«Une chance qu'on s'a»: s’avoir et être bien ensemble

L’émission de 90 minutes servait notamment à recueillir des fonds pour deux organismes œuvrant avec les personnes aînées et les victimes de violence conjugale.
Photo: TVA / Télé-Québec L’émission de 90 minutes servait notamment à recueillir des fonds pour deux organismes œuvrant avec les personnes aînées et les victimes de violence conjugale.

C’était dimanche soir le troisième grand événement télévisuel destiné à rassembler les gens et à récolter des fonds en pleine pandémie de COVID-19. Les Américains ont eu, le 19 avril, One World : Together at Home, le Canada a eu son équivalent dimanche dernier avec Canadian Stronger Together – Tous ensemble. Et là, TVA et Télé-Québec, partenaires peu fréquents en temps normal, présentaient conjointement l’émission spéciale Une chance qu’on s’a, tout en musique et en émotion, tout juste soulignée, mais toujours sincère.

Que l’émission se soit déroulée le jour de la fête des Mères a été abondamment souligné dans la première moitié des 90 minutes d’Une chance qu’on s’a. Logique et bien pensé : tout le Québec en pandémie aurait aimé serrer sa mère dans ses bras dimanche, et c’est un peu par procuration qu’on a tous pu le faire, ensemble. On aura par exemple vu Kim Thúy, Guylaine Tremblay et Dave Morissette distribuer des fleurs — à distance, toujours — à des mères émues par ce geste.

Au-delà de la maternité, c’est la famille tout simplement qui aura pris une belle part d’Une chance qu’on s’a. Des grands-parents aux petits enfants, le lien familial, qui est à la fois testé et renforcé en temps de crise, a été mis en lumière par l’équipe de l’événement télévisuel. Avant 20 h — le moment du dodo pour plusieurs —, on aura vu de nombreux enfants filmés à la maison, ici en train de dessiner et de coller un autre arc-en-ciel dans la fenêtre donnant sur la rue, ailleurs de parler avec mamie à l'aide de la tablette. Le trio de Passe-Partout est même venu chanter Brosse, brosse, brosse, au plaisir des petits et de leurs parents qui avaient peut-être oublié cette étape.

Les aînés aussi étaient bien sûr un élément essentiel de ce rassemblement, et, par la bande, tous ces « anges gardiens » dont le travail a été une fois de plus souligné par le premier ministre François Legault. Ce dernier a assuré que nous allions sortir de la pandémie « plus unis, plus humains et encore plus fiers d’être Québécois ».

 

L’émission de 90 minutes, qui servait notamment à recueillir des fonds pour deux organismes œuvrant avec les personnes âgées et les victimes de violence conjugale, soit Les Petits Frères et SOS Violence conjugale, roulait à grande vitesse. Presque sans pause, Une chance qu’on s’a se déroulait dans une formule hybride, entre des capsules filmées sur le terrain et des performances musicales en studio. Le tout était lié par de brèves, mais efficaces interventions des six animateurs : Marie-Claude Barrette, Mélissa Bédard, Marie-Soleil Dion, Pier-Luc Funk, Gildor Roy et Marc Labrèche, le plus cabotin du lot.

On vous a peu parlé de musique jusqu’ici, mais elle était omniprésente dans Une chance qu’on s’a, et souvent livrée en duo ou en trio. Il y a eu cette nouveauté de Ginette Reno — « Ça va bien aller, car au bout du tunnel, il y a un arc-en-ciel » — enregistrée en solo devant sa maison. Claude Dubois, toujours en voix, a fait la même chose devant un paysage somptueux pour Besoin de vivre. D’entrée de jeu, Dumas a offert sa pièce Le bonheur, qui semblait avoir été écrite pour la pandémie : « Malgré la peur / Nous avancerons ensemble / La rage au cœur. » Marie-Denise Pelletier, Marie Carmen et Joe Bocan ont aussi poussé la note ensemble, elles qui étaient en tournée avant que le coronavirus ne mette fin à tous les spectacles.

Après, c’est peut-être une question de case horaire ou de public cible, mais la liste musicale de la soirée s’est avérée très prudente et consensuelle, le choix le plus audacieux étant peut-être Salebarbes ou Claudia Bouvette, et encore. En outre, on a bien fait tous les planétariums et cherchés dans toutes les galaxies, en guise de diversité, on n’a entendu qu’une ligne en inuktitut d’Elisapie Isaac à la toute fin, pendant un medley de la chanson éponyme de la soirée — avec notamment son interprète, Jean-Pierre Ferland, mais aussi Céline Dion. Ç’aurait été une belle idée que de céder une des apparitions de Lara Fabian, par exemple, à un Pierre Kwenders, un Samito ou à un Kenlo, tiens. « On », c’est eux aussi.

Reste que, quand un homme comme Gilles Vigneault apparaît à l’écran et qu’il entame Gens du pays, ça fait un petit motton dans la gorge dès la première phrase : « Le temps qu’on a pris pour dire je t’aime, c’est le seul qui reste au bout de nos jours ». Ça donne envie de jours meilleurs, tous ensemble.