«Black is King»: le petit roi

Dans tous les tableaux, de «Black is King», Beyoncé prend la pose, parade et danse comme elle seule sait le faire.
Photo: Parkwood Entertainment Dans tous les tableaux, de «Black is King», Beyoncé prend la pose, parade et danse comme elle seule sait le faire.

Un an après la sortie de l’album The Lion King : The Gift, Beyoncé, qui prêtait sa voix à Nala dans la nouvelle version en prises de vue réelles du film d’animation Le roi lion, a lancé vendredi, sur la plateforme Disney +, son magnifique complément visuel intitulé Black is King, où elle célèbre le peuple noir et les cultures africaines.

« Nous étions la beauté avant qu’ils sachent ce qu’était la beauté », dit celle à qui l’on doit l’album visuel Lemonade et le documentaire Homecoming dans cette hypnotique suite de tableaux où l’on suit le destin du jeune Simba (JD McCrary), fils de roi sauvé des eaux, comme Moïse, qui, guidé par ses ancêtres, part à la recherche de sa couronne.

Tourné à New York, en Afrique du Sud, en Afrique de l’Ouest, à Londres, à Los Angeles et en Belgique, Black is King ne lésine pas sur les moyens pour en mettre plein la vue : « Laissez le noir être synonyme de gloire ». Si le fil narratif paraît par endroits ténu, voire accessoire, et ce, malgré les répliques du Roi lion qu’on entend en voix off (y compris le célèbre Hakuna Matata), la beauté des images s’avère grandiose.

D’une mise en scène ample et fluide, où les drones immortalisent tantôt la majesté du désert, tantôt la splendeur des paysages côtiers, porté par les mots de la poétesse britanno-somalienne Warsan Shire, le long métrage musical se veut une ode au berceau de l’humanité sous toutes ses formes.

Black is Beautiful

Tout dans l’imagerie, les costumes, les décors et les chorégraphies renvoie aux différentes cultures africaines. Cependant, on croit reconnaître l’influence de Klimt lorsque Beyoncé se love dans un berceau de fleurs, de Degas lors d’un bal où des danseuses pirouettent en robes blanches, de Gauguin dans la plastique des gestes des superbes figurantes, ainsi que celle du Douanier Rousseau alors que ces dernières se pavanent dans la nature luxuriante aux verts chatoyants.

Dans tous les tableaux, Beyoncé prend la pose, parade et danse comme elle seule sait le faire. Elle va même jusqu’à s’offrir un ballet aquatique rappelant l’époque des comédies musicales mettant en vedette Esther Williams. Par endroits, on jurerait qu’elle salue les princesses de Disney tandis qu’elle s’ébroue dans les vagues telle la petite sirène Ariel ou arbore une longue chevelure à la Raiponce.

D’une séquence à l’autre, l’esthétique est si léchée que l’on pourrait croire que Beyoncé a organisé un défilé de mode pour mettre en valeur sa grande beauté. Or, au-delà du look papier glacé et de ce que l’on pourrait prendre pour du narcissisme exacerbé se dégage une volonté de rendre un hommage vibrant aux générations passées et de saluer celles qui suivront.

Parée de costumes extravagants aux couleurs flamboyantes rehaussant sa silhouette de Vénus callipyge, coiffée de chapeaux à faire pâlir d’envie tous les membres féminins de la famille royale britannique, Queen Bey assume totalement sa souveraineté et incite le peuple noir à réclamer la sienne. Deux mois après le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd par un policier blanc, alors que le mouvement Black Lives Matter connaît un regain, le message de l’artiste prend tout son sens.

Une histoire de famille

Afin de porter son message, Beyoncé s’est entourée de divers artistes et personnalités. Y défilent ainsi l’actrice Lupita Nyong’o, la top-modèle Naomi Campbell et la chanteuse Kelly Rowland, autrefois de Destiny’s Child. On retrouve aussi Pharrell Williams, avec qui elle chante Water, et le chanteur ghanéen Shatta Wale, qui l’accompagne sur Already, dont le clip a également été lancé hier matin.

Évidemment, Jay-Z, son mari, est de la partie, notamment dans le tableau Mood 4 Eva, de même que Blue Ivy Carter, fille aînée du couple, qui chante quelques mesures de Brown Skin Girl. Grâce à cette participation, la fillette de huit ans est d’ailleurs devenue la plus jeune lauréate d’un prix aux BET (Black Entertainment Television) Awards. La relève est assurée, pourrait-on avancer.

Si Blue Ivy brille aux côtés de sa maman dans quelques scènes, dont celle où elle est propulsée dans les étoiles ou dans une autre à saveur circassienne, c’est pourtant à son fils Sir, trois ans et jumeau de la petite Rumi, que Beyoncé dédie son film au générique de fin. Quelques fractions de seconde plus tard, à notre soulagement et satisfaction, s’ajoute la mention « et à tous nos fils et filles, le soleil et la lune s’inclinent devant vous. Vous êtes les clés du royaume ».

Black is King

★★★ 1/2

Film musical de Beyoncé, Emmanuel Adjei et Blitz Bazawule. Avec Beyoncé, JD McCrary, Pharrell Williams, Jay-Z et Blue Ivy Carter, États-Unis, 2020, 85 minutes.