Sur vos écrans: sage vieillesse et folie juvénile

Une scène de «La belle visite»
Photo: Les Films du 3 mars Une scène de «La belle visite»

Mes vieux…

 

Depuis plusieurs semaines, « nos aînés » font la manchette, mais pour les pires raisons qui soient. Et pourtant, la situation précaire, désolante, voire scandaleuse, dans laquelle se trouve une bonne partie des personnes d’âge avancé au Québec est connue depuis longtemps, sans que les choses bougent pour autant. Deux des documentaires d’ici proposés par la plateforme documentaire québécoise Tënk témoignent chacun à leur façon du sort pas toujours enviable réservé à beaucoup de nos « vieux ».

La belle visite de Jean-François Caissy, lancé au Festival de Berlin en 2009, nous emmène dans les couloirs d’une résidence privée pour personnes âgées installée dans un ancien motel désaffecté pas très loin de la mer et d’une route passante. Le long métrage, qui emprunte un peu à l’esthétique du cinéma direct, sans entrevue ni voix hors champ, suit le cours des jours et des saisons des gens qui y ont élu domicile, pas toujours de plein gré. L’ennui, la solitude, la santé qui fait des siennes, les petits bonheurs qui aident à passer le temps, en attendant la fin inéluctable, tissent la toile de cette réflexion fort intéressante sur la vieillesse.

Le Château de Denys Desjardins se passe également dans une résidence privée pour personnes âgées, mais dans un registre plus intime. Dans ce film lancé lors des derniers Rendez-vous Québec cinéma, le cinéaste documente la vieillesse et le déclin de sa mère durant son séjour au Château Beaurivage, à Montréal-Nord. Cet endroit « de rêve », qu’elle souhaitait habiter jusqu’à sa mort, deviendra un enfer : sa perte de mémoire et d’autonomie la mènera à l’urgence, puis dans un CHSLD, où elle restera jusqu’à sa mort. Ce portrait de la lente fin d’une mère offre une rare incursion dans ce genre d’établissement dont il a abondamment été question dans les médias ces dernières semaines, mais qui reste un bien triste mystère pour plusieurs.

Sur une note plus exotique, le cinéaste Khoa Lê propose à travers Bà nôi la chronique d’un voyage dans son Vietnam d’origine pour les fêtes de fin d’année auprès de sa famille lointaine, un portrait rafraîchissant de sa grand-mère nonagénaire qui ne laisse pas sa place, et qui s’inquiète de l’avenir de son petit-fils…


La belle visite, Le Château et Bà nôi (Grand-maman)
Tënk.ca, dès maintenant
Photo: Khoa Lê Une scène de «Bà nôi»

 

Marionnettes en folie

 

Avis à ceux qui ne se sont jamais aventurés dans cette websérie d’animation comique imaginée par l’acteur, scénariste, réalisateur et romancier Mathieu Handfield (Vers l’est), dont la troisième saison commence cette semaine : cette collection de microsketchs de marionnettes à l’humour parfois absurde souvent douteux s’adresse à un public adulte qui aime être déstabilisé et ne lève pas le nez sur une blague à caractère sexuel ou scatologique pas subtile pour cinq sous… Chacun des courts épisodes de quelques minutes croise plusieurs petites histoires (ou non-histoires) mettant en vedette la même galerie de personnages stéréotypés. On les retrouve invariablement, à la fin de chaque épisode, réunis à la table de production de la série en compagnie du réalisateur, qui a le dernier mot, ou presque. Ces petits sprints fictionnels savamment désordonnés servent un humour vache parfois très juvénile au langage « fleuri », mais très libérateur. Un nouvel épisode est mis en ligne chaque lundi, jusqu’à rupture des stocks.


Mouvement deluxe, saison 3
Teletoonlanuit.com, dès lundi
Photo: Sport «Mouvement deluxe», saison 3

Le visionnement de la semaine

Passée un peu sous le radar lors de sa mise en ligne en version originale au jour de l’An, cette production originale de Crave, certes loin d’être parfaite, a le mérite de détourner les codes du documentaire du type true crime, un genre télévisuel qui a le vent dans les voiles, pour raconter l’histoire d’une secte religieuse « féministe » (bien heureusement fictive) qui a bien mal tourné, étalée sur trois décennies.


​New Eden (V.O.A., s.-t.f.)
​Crave, dès vendredi


L’âge adulte, ou presque

L’adaptation télé du deuxième tome de la saga amicale d’Elena Ferrante intitulé « Le nouveau nom » a passé haut la main le test du petit écran en version originale italienne cet hiver et est toujours accessible sur Crave. Voilà que ceux qui n’aiment pas trop les sous-titres peuvent la voir en version française. On y retrouve les deux héroïnes, Lenù et Lila, devenues de jeunes femmes qui mènent des vies bien différentes : l’une prolonge son adolescence à travers ses études, l’autre embrasse la vie adulte à la dure… Les interprètes sont toujours aussi convaincantes et la réalisation est au diapason de l’œuvre littéraire.


L’amie prodigieuse
​Club Illico, dès jeudi