«Central Park»: tranches de vie new-yorkaise

L’histoire de «Central Park» est plantée dans la Grosse Pomme, avec les immeubles de Manhattan en arrière-plan.
Photo: Apple Tv + L’histoire de «Central Park» est plantée dans la Grosse Pomme, avec les immeubles de Manhattan en arrière-plan.

La famille, l’amitié, la vie en communauté, le sentiment de n’appartenir à rien. Dans Central Park, Loren Bouchard touche avec bonhomie à ces sujets, et en profite pour raconter des tranches de vie new-yorkaise.

Connu pour Bob’s Burgers, dessin animé à la longévité impressionnante, le producteur-compositeur n’est pas étranger aux histoires mêlant clan, satire et bons sentiments. Mais si sa dernière création se déroulait dans un endroit flou de Long Island, celle-ci est plantée directement dans la Grosse Pomme. À Central Park, avec les immeubles de Manhattan en arrière-plan. Dans la maisonnée du directeur dudit parc et de sa famille.

Le père est un fonctionnaire naïf, amoureux des règlements et de la botanique. Sa femme, une reporter ratée, travaille pour un journal local surnommé « la publication la plus abandonnée dans les transports en commun ». Leur fille adolescente est une fan de comics qui s’imagine en superhéroïne. Leur garçon, un solitaire maladroit et légèrement cleptomane.

Tout ça est gentil. Très gentil. Et chanté. Très chanté.

Car si dans « les burgers de Bob », les personnages se lançaient dans des numéros musicaux de temps en temps, ici, c’est quasi constamment. Le ramassage des poubelles vaut un ballet mélodieux, un animal de compagnie disparu déclenche un rap endiablé. Il y a beaucoup de vers d’oreille — et un peu trop de blagues d’excréments.

Au fil des quatre premiers épisodes que nous avons pu visionner, un narrateur-troubadour brise le quatrième mur pour murmurer qui a le béguin pour qui, qui veut entourlouper qui, et pour glisser des détails sur le parc en tant que tel. Sa création en 1857, ses 200 000 visiteurs quotidiens (pré-pandémie), ses 14 tonnes de déchets journaliers, ses charmants délinquants en patins à roulettes.

« Thatcher Tucci »

Au générique, on trouve une série de vedettes du petit et du grand écran états-uniens. Notamment, Kristen Bell et Josh Gad, qui ont partagé l’affiche vocalement dans Frozen. Stanley Tucci prête quant à lui sa voix à une dame au sombre dessein. Sorte de croisement entre Cruella d’Enfer des 101 dalmatiens et Monsieur Burns des Simpson. Elle déteste Central Park et rêve d’y voir pousser des boutiques de beignes et des appartements de luxe. Plein d’appartements.

Lors du dévoilement de la série en janvier, devant l’Association des critiques de télévision rassemblée à Pasadena, Loren Bouchard a pour sa part comparé cette protagoniste à un mélange entre « Margaret Thatcher et un petit chien ». « Une fois qu’on a eu l’idée de lui donner la voix de Stanley Tucci, impossible de reculer. La tentation était trop grande. C’était trop excitant. Je sais… me voilà encore en train d’enlever des rôles aux femmes. J’y pense sans arrêt. Et je tente d’équilibrer les choses. »

Le mea culpa peut étonner dans un contexte d’animation où la tradition implique de s’amuser avec les voix. Suffit de penser au mythique Bart Simpson, doublé par Johanne Léveillé au Québec et par Nancy Cartwright aux États-Unis. Visiblement passionné par ces procédés, Loren Bouchard a tenu à réitérer : « Prendre une telle voix, et faire en sorte qu’elle sorte d’un tel visage… c’était trop délicieux. Je ne pouvais tout simplement pas m’en empêcher. »

Découvert dans le succès Hamilton, le rappeur Daveed Diggs prête aussi ses cordes vocales à une dame. Celui qui a interprété Thomas Jefferson dans la comédie musicale de Lin-Manuel Miranda, à la fois off et sur Broadway, joue ici une gouvernante vieillissante, éreintée et aigrie. Ce qui l’a rendu nerveux, toutefois, c’est simplement de devoir fredonner des morceaux. « Chanter me stresse tellement. Je ne l’avais jamais fait avant Hamilton. Devoir le faire devant des gens, c’est absolument terrifiant. »

Central Park

Sur Apple TV+ dès le vendredi 29 mai