«Trigonometry»: vivre à trois

Ayant passé toute sa vie sous l’eau, Ray (Ariane Labed, au centre)  ne connaît rien à l’amour et trop peu sur la vie en général. Au fond, elle est un peu comme la petite sirène  du conte d’Andersen, sauf qu’en plus de s’éprendre du prince  (joué par  Gary Carr,  à droite),  elle en pince  aussi pour  la princesse (jouée par Thalissa Teixeira,  à gauche).
CBC Ayant passé toute sa vie sous l’eau, Ray (Ariane Labed, au centre) ne connaît rien à l’amour et trop peu sur la vie en général. Au fond, elle est un peu comme la petite sirène du conte d’Andersen, sauf qu’en plus de s’éprendre du prince (joué par Gary Carr, à droite), elle en pince aussi pour la princesse (jouée par Thalissa Teixeira, à gauche).

« Two’s company, three’s a crowd », dit le proverbe anglais du XVIIe siècle, que l’on pourrait traduire ainsi : à deux, c’est mieux, à trois, c’est trop. Or, si l’on se fie à ce que vivent les personnages de Trigonometry, charmante dramédie romantique produite pour la BBC, dont les huit épisodes seront disponibles dès vendredi sur CBC Gem : à trois, c’est trop bon !

Dix ans après Attenberg, où elle incarnait une jeune fille initiée à la sexualité par sa meilleure amie, Ariane Labed, qui trouve ici son premier grand rôle au petit écran, a eu le plaisir de retravailler sous la direction d’Athiná-Rachél Tsangári, dont l’expérience à la télévision se limitait à la réalisation de deux épisodes de Borgia.

« La télé, c’est quand même un univers et un langage très différents du cinéma. Ce n’est pas exactement une zone de confort ni pour elle ni pour moi. Du coup, le fait de se connaître était une sorte de raccourci, mais c’était un grand challenge pour chacune, d’autant plus que c’était la première fois qu’elle tournait quelque chose dont elle n’était pas l’auteure », raconte l’actrice jointe en Grèce.

Campé dans un quartier cosmopolite de Londres, Trigonometry met en scène trois trentenaires qui tirent le diable par la queue : Gemma (Thalissa Teixeira), cheffe cuisinière, se bat pour la survie de son resto ; Kieran (Gary Carr), amoureux de Gemma, trouve son métier d’ambulancier de plus en plus angoissant ; et Ray (Ariane Labed), ex-championne olympique de nage synchronisée, quitte la compétition après avoir été blessée au cours d’une représentation.

Afin d’économiser sur le loyer, Gemma et Kieran accueillent Ray, qui vient de quitter le domicile familial, dans leur appartement déjà pas très grand. Très tôt, les regards se font de plus en plus insistants, ceux de Gemma, qui a déjà eu des liaisons avec des femmes, et de Kieran sur Ray ; et celui de Ray sur Gemma et Kieran.

Ayant passé toute sa vie sous l’eau, Ray ne connaît rien à l’amour et trop peu sur la vie en général. Au fond, elle est un peu comme la petite sirène du conte d’Andersen, sauf qu’en plus de s’éprendre du prince, elle en pince aussi pour la princesse. D’où l’étiquette de licorne, nom donné aux femmes qui ont des relations avec des couples hétérosexuels, que lui accole Jason (Hugh Wyld), un ami de Gemma et de Kieran, lors d’une soirée dans un cabaret de drag-queens.

« Je ne dirais pas qu’il y a quelque chose de fantastique, mais en effet, il y a quelque chose du conte de fées. C’est sûr que Ray débarque d’un autre monde, qu’elle vient de l’eau et qu’elle semble mettre le pied sur terre pour la première fois. Pendant des années, elle a évité les difficultés de la vie adulte, d’être trentenaire à Londres, de devoir accumuler des jobs, de devoir vivre en colocation. C’est tout nouveau pour elle de devoir affronter le réel. Il y a quelque chose d’assez courageux et de brave chez Ray. »

Sentiments naturels

Hormis la blague de Jason à l’endroit de Ray, la remise en question de l’hétérosexualité de Gemma par son frère Nick (Darryl Foster) et le mot polyamour prononcé du bout des lèvres, les personnages ne souhaitent pas s’embarrasser d’une quelconque étiquette.

« Ce qui compte pour eux, c’est cette histoire d’amour. Une fois que le spectateur est capable de pouvoir suivre cette histoire d’amour là, il n’y a plus d’étiquette qui compte. Ce qui me plaisait, c’était de parler d’une autre façon d’aimer, de défendre une forme qui existe depuis la nuit des temps, mais qui est une espèce de tabou dans notre société. Le fait que Ray vienne de l’eau, qu’elle soit fluide dans tous les sens du terme, c’était quelque chose que je trouvais plutôt beau. »

Avant que les désirs soient assouvis et que l’amour s’installe entre Gemma, Kieran et Ray, les scénaristes Duncan MacMillan et Effie Woods ont bien pris soin de présenter chaque personnage, d’explorer les tensions du couple que forment Gemma et Kieran, de même que celles que vit Ray avec sa meilleure amie, Moira (Isabella Laughland), avec son père (Adrian Rawlins) et, surtout, avec sa mère (Anne Consigny).

« Dans l’écriture, il y avait cette idée de rentrer suffisamment dans l’intimité de chacun des personnages pour comprendre leurs mouvements amoureux, d’être de leur côté, d’espérer que cette histoire fonctionne. Il y avait de la part des scénaristes l’envie de prendre le spectateur par la main, de ne pas juger les personnages. »

Cette absence de jugement sur les personnages, on la retrouve également dans la caméra d’Athiná-Rachél Tsangári : « C’est une chose qui fait partie depuis toujours — et pour toujours, j’espère ! — du travail d’Athiná. Il y a une volonté de comprendre les personnages autrement qu’avec nos codes de société. Comme si elle regardait les humains à la manière d’un documentaire animalier, c’est-à-dire en observant leur nature, leurs mouvements, sans juger. La construction intime est hyper importante pour Athiná, c’est pour ça qu’elle était la bonne personne pour parler d’un thème comme celui-là, avec bienveillance et sans jugement. »

Trigonometry 

Dès le vendredi 3 juillet, sur CBC Gem