«Snowpiercer»: rater le train

Veillant d’une main de maître sur le bon fonctionnement du train, la concierge, Melanie Cavill (Jennifer Connelly), est connue par la plupart des voyageurs, ceux qui ne sont pas confinés en première classe, pour être la voix du train.
Photo: TNT Veillant d’une main de maître sur le bon fonctionnement du train, la concierge, Melanie Cavill (Jennifer Connelly), est connue par la plupart des voyageurs, ceux qui ne sont pas confinés en première classe, pour être la voix du train.

Ne vous réjouissez pas trop vite en voyant le nom de Bong Joon-ho (Parasite) parmi les producteurs de Snowpiercer. De fait, bien que la série s’inspire du film du brillant cinéaste sud-coréen, lui-même adapté de la bédé française Le Transperceneige, de Rochette et Lob, le résultat est bien en deçà des attentes.

Alors que la bédé des années 1980 prenait la forme d’une fable écologique, le film de 2013 se distinguait par sa dimension sociale. Or, celle-ci est presque entièrement évacuée au profit d’une laborieuse enquête policière s’étirant sur près de la moitié de la série de Graeme Manson (Orphan Black) et Josh Friedman (The Black Dahlia, de Brian De Palma).

La voix du train

Le point de départ de la série Snowpiercer demeure sensiblement le même. Sept ans après que la Terre est devenue inhabitable à cause de la surconsommation — son noyau est maintenant glacial —, il ne reste plus que 3000 âmes condamnées à faire continuellement le tour du monde à bord d’un train de 1001 wagons conçu par le mystérieux Wilford.

Veillant d’une main de maître sur le bon fonctionnement du train, la concierge, Melanie Cavill (Jennifer Connelly), est connue par la plupart des voyageurs, ceux qui ne sont pas confinés en première classe, pour être la voix du train, celle qui présente chaque jour la météo. En tout temps, Melanie peut compter sur la fidélité de son assistante, Ruth Wardell (Alison Wright), pâle clin d’œil au personnage coloré de Tilda Swinton dans le film. Comme on le découvrira assez tôt, Melanie, dont les appartements sont situés dans la locomotive, cache de grands secrets.

À l’autre bout du train, vivant dans des conditions misérables, se trouvent ceux qu’on appelle les sans-billet. Parmi ce groupe nourri aux visqueuses tablettes protéinées (encore plus dégoûtantes que dans le film) se démarque Andre Layton (Daveed Diggs), qui était policier avant l’apocalypse. Fomentant une révolution avec ses pairs, Layton se voit confier par Melanie, au nom de Wilford, l’enquête sur le meurtre d’un homme retrouvé démembré et castré.

Layton y verra le moyen idéal de mieux connaître les rouages du train et peut-être même trouver des alliés parmi les deuxième et troisième classes. Son enquête l’amènera à découvrir, au péril de sa vie, qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de Wilford.

Les derniers humains

Si l’enquête policière devient le prétexte pour faire évoluer Layton plus rapidement à bord du train que le faisait Curtis (Chris Evans) à l’origine, de même qu’à exploiter plus longuement chaque compartiment du train, chose impossible à faire en deux heures, elle démontre également les grandes faiblesses de la série.

Certes, les magnifiques paysages enneigés n’ont rien à envier à ceux du film. Pas plus que certains décors, dont le spectaculaire aquarium. En fait, c’est dans l’écriture et la mise en scène que le bât blesse. L’enquête policière ne fait que retarder artificiellement la révolution, laquelle se résumera en un jeu du chat et de la souris dénué de réelle réflexion sociale.

Oubliez la fluidité et l’inventivité de la mise en scène de Bong Joon-ho. Si l’on fait des efforts pour bien mettre en valeur les semelles vermillon des Louboutin de Jennifer Connelly, on ne se soucie guère de soigner les raccords, ce qui donne lieu à des coupures abruptes et à des changements de costumes ou de coiffures inexplicables.

Alors que les personnages incarnés par Jennifer Connelly et Daveed Diggs sont plutôt nuancés, la plupart des personnages secondaires sont réduits à l’état de caricature, dont certains sont joués de façon exécrable. À titre d’exemple, la détestable famille Folger, des bourgeois capricieux et ambitieux, dont l’on devine d’emblée les motivations.

La finale inattendue laisse penser que tout ira pour le pire dans l’extraordinaire Transperceneige des industries Wilford, mais aura-t-on vraiment envie de prendre le train pour une seconde saison ?

Diffusée depuis le 17 mai sur la chaîne américaine TNT, la série a démarré sur Netflix le lundi 25 mai. Il faudra toutefois s’armer de patience puisque les 10 épisodes ne seront tous disponibles que le 20 juillet, chaque épisode devant d’abord être diffusé sur TNT.

Le Transperceneige (v. f. Snowpiercer)

Sur Netflix dès aujourd’hui