«Dads»: son père, ce héros

Bryce Dallas Howard et son père Ron Howard
Apple TV+ Bryce Dallas Howard et son père Ron Howard

« Un père, c’est… » C’est avec cette « phrase à compléter » que Bryce Dallas Howard introduit son premier long métrage, Dads. Un film gentil, qui rend hommage aux hommes du titre. Les réponses que l’actrice-réalisatrice reçoit sont remplies de candeur. Un père, c’est une boussole. Un père, c’est un soignant.

La plupart des intervenants qu’elle interroge sont célèbres. « Aujourd’hui, je ne suis plus Jimmy Fallon. Je suis le père de Winnie », dit le Jimmy en question. Conan O’Brien se souvient que, quelques heures après que son bébé est né, il a repris la route du travail. « Pour faire comme les personnages de géniteurs dans les séries télévisées », explique-t-il un brin gêné.

Et elles défilent, les vedettes du petit et du grand écran : Jimmy Kimmel, Neil Patrick Harris, Hasan Minhaj… Des humoristes, des habitués de stand-up, que Bryce Dallas Howard présente debout, précisément. Des pieds à la tête. Devant un fond coloré monochrome. Turquoise, rouge, jaune. « Comme des blocs à jouer pour enfants », nous précise-t-elle lors d’une petite table ronde virtuelle.

Le choix de ces stars, elle le commente aussi simplement. « À travers les années, beaucoup d’entre eux m’avaient déjà interviewée », résume celle qui a véritablement lancé sa carrière sous la direction de M. Night Shyamalan dans The Village et Lady in the Water.

Loin de cet esprit horrifique, la cinéaste trentenaire propose avec Dads un film mignon, rempli de bons sentiments. Les hommes présentés sont tous dévoués, enjoués et ravis par la paternité. (Même si « changer les couches, c’est difficile et qu’il faut parfois composer avec un peu de vomi ».)

Il faut dire que Bryce Dallas Howard a visiblement un lien extrêmement solide avec le sien, de père. À savoir Ron Howard, le réalisateur d’Apollo 13 et du Da Vinci Code, le narrateur omniscient de la série culte Arrested Development. « Je l’admire. Je l’admire vraiment. Ça l’énerve que je le mette sur un piédestal. “Le jour où je vais en tomber, tu seras dévastée”, me répète-t-il souvent. Mais je suis émerveillée par sa volonté de s’améliorer, de contribuer, de faire la vaisselle. C’est un bon garçon. »

Instructions non incluses

Le côté très « inspiration » et un brin naïf qui se dégage de l’ensemble est peut-être dû au fait que le long métrage — présenté comme un documentaire — est, en partie produit par… Dove Men + Care. Oui, les savons.

N’empêche, la cinéaste dit avoir été portée par un sentiment d’injustice. « Dans les médias, on présente souvent les pères à l’arrière-plan. On mine leur rôle. Ce qui signifie, par extension, que l’on mine aussi celui des mères. J’ai été choquée d’apprendre, notamment, qu’une majorité d’hommes ne prennent pas leur congé de paternité par peur d’être stigmatisés. »

Sa réalisation se révèle néanmoins plus sympathique qu’engagée. Comme elle-même le résume, c’est rigolo, c’est touchant, et chaque intervenant verse au moins une larme. « Car c’est exactement ça, être parent. Tous les jours, on connaît les hauts les plus hauts et les bas les plus bas. J’ai beaucoup raccourci le film en salle de montage parce que sinon, ç’aurait été trop. Trop d’émotions. »

Parmi les bons moments, notons celui où Will Smith raconte son désarroi le jour où il est devenu papa. Il était justement en train d’assembler un meuble. Et il a quitté la maison en abandonnant derrière lui un manuel de plusieurs centaines de pages expliquant comment l’assembler. « Je suis revenu à la maison avec ma femme — et un bébé. Sans manuel d’instruction, cette fois, pour me dire comment m’en occuper. »

Ce trouble raconté de façon humoristique est aussi partagé par ceux que Bryce Dallas Howard surnomme « les pères héros ». Des citoyens lambda, dénichés pour la caméra, qui écrivent des blogues et font des vidéos sur YouTube, pour raconter leur quotidien avec leur progéniture. Un papa de Rio de Janeiro, un papa tokyoïte. Un couple de deux papas états-uniens.

La réalisatrice n’était pas présente lors des tournages en compagnie de ces intervenants élus, qui se sont déroulés sur place, dans leur maison. C’est plutôt le directeur photo, Andre Lascaris, et le producteur sur le terrain, Walter Matteson, qui se sont chargés des entrevues et de la prise d’images.

La cinéaste avance que son absence aura permis à ces hommes de se confier avec liberté. « Il n’y avait ni nervosité ni agitation. Personne ne demandait : “Oh, n’es-tu pas la fille qui fuit les dinosaures ?” » (Explication : le plus gros succès populaire de Bryce Dallas Howard est Jurassic World.)

Parlant d’aventure, elle rappelle que son film est conçu comme un tour de manège. Et qu’elle souhaite qu’il se regarde comme elle-même regarde des vidéos sur YouTube. « Pendant une seconde, je ris, hahahaha, puis, je pleure, bouhouhouhou, raconte la théâtrale comédienne. Mais c’est ça, la drogue de la narration. C’est ça, le fix. »

Dads

Sur Apple TV+, en français et en anglais, dès le vendredi 19 juin