L’école à l’écran (1)

La fin des classes (même à distance) approche. Le Devoir profite de ce dernier sprint pour vous offrir une première sélection de bonbons filmiques et télévisuels qui ont pour objet la vie scolaire, petite et grande. Comme toujours, cette belle dizaine est accessible depuis vos salons. Bon retour sur les bancs d’école, par procuration !  


 
Teodore pas de h,
teodorepasdeh.com

 

Il est très rarement question de l’éducation de base destinée aux adultes, au grand comme au petit écran. La websérie scénarisée par Nathalie Doummar et réalisée par Julien Hurteau vient combler ce trou télévisuel de belle façon, dans un registre comique, par le récit du retour aux études d’un trentenaire atteint d’un TDAH qui revient à l’école pour terminer ses études secondaires. Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques incarne avec justesse ce grand gaillard motivé et attachant, dont on suit avec grand plaisir le discours intérieur décousu et particulièrement drôle. Et on a hâte de voir la suite de ses aventures, dans une (éventuelle) deuxième saison, à Télé-Québec.

Amélie Gaudreau

 
 

180 jours (telequebec.tv)

Après De garde 24/7, qui a fait découvrir le quotidien de travailleurs de la santé d’un hôpital, la série documentaire 180 jours proposait le même exercice, avec pour cadre une école secondaire publique de la région montréalaise. La première saison suivait le cours d’une année scolaire à l’école Gérard-Filion, à Longueuil, tandis que la deuxième saison (et la troisième saison en préparation), organisée autour de thèmes et d’événements, a été tournée à l’école Saint-Henri, située dans le quartier montréalais du même nom. Il est difficile de ne pas s’attacher aux enseignants et autres professionnels qui animent ces milieux de vie complexes, d’admirer le travail difficile et colossal qu’ils accomplissent auprès des jeunes jour après jour, et d’espérer qu’ils tiendront le coup et auront une relève aussi inspirante.

Amélie Gaudreau

 
 

Les aventures effrayantes de Sabrina (Netflix)

Photo: Diyah Pera/Netflix

Il ne reste à peu près rien du ton bon enfant des bandes dessinées dont cette Sabrina (celle de la bande à Archie) est issue, sinon un côté bonbon qui dore les somptueux décors et délicieux costumes de cette série labellisée « jeunes adultes », qui ne manque ni de front ni de fougue. Flirtant avec l’horreur, ce morceau de culture pop propose une plaisante plongée dans les méandres de la vie scolaire, là où les jeux de pouvoir et d’émancipation se mettent en place. Dans la peau de la jeune apprentie sorcière, Kiernan Shipka est pétillante et frondeuse à souhait, avec des pointes sardoniques souvent jubilatoires. Une chouette série qui, au-delà de son puissant potentiel divertissant, décoche quelques flèches féministes qui visent droit à la jugulaire.

Louise-Maude Rioux Soucy

 
 

South Park
(Crave et Télétoon)

On reconnaît un classique à sa capacité à surmonter le temps, tout en restant drôlement d’actualité. Et drôle aussi. En ce sens, South Park est un modèle du genre. Prenons la 19e des 22 saisons qui ont été pondues. Celle où un gars « progressiste » en apparence, complètement crétin en réalité, se glisse dans le poste du directeur, terrorisant les étudiants pour leur « manque d’ouverture ». Nous en avons tous rencontré, de ces gens qui affirment militer pour la justice et l’égalité, tout en se foutant éperdument de ceux qu’ils disent défendre. Car si on pense souvent à ce dessin animé culte pour ses blagues scabreuses, c’est plutôt la justesse de sa critique sociale qui a fait école.

Natalia Wysocka

 
 

La marche à suivre (Onf.ca)

Plus d’une année durant, Jean-François Caissy a posé sa caméra dans l’école secondaire où il a lui-même fait ses classes, en Gaspésie. Du contraste entre la vie estudiantine cadrée, voire fiévreuse parfois, et l’esprit du large qui souffle partout autour, il a tiré un film beau et tendre. Son observation empathique de ce milieu effervescent se découpe en un ensemble de tableaux travaillés au scalpel dans lesquels on reconnaît l’œil de photographe du cinéaste doué. Certains sont bavards et très intimes, nous plongeant directement dans la psyché de ces jeunes esprits en formation, tandis que d’autres, des portraits de groupe notamment, sont strictement contemplatifs. Le tout est organique, comme la vie qui bat.

Louise-Maude Rioux Soucy

 
 

I Am Not Okay with This (Netflix)

Mal dans sa peau, paranoïaque et narcissique, Sydney (Sophia Lillis) craint de sombrer dans la folie à l’instar de son père, vétéran de la guerre d’Irak qui s’est suicidé. Depuis peu, l’adolescente a découvert qu’elle avait des dons de télékinésie qu’elle ne contrôle pas, contrairement à la Carrie de Stephen King — attendez de voir la scène du bal des finissants. Produite par les frères Duffer (Stranger Things) et réalisée par Jonathan Enthwistle (The End of the F***ing World), cette délicieuse série à l’humour noir teinté d’accents de désespoir emprunte de manière décomplexée aux films d’ados et au cinéma d’horreur. Du bonbon pour ceux qui ne voient pas la vie à travers des lunettes roses !

Manon Dumais

 
 

Une colonie (Crave)

Photo: Funfilm

À la faveur d’un déménagement, Mylia (la comédienne Émilie Bierre, qui ne cesse d’éblouir), une adolescente réservée mais observatrice, découvre tant une nouvelle école que des horizons inédits à la faveur de deux amitiés contrastées — avec une camarade « populaire » et un voisin d’origine anichinabée. Les ajustements et expérimentations qui s’ensuivent ne se feront pas sans heurts. Pour ce premier long métrage, qui a reçu l’Ours de cristal de la section Génération KPlus, à Berlin, Geneviève Dulude-De Celles épouse l’attitude de son héroïne dans sa réalisation, toute de subtilité et d’acuité. Sur Crave.

François Lévesque

 
 

Eighth Grade (Netflix)

Tout en alimentant sa chaîne YouTube dénuée d’abonnés, une adolescente (remarquable Elsie Fisher) essaie d’appliquer ses propres conseils. Plébiscité à Sundance, ce premier film de Bo Burnham (chanteur, satiriste et youtubeur célèbre) mérite chacun des éloges qu’il a reçus. L’une des principales réussites de ce coup d’essai éblouissant tient à la nature à la fois spécifique et, paradoxalement, universelle du récit. Privilégiant un style épuré, avec une mise en scène précise mais qui préfère se rendre invisible, Burnham enchaîne les vignettes révélatrices en une suite ininterrompue de moments de vérité. À voir sur Netflix en version originale anglaise.

François Lévesque

 
 

L’opus de M. Holland
(Disney+)

Ce drame de Stephen Herek, sorti en 1995, n’est pas un grand film, mais il porte en lui une musique tendre au charme suranné. Glenn Holland est un compositeur ambitieux, qui accepte de prendre en charge une classe de musique ayant désespérément besoin d’une tutelle éclairée. Ce qui ne devait durer qu’un instant, le temps que la carrière du musicien décolle, se prolongera jusqu’à devenir une vie pleine. M. Holland passera 30 ans entre ces murs, où il imprimera le goût de se dépasser à des générations d’élèves, non sans lui-même faire quelques apprentissages. Ce joli film choral, avec un Richard Dreyfuss tout en réserve pour diapason, court sur trois décennies avec ce qu’il faut de souffle pour filer la note sans fausser.

Louise-Maude Rioux Soucy

 
 

Good Will Hunting
(Netflix)

Photo: Alliance Vivafilm

Concierge au MIT, un jeune délinquant doué pour les mathématiques (Matt Damon) doit consulter un psychologue à qui la vie n’a pas fait de cadeaux (Robin Williams, Oscar du meilleur acteur de soutien) à la demande d’un brillant professeur qui croit en son génie (Stellan Skarsgard). Écrit par Matt Damon et Ben Affleck, lauréats de l’Oscar du meilleur scénario original, ce film de Gus Van Sant (Elephant) n’éblouit certes pas par son audace. Toutefois, la magie et l’émotion sont au rendez-vous dans ce récit d’apprentissage échappant de justesse à la guimauve dès que Robin Williams, grand comique aux yeux tristes qui excellait dans les rôles dramatiques, entre en scène.

Manon Dumais