«Dark»: à la croisée des mondes

La conclusion de l’excellente série allemande est si spectaculaire que les mordus réclament depuis samedi, jour du lancement de la troisième saison sur Netflix, une nouvelle saison. Heureusement, la plateforme américaine jure qu’il s’agit de la dernière saison de «Dark». On ne verra donc pas celle-ci s’éclipser dans une longue et douloureuse agonie.
Photo: Netflix La conclusion de l’excellente série allemande est si spectaculaire que les mordus réclament depuis samedi, jour du lancement de la troisième saison sur Netflix, une nouvelle saison. Heureusement, la plateforme américaine jure qu’il s’agit de la dernière saison de «Dark». On ne verra donc pas celle-ci s’éclipser dans une longue et douloureuse agonie.

Après deux saisons à tenir les spectateurs en haleine grâce à leur récit aux multiples revers déroutants et à leurs finales percutantes, les créateurs de Dark se devaient de boucler le tout avec éclat. Pari réussi haut la main. Pour preuve, la conclusion de l’excellente série allemande est si spectaculaire que les mordus réclament depuis samedi, jour du lancement de la troisième saison sur Netflix, une nouvelle saison. Heureusement, la plateforme américaine jure qu’il s’agit de la dernière saison de Dark. On ne verra donc pas celle-ci s’éclipser dans une longue et douloureuse agonie.


 

On se souviendra que la deuxième saison se terminait avec la mort de Martha Nielsen (Lisa Vacari), tuée par Adam (Dietrich Hollinderbäumer), incarnation âgée de Jonas Kahnwald, sous les yeux de Jonas adolescent (Louis Hofmann), de retour d’un périple en 2052. À peine la jeune fille avait-elle poussé son dernier soupir qu’elle apparaissait avec un nouveau look pour annoncer à Jonas qu’elle venait d’un autre monde et non d’une autre époque. Décidément, la troisième saison de Dark s’annonce encore plus corsée que les précédentes. Mais, revenons au début de l’aventure.

Boucle spatio-temporelle

En 2017, lors de son arrivée sur Netflix, Dark, bien nommée création de Baran bo Odar et de Jantje Frise, se présente comme une énième série relatant une disparition d’enfants. Au fil des épisodes, on comprend que le petit Mikkel (Daan Lennard Liebrenz), fils d’Ulrich Nielsen (Oliver Masucci) et petit frère de Martha, mystérieusement disparu en 2019, a été parachuté en 1986 — année de la catastrophe de Tchernobyl et de la disparition du petit frère d’Ulrich, Mads (Valentin Oppermann). Dès lors, les comparaisons avec Stranger Things, où le jeune Will Byers était balancé dans un univers parallèle, s’imposent d’elles-mêmes.

Dénuée d’humour et ne carburant pas à la nostalgie des années 1980, l’hypnotique série allemande s’éloigne cependant de la série des frères Duffer avec ses intrigues considérablement plus complexes, voire tordues, et ses réflexions philosophiques sur le passage du temps. Si Dark s’apprivoise lentement, la fascination pour cet univers anxiogène, porté par une trame sonore à glacer le sang et une direction photo glauque à souhait, est immédiate.

De fait, il faut quand même un certain temps pour retenir tous les liens qui unissent les quatre familles de Winden, petite bourgade où dominent les hautes cheminées d’une centrale nucléaire, que l’on rencontre en 2019, en 1986 et en 1953. Sur ce point, la directrice de distribution Simone Bär mériterait une pléthore de prix tant les acteurs incarnant les personnages d’une même famille à différents moments de leur vie se ressemblent.

Paradis perdu

Ainsi, si les personnages de Dark voyagent dans le temps — attelez-vous, on visite encore plus d’époques cette fois-ci, on sait maintenant qu’il existe un autre univers, sensiblement semblable au premier. L’un serait celui d’Adam  Jonas, l’autre, celui d’Eva (Barbara Nüsse), qui n’est nulle autre que Martha âgée. À l’instar du couple de la Genèse, Adam et Eva souhaitent regagner le paradis.

Ennemie jurée d’Adam, Claudia Tiedemann âgée (Lisa Kreuzer), autrefois directrice de la centrale nucléaire (Julika Jenkins) et mère de Regina (Deborah Kaufmann), cette dernière se mourant d’un cancer, expliquera que l’univers d’Adam est fait d’ombre, et celui d’Eva, de lumière. Chacun devra donc choisir son camp.

Cette réalité alternative entraîne forcément l’apparition de doubles. Lors d’une scène, Eva se retrouve en présence des jeunes Martha, celles du premier et du second univers, et de sa version intermédiaire. Parfois, seuls quelques détails dans la tenue et la coiffure des personnages révèlent dans quelle réalité ils évoluent ; et gardez en tête qu’ils voyagent aussi d’un monde à l’autre. C’est le cas d’un homme jamais nommé (Jakob Diehl), qui, avec la complicité de son double âgé (Hans Diehl) et de son double enfant (Claudie Heinrich), exécute ceux qui menacent de vouloir changer le cours de sa propre existence.

À la vie, à la mort

Au-delà des éléments fantastiques, ce que raconte Dark, c’est le refus d’affronter la mort, la sienne ou celle d’un proche, et de vivre son deuil. En voulant ramener les morts dans le monde des vivants et éviter la fin du monde, les personnages ont provoqué le chaos.

Alors que le mystère de la disparition de Mikkel et les dommages collatéraux qu’elle entraîne dans la généalogie des personnages est savamment révélé au fil des épisodes, les considérations philosophiques sur le temps s’enrichissent de références à la mythologie grecque (le fil d’Ariane, Orphée) et à la Bible(le jugement dernier, L’Apocalypse). Cela alourdit cependant certaines répliques, aphorismes que les personnages répètent d’une époque à l’autre, d’un monde à l’autre, provoquant volontairement un effet de déjà-vu.

Plus la série avance, plus le montagese fait serré, presque étourdissant, tant les sauts dans le temps épousent un rythme frénétique, tant les fils des intrigues se démêlent un à un avec une logique remarquable. Pas une seconde d’inattention n’est permise, et ce, jusqu’à la toute fin, pour bien saisir toute l’ampleur de cette saisissante réflexion sur le cycle de la vie. De fait, portez une grande attention aux mots tout simples que prononce Hannah (Maja Shöne), épouse de Michael Kahnwald (Sebastian Rudolph), autrefois Mikkel Nielsen.

Dark 

Sur Netflix, dès maintenant