Des écrans dans l'écran (2)

Photo: iStock

Une partie du Québec se déconfine timidement pendant que l’autre se morfond. Heureusement, il y a encore de beaux morceaux dans la réserve de bonbons télévisuels. Le Devoir vous propose le second volet de sa sélection de films et de séries qui ont les écrans pour objet de fascination. Comme toujours, cette belle dizaine est accessible depuis vos salons. Bonne mise en abyme !


Boogie Nights (Apple TV+)

Trente ans avant de réaliser le raffiné portrait d’un couturier (Phantom Thread), Paul Thomas Anderson signait avec le même brio une vertigineuse plongée dans les coulisses de l’industrie pornographique, de la fin des années 1970 au début des années 1980, des années disco aux années sida. Découvert par le célèbre réalisateur de film pour adultes Jack Horner (Burt Reynolds), un ambitieux busboy bien membré devient une pornstar sous le nom de Dirk Diggler (Mark Wahlberg). Suivant le schéma classique, Dirk tombe dans l’enfer de la drogue puis est supplanté par un autre étalon aux dents longues. Un sujet coquin aux accents tragiques traité avec pudeur et un grand souci d’authenticité.

 

Manon Dumais


Les portes tournantes (Éléphant)

« Toutes les nuits, je m’envolais pour Hollywood. » Ainsi se résume Céleste Beaumont, célèbre pianiste de cinéma muet, dans ce beau film un peu triste de Francis Mankiewicz adapté d’un roman de Jacques Savoie. On la découvre au soir de sa vie par le biais de son journal intime que parcourt et réenchante son petit-fils Antoine (touchant François Méthé) qui ne l’a jamais connue. Dans la peau de Céleste, Monique Spaziani, toute de velours et grâce, illumine la figure de cette artiste fuyante mais magnétique. Prix du jury œcuménique à Cannes, en 1988, ce film fait la part belle au regard, de même qu’aux gestes et aux silences, Mankiewicz ayant cherché par ce chemin épuré à retrouver « la pureté du cinéma muet ».

Louise-Maude Rioux Soucy


Photo: Entract Films

The Disaster Artist (Netflix)

À l’instar de Tim Burton, qui, avec le splendide Ed Wood, rendit hommage à Edward D. Wood Jr., à qui l’on doit l’un des plus grands navets du cinéma, Plan 9 from Outer Space, James Franco a voulu immortaliser le « talent » de l’opiniâtre Tommy Wiseau, acteur, scénariste, réalisateur et producteur. Inspiré du livre de Greg Sestero et Tom Bissell, le film retrace le désastreux tournage du long métrage The Room, que plusieurs critiques considèrent comme le pire film de l’histoire du cinéma. Dans le rôle de Wiseau, James Franco brille de mille feux, tandis que son frère Dave traduit bien l’incrédulité de Sestero face à cet artiste qui se prenait pour James Dean. Aussi émouvant qu’hilarant.

Manon Dumais


Bonnes nouvelles (Great News, Netflix)

Créée par Tracey Wigfield, cette amusante sitcom produite par Robert Carlock et la brillantissime Tina Fey (aussi devant la caméra pour la seconde saison dans la peau d’une « Sheryl Sandberg sur les stéroïdes ») nous transporte dans le ventre d’une chaîne câblée américaine, jusque dans ses moindres travers. Briga Heelan y joue une ambitieuse présentatrice dont la mère protectrice (irrésistible Andrea Martin, au timing toujours impeccable) se retrouve promue stagiaire sur la même émission. Le ton est outrageusement léger, voire caricatural par moments, mais les dialogues sont piquants à souhait et le rythme, allegro e staccato, fait le reste, sans prétention autre que de nous permettre de nous évader sans nous prendre la tête.

Louise-Maude Rioux Soucy


Stardust Memories (Amazon Prime)

Le cinéma est souvent un personnage en soi chez Woody Allen, qui pratique la mise en abyme avec la férocité douce de celui qui aime aussi bien qu’il châtie. Accueilli par certains comme un pastiche pédant, Stardust Memories, qui s’inspire ouvertement de 8 1/2, de Fellini, se déploie pourtant comme un bel hommage, un peu morose, au cinéma européen. Woody Allen y incarne un cinéaste qui, comme lui après l’échec d’Intérieurs, traverse une crise existentielle et profite d’une rétrospective de son œuvre pour remettre en question son art et ses amours. Cette satire n’est peut-être pas son plus grand opus, mais elle a la justesse des grandes introspections en ouvrant une fenêtre sur la persona du controversé New-Yorkais.

Louise-Maude Rioux Soucy


Photo: Éléphant

Parlez-nous d’amour (Éléphant)

Las de son public de « grébiches à varices », un animateur de télé rêve de meilleurs contrats. Certes, plusieurs personnages frisent la caricature, les répliques sont souvent vulgaires et le tout ne pèche pas par finesse. Toutefois, force est d’admettre que cette grinçante critique du milieu artistique, écrite par Michel Tremblay et réalisée par Jean-Claude Lord, ne manque pas d’audace et comporte son lot de scènes jubilatoires. Si les patrons du sympathique animateur lui en ont voulu longtemps, les cinéphiles seront pour toujours reconnaissants à Jacques Boulanger d’avoir eu le courage d’y malmener son image. On y retrouve aussi les regrettées Monique Mercure et Michèle Rossignol.

Manon Dumais


The Artist (Apple TV+)

Deux ans après avoir fait de la figuration aux côtés de son idole, George Valentin (Jean Dujardin, expressif et élégant), star du cinéma muet sombrant peu à peu dans l’oubli avec son partenaire canin (l’adorable Uggie), Peppy Miller (Bérénice Bejo, gracieuse et pétillante) devient la nouvelle star du cinéma parlant. Avec sa direction artistique irréprochable et son savant mélange d’humour et d’émotion, The Artist, lauréat de cinq Oscar, s’avère une magnifique lettre d’amour au cinéma des années 1920 signée Michel Hazanavicius, réalisateur des délicieux pastiches des films d’espionnage des années 1960 OSS 117. Un exercice de style ludique et nostalgique qui a du panache.

Manon Dumais


Appelez mon agent / Les invisibles (Netflix et Tout.tv / Club Illico)

Au début, il y avait Appelez mon agent (titre québécois de la série française Dix pour cent). On y racontait les tribulations de quatre agents d’artistes, tous plus ou moins névrosés, qui tentaient de sauver leur agence après le décès de leur patron tout en se pliant aux caprices des stars, d’Adjani à Bellucci, en passant par Huppert, Dujardin et Luchini. Puis, la série de Fanny Herrero a fait l’objet d’une adaptation au Québec par le trio derrière le succès d’Au secours de Béatrice, Alexis Durand-Brault, Sophie Lorain et Catherine Léger. Débarqueront notamment à l’agence AMG Hélène Florent, Mariana Mazza, Rémy Girard, France Castel, Louise Marleau, Marc-André Grondin et Marc Labrèche.

Manon Dumais


Photo: tou.tv

En audition avec Simon (Tou.tv)

En cinq saisons, le réalisateur Simon-Olivier Fecteau fait encore montre d’arrogance, d’insolence et de mauvaise foi à l’endroit des acteurs, actrices, humoristes et autres personnalités connues qu’il convie en audition dans son petit studio. Et ce n’est certainement pas le mouvement #MoiAussi qui l’empêchera de commettre des gaffes ou de faire des commentaires déplacés. À ses côtés, l’habituellement impassible Étienne de Passillé, qui lui sert plus souvent qu’à son tour de souffre-douleur, s’en laisse de moins en moins imposer et se permet parfois de lui livrer le fond de sa pensée. L’acteur de Watatatow y ira même d’un magistral pétage de coche. À savourer dans l’ordre ou dans le désordre.

Manon Dumais


The Deuce (HBO)

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Pour apprécier The Deuce, il faut d’abord accepter une proposition difficile. Non pas le thème « osé » de la légalisation de la pornographie à New York dans les années 1970. Non pas les scènes de sexe à la sauce HBO. Non pas le manque de naturel de certaines de ces dernières. Mais bien que James Franco joue aussi… son propre jumeau. Avec tout le respect que l’on porte au scénariste et créateur David Simon, ex-reporter, cerveau derrière la série-culte The Wire et le percutant The Plot Against America, le principe d’un James Franco avec une cicatrice parlant à un James Franco avec une moustache n’a jamais passé. Si vous décidez néanmoins de regarder The Deuce, vous découvrirez  une série d’époque au sujet intéressant et au rythme lent.

Natalia Wysocka