anne Riel), qui a un trouble de déficit d’attention avec hyperactivité, et Marcus (Alfred Poirier), atteint du syndrome d’Asperger, Léo vivra un été beaucoup moins tranquille qu’il ne l’avait prévu.

« Les jeunes vont faire face à quelque chose qu’ils ne connaissent pas. Au départ, ils vont se poser plein de questions et se demander s’il s’agit d’une maladie. Comme on le verra, Nicky vit recluse avec sa famille ; ils sont tout le temps à part des autres, ce qui leur cause des problèmes. Nos jeunes viennent de vivre ça ; pendant des mois, ils ont été confinés à la maison et se sont ennuyés de leurs amis. Étonnamment, il y a quelque chose d’actuel », confie l’autrice au téléphone.

Jouer dehors

Si Annie Langlois reconnaît que le hasard fait bien les choses, elle se réjouit surtout du fait que la série a été tournée en location et non en studio : « La grande différence avec les autres séries jeunesse se trouve dans le fait qu’on tourne dehors, dans un village, dans une vraie grange, avec des vélos, avec de vrais enfants. Je suis à L’Isle-Verte et l’été, mes enfants sont libres et vivent leur vie ; je ne les vois qu’au souper, c’est tout. Je voulais qu’on revive ce qu’on vivait quand on était petits. Je voulais que ça se passe autour des enfants et de leur liberté. En région, les enfants ont plus de liberté ; je trouvais ça inspirant. C’est quelque chose qu’on oublie parce qu’on vient de la ville. Ça va donc parler à un public qui se sent parfois oublié. »

Expliquant avoir retravaillé une vieille idée qui dormait dans ses tiroirs pour répondre à l’appel de Télé-Québec, qui souhaitait combler la case horaire de 18 h 30 du lundi au vendredi avec une série « pour outiller les jeunes par rapport à l’anxiété », elle ne cache pas son plaisir d’avoir créé des personnages « imparfaits ».

Souvent, en jeunesse, on se retrouve avec des personnages qui doivent être des modèles pour nos jeunes ; ils sont tellement parfaits qu’ils sont plates. Quand je bâtis des personnages, ils ont toujours un travers auquel on peut se raccrocher pour les rendre réalistes, touchants, drôles.

Un plaisir que partagent avec elle la coconceptrice et script éditrice des Mutants,Maryse Joncas, de même que les auteurs Robin Balzano, Marc-Antoine Cyr, Martin Doyon, Marie-Frédérique Laberge-Milot, Louis-Charles Sylvestre, qui ont écrit en binôme les dix chapitres de cinq épisodes.

« Souvent, en jeunesse, on se retrouve avec des personnages qui doivent être des modèles pour nos jeunes ; ils sont tellement parfaits qu’ils sont plates. Quand je bâtis des personnages, ils ont toujours un travers auquel on peut se raccrocher pour les rendre réalistes, touchants, drôles. Ça n’a pas du tout été imposé, c’est vraiment moi qui avais envie de montrer ça. Léo, Zoé et Marcus sont différents mais se complètent. Il y a quelque chose que je trouvais beau là-dedans. »

Annie Langlois poursuit : « Les jeunes vont pouvoir s’identifier à des personnages “réels” et non pas magnifiés par la télé, par l’imaginaire. Quand on regarde toutes les séries américaines qui fonctionnent bien, il y a toujours des personnages comme ça, très forts, qui ne sont pas dans la lignée des personnages neutres qu’on peut imaginer. »

Comme dans la série américaine Stranger Things ? « C’est sûr qu’il y a de l’inspiration qui vient de là… avec nos moyens à nous ; en voyant comment mes enfants ont adhéré à ça, je l’ai un peu analysée. L’inspiration vient aussi de tous les films qu’on avait à l’époque, comme Les contes pour tous. Quand j’étais petite, c’est ça qu’on regardait. »

Ados mutants

Bien que la série tourne autour des conséquences de la transformation que subit Nicky, Annie Langlois n’a pas voulu faire des Mutants une métaphore de l’adolescence.

« C’est une grande trame de fond sur laquelle on n’a pas voulu trop appuyer. Évidemment, quand on écrit pour ce groupe d’âge là, on traite de l’acceptation de son corps, du fait de se sentir différent, de se sentir exclus, d’avoir peur du regard de l’autre. Dans le processus des trois saisons que je souhaite pour la série, il y a vraiment un cheminement dans la tête de Nicky qui va se passer vers l’acceptation de soi. »

S’il semble trop tôt pour parler d’une troisième saison, Annie Langlois annonce que le tournage de la deuxième saison débutera en septembre. Dans le respect des contraintes sanitaires, il va sans dire.

« C’est sûr qu’il risque d’y avoir un décalage entre l’an 1 et l’an 2, mais on espère que les spectateurs seront indulgents. Comme Rémy Girard est dans le groupe d’âge plus à risque pour la COVID-19, il va falloir trouver des façons de faire passer la tendresse sans que les acteurs aient à se faire des câlins. Ce sont de bons exercices pour nous, les auteurs. Je nous trouve extraordinaires dans tous les domaines créatifs, les Québécois. Nous sommes tellement bons pour trouver des solutions ! »

 

Les mutants

Dès le 24 août, du lundi au vendredi à 18 h 30, à squat.telequebec.tv.