L’école à l’écran (2)

Photo: iStock / Montage Le Devoir

La fin des classes (même à distance) approche. Le Devoir profite de ce dernier sprint pour vous offrir une première sélection de bonbons filmiques et télévisuels qui ont pour objet la vie scolaire, petite et grande. Comme toujours, cette belle dizaine est accessible depuis vos salons. Bon retour sur les bancs d’école, par procuration !  


 
Le cercle des poètes disparus (Apple TV+)

 

En 1959, dans une académie aux règles strictes, sept garçons, dont le timide Todd (Ethan Hawke) et l’aspirant acteur Neil (Robert Sean Leonard), s’émancipent au contact de leur nouveau professeur de littérature (Robin Williams), un libre-penseur qui les initie à la poésie. Émouvant récit d’apprentissage réalisé par Peter Weir (The Truman Show) en 1989, Le cercle des poètes disparus a marqué bien des esprits grâce à son illustration juste des tourments de l’adolescence, sa fine réflexion sur la culture, le jeu naturel des jeunes acteurs, Hawke au premier plan, et celui, nuancé, du regretté Robin Williams. Et, bien sûr, les mots du grand poète Walt Whitman : « Ô capitaine ! Mon capitaine ! »

Manon Dumais

 
 

La Passion d’Augustine (Apple TV+)

À la fin des années 1960, en pleine laïcisation du Québec, tandis qu’elle y recueille sa nièce rebelle (la pianiste Lysandre Ménard), une religieuse se bat corps et âme pour sauver le couvent où elle enseigne la musique aux jeunes filles. Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour vivre sa passion ? Livrant un hommage sincère aux enseignantes des communautés religieuses, la scénariste Marie Vien (14 jours, 12 nuits) et la cinéaste Léa Pool (Et au pire on se mariera) brossent un savoureux tableau d’époque d’une société en pleine ébullition. Dans le rôle-titre, Céline Bonnier domine avec grâce une distribution prestigieuse où se distinguent Marie Tifo, Diane Lavallée et Pierrette Robitaille.

Manon Dumais

 
Photo: Les Films Séville

 

Elephant (Crave)

Doublement couronné à Cannes de la Palme d’or et du prix de la meilleure réalisation à Gus Van Sant, en 2003, Elephant a pour étincelle la fusillade de Columbine, aux États-Unis, au cours de laquelle douze étudiants et un professeur ont été abattus par deux adolescents. Mais la grande vertu de ce film exigeant traversé par une poésie pure et une horreur sans nom réside peut-être ailleurs, dans son portrait presque clinique du quotidien d’une jeunesse dorée engluée dans un système d’éducation que le réalisateur a voulu dénoncer ici comme aliénant. D’où son titre, qui réfère à « ce qui se voit comme le nez au milieu de la figure, mais ce que tout le monde souhaiterait bien occulter », avait expliqué le réalisateur américain au magazine américain Cineaste. Percutant.

Louise-Maude Rioux Soucy

 
 

Degrassi (Tou.tv, YouTube et Netflix)

La série canadienne-anglaise Degrassi, avec ses cinq incarnations étalées sur 40 ans, a fait école. Lancée sous forme de courts métrages dès 1979 à CBC et déclinée par la suite en téléfilms puis en séries dramatiques, cette incursion dans le quotidien d’adolescents fréquentant une école publique torontoise a abordé avec réalisme et intelligence nombre de sujets délicats, et parfois plus légers, autour de « l’âge ingrat ». Elle a su inspirer de nombreuses productions réalisées autour des mêmes thèmes. On peut encore dénicher quelques épisodes des « suites » des années 1980 et 1990 sur YouTube, ainsi que tous les épisodes de la « nouvelle génération » des années 2000 et 2010, qui a mis au monde un certain Drake… (Quelques saisons sont aussi accessibles en version française à Tou.tv.) Depuis 2016, Netflix poursuit cette tradition télévisuelle avec Degrassi : la nouvelle classe.

Amélie Gaudreau

 
 

Éducation sexuelle (Netflix)

L’éducation à la sexualité est l’un des parents pauvres du cursus des élèves québécois depuis plusieurs années. Cette réjouissante comédie dramatique britannique offre quelques pistes de réflexion sur ce vaste (et parfois glissant…) sujet en suivant les aventures d’Otis (Asa Butterfield), un adolescent qui a un rapport très ambivalent par rapport à sa propre sexualité et qui s’improvise thérapeute sexuel, métier que pratique sa mère (Gillian Anderson), auprès des élèves de son école, contre rémunération, avec le concours d’une élève rebelle mais brillante, la troublante Maeve. Sous ses dehors de dramatique adolescente classique, la série de Laurie Munn, dont la troisième saison est en préparation, aborde dans un heureux mélange d’humour et de sérieux les aléas des choses de l’amour et les questions épineuses liées à l’identité et au consentement sexuel.

Amélie Gaudreau

Photo: Netflix

 
 

Mentalité dangereuse (Apple TV+)

Soyons francs, ce drame scolaire basé sur l’autobiographie My Posse Don’t Do Homework de LouAnne Johnson ne casse pas la baraque sur le plan cinématographique. Il reste que ce film de John N. Smith a charmé le public, spécialement le jeune public, en plus d’être encensé aux MTV Movie Awards en 1996. Une partie de son capital de sympathie réside dans l’interprétation vigoureuse de Michelle Pfeiffer qui, dans la peau d’une militaire recyclée en professeure, conquiert une classe turbulente composée d’adolescents afro-américains et hispaniques d’East Palo Alto à coups de vers de Bob Dylan (Johnson, elle, leur a servi du rap, mais visiblement Hollywood n’en était pas encore arrivé là), de sucre et de karaté. Efficace.

Louise-Maude Rioux Soucy

 
 

Entre les murs (Amazon Prime)

Basé sur les expériences de François Bégaudeau, écrivain, critique littéraire, scénariste, acteur et réalisateur français, Entre les murs valut la Palme d’or à Laurent Cantet. Une année durant, on y suit une classe bigarrée où rien n’est acquis. La caméra de Cantet demeure confinée à l’enceinte de l’école, l’approche évoquant à dessein le drame carcéral. Naturels, les jeunes acteurs furent sélectionnés dans différents lycées. Esmeralda Ouertani, en particulier, n’en rate pas une en élève qui oblige l’enseignant (Bégaudeau, jouant son propre rôle) à aller au-delà de ses a priori idéalistes. Sur Amazon Prime.

François Lévesque

 
 

Breakfast Club (Crave)

 

Si l’on en croit Sartre, l’enfer, c’est les autres. Ce qui se vérifie au début de Breakfast Club, de John Hughes, dans lequel un samedi de retenue à l’école se meut en thérapie de groupe. À partir d’archétypes assumés et nommés — la princesse (Molly Ringwald), la rejetée (Ally Sheedy), le nerd (Anthony Michael Hall), le sportif (Emilio Estevez), le délinquant (Judd Nelson) —, le scénario s’aventure derrière la façade et secoue les préjugés que les personnages entretiennent vis-à-vis des autres, mais aussi d’eux-mêmes. Un film qui a fait école, sans mauvais jeu de mots. Sur Crave, en français et en version originale en anglais.

François Lévesque

Photo: Universal Pictures

 
 

L’Académie (Club Illico)

 

Des amies. Un pacte. Trois saisons. Une académie. Et une année scolaire. La dernière du secondaire. « Ça va être grandiose. » Il y aura des conventions à défier, des règlements à briser. Des soirées pas trop permises. Des manigances. Des mises à l’écart. Des rumeurs. Des rivalités. Et puis de grands rêves, de grandes émotions et beaucoup de solidarité. Avec sa réalisation remplie de fraîcheur, sa lumière douce, sa distribution énergique et sa trame sonore allant d’Alex Nevsky à Dead Obies, la série de Sarah-Maude Beauchesne, qui parle si bien aux adolescents, fait l’effet d’un baume en cette période où les finissants vivent, « dans la vraie vie », un moment crève-cœur, loin des bancs d’école et de leurs pairs.

Natalia Wysocka

 
 

Rita (Netflix)

 

On a tous rêvé d’avoir une enseignante comme le personnage qui donne son nom à cette comédie dramatique danoise : une « rebelle » qui ne s’enfarge pas dans le décorum vestimentaire, professeure intéressante et dévouée, prête à aller se battre pour le bien de ses élèves. La série navigue habilement entre la vie professionnelle bien remplie de Rita (Mille Dinesen), qui dérange souvent l’ordre établi de l’école secondaire de région, et sa vie personnelle plus désordonnée, de mère célibataire de grands enfants qui ne fait pas toujours attention à elle. La série trouve son équilibre comique et dramatique entre ses deux sphères en abordant avec beaucoup de nuances et d’intelligence des thèmes sociaux pas toujours rigolos. La cinquième saison de ses aventures est attendue à l’automne.

Amélie Gaudreau