«La rebelle»: le Skarsgård rebelle

Dans «La rebelle», la «Légende d’Excalibur» est racontée du point de vue de Nimuë, future Dame du Lac incarnée par Katherine Langford, découverte dans<i> «</i>13 Reasons Why»<i>.</i>
Photo: Netflix Dans «La rebelle», la «Légende d’Excalibur» est racontée du point de vue de Nimuë, future Dame du Lac incarnée par Katherine Langford, découverte dans «13 Reasons Why».

L’oppression des plus faibles, la corruption des puissants, la révolte des minorités, le soulèvement du peuple. Cursed, relecture de la légende du roi Arthur, offre à la fois, selon Gustaf Skarsgård, une échappatoire en ces temps houleux et une réflexion sur des préoccupations avec lesquelles notre monde se débat toujours.

Nommée La rebelle dans sa version française, la série, qui traite de vengeance, de trahison et de loyauté, est basée sur le roman graphique du même nom, écrit par Tom Wheeler et illustré par Frank Miller.

L’homme derrière Sin City, 300 et The Dark Knight Returns revient ici pour raconter la Légende d’Excalibur du point de vue de Nimuë, future Dame du Lac. Lorsque l’épopée commence, la battante remplie d’aplomb se voit remettre une épée magique qu’elle devra remettre, à son tour, au magicien Merlin. À Gustaf Skarsgård, donc.

« Ces personnages sont destinés à se rencontrer, remarque simplement le sympathique acteur suédois lors d’un face-à-face sur Zoom. On le sait dès le premier épisode. »

On sait ainsi que Nimuë et Merlin se rencontreront. Mais on ne sait pas comment, ni quel effet aura ce premier face-à-face chargé d’émotions et de sous-entendus. D’autant plus que la Dame est incarnée par Katherine Langford, découverte dans 13 Reasons Why.

« Je n’aurais pu rêver d’une meilleure partenaire de scène. Talentueuse, adorable. On a eu un lien extrêmement fort dès la première audition. »

La première audition

Gustaf Skarsgård a souvent raconté comment l’audition qu’il avait passée pour la deuxième saison de la série de science-fiction Westworld avait été cataclysmique. Et à quel point il en était ressorti convaincu d’avoir lamentablement échoué. La surprise d’avoir été rappelé et d’avoir obtenu le rôle n’en avait été que plus grande.

Pour Cursed, pourtant, il était d’emblée confiant. « J’avais l’impression d’être la bonne personne pour la tâche. J’ai toujours été passionné de fantastique. Enfant, j’ai suivi des cours d’équitation et d’escrime. Quand j’ai lu le scénario des cinq premiers épisodes, je me suis dit : c’est mon rôle. Je me suis préparé toute ma vie pour lui. »

Pour Merlin, protagoniste iconique complexe, tantôt doux et compatissant, tantôt froid et cruel. Un homme qui, au fil de la série, s’ouvre de façon métaphorique comme littérale. Coupé en deux par une lame, d’une part. Disséminant des indices de sa personnalité à travers les épisodes de l’autre.

« Le point de vue sur le personnage est absolument génial. Quand on le rencontre, il semble décrépit. Il est alcoolique, il a perdu son don pour la magie, il fait preuve de cynisme. Mais plus l’histoire progresse, plus on comprend pourquoi il s’est retrouvé dans cet état. »

Cette quête épique est ponctuée d’effets spéciaux et marquée de combats comme de chevauchées héroïques. Celui que beaucoup ont découvert dans la série Vikings rappelle qu’il est un habitué du genre.

Et pour ce qui est du côté cynique de Merlin ? « J’ai sans conteste connu des périodes, dans ma vie, où j’étais porté vers l’autodestruction. Mais je ne me qualifierais pas [de cynique] comme tel. »

Dans les moments sombres de la série, son personnage parvient d’ailleurs à donner une touche d’espoir à ses semblables.

Et l’acteur, qu’est-ce qui lui en donne, de l’espoir, en cette époque orageuse ? « Le fait que beaucoup de problèmes et d’injustices soient dénoncés au grand jour. Grâce au mouvement Black Lives Matter, grâce aux actions pour l’environnement, pour le climat. Ce qui me rend optimiste, c’est aussi ce sentiment croissant qu’une fois la pandémie finie, nous ne pourrons plus revenir à nos vies d’avant. Que nous devrons créer une nouvelle normalité. Faire des gestes concrets, changer. »

Au petit écran, cela se traduit évidemment, notamment, par une plus grande diversité — et par une façon différente de raconter les histoires. « Heureusement, cette fois, c’est la jeune fille qui est la plus forte, remarque le comédien. C’est elle qui grandit pour endosser le costume de l’héroïne, elle qui joue un rôle significatif dans le sort de l’univers. »

Dynastie

Par ses personnages liés de façons parfois inespérées, Cursed explore également les liens familiaux inextricables, et le désir de se détacher de certains individus de ce clan qui nous a été assigné à la naissance pour tracer notre propre voie.

Un sujet que connaît peut-être Gustaf, « fils de Stellan et frère d’Alexander, de Valter et de Bill » Skarsgård, membre actif d’une puissante dynastie d’acteurs ?

Il évite la question en parlant uniquement de son personnage, cette fois. « Merlin semble avoir coupé les liens avec sa famille depuis très longtemps. On comprend qu’il avait une relation très complexe avec son père. Et on découvre petit à petit ses autres liens de sang, qu’il vaut mieux ne pas révéler pour l’instant. »

Qu’arrive-t-il quand nous sommes certains que notre cause est juste, mais que les autres ne sont pas aussi convaincus que nous ? Et comment composons-nous avec nos erreurs ? Il s’agit assurément d’un des thèmes les plus intéressants de la production. Car Merlin accumule les méprises… «… et il n’en tire pas forcément de leçons, souligne son interprète. Du moins au départ. Avec un peu d’espoir, il saura apprendre de ses bévues ».

Comme il saura apprendre aux autres de ses expériences. Lorsqu’ils se retrouveront, au sixième épisode, Merlin enseignera par exemple à Nimuë comment « créer une intention ». Imaginer une chose qu’elle souhaite ressentir, voir, faire naître. Elle y parviendra en pensant à quelqu’un qu’elle aime.

Projeter des désirs, des desseins, des volontés n’est-ce pas aussi le rôle d’un acteur ? « Ah, c’est une scène magnifique où il lui apprend des choses sur la magie auxquelles il n’arrive plus lui-même à accéder… » se souvient avec une certaine nostalgie Gustaf Skarsgård avant d’enchaîner : « C’est vrai. Nous devons concevoir des objectifs, des pensées, des mobiles pour nos personnages. Nous préparer inlassablement à les recréer. Puis, le temps venu, nous devons faire confiance à nos coéquipiers, nous abandonner, et laisser aller cette intention que nous avons mis si longtemps à planifier, à peaufiner. »

Est-ce épeurant ? Excitant ? « Les deux, assurément. C’est drôle, vous savez. Plus on apprend à s’abandonner, plus notre peur de le faire devient grande. Mais plus la récompense de l’avoir fait est grande, elle aussi. »

La rebelle (V.F. de Cursed)

Netflix, dès le 17 juillet