«I Know This Much Is True»: frères de sang et de larmes

Il faut souligner la double performance de Mark Ruffalo, aussi à l’aise dans le rôle de Dominick Birdsey, quadragénaire au caractère impétueux dont l’existence est une suite de tragédies, que dans celui de son frère jumeau Thomas, qui souffre de schizophrénie paranoïde.
Photo: HBO Il faut souligner la double performance de Mark Ruffalo, aussi à l’aise dans le rôle de Dominick Birdsey, quadragénaire au caractère impétueux dont l’existence est une suite de tragédies, que dans celui de son frère jumeau Thomas, qui souffre de schizophrénie paranoïde.

Si les longues semaines de confinement ont fait de vous un être mélancolique et morose, il est fortement déconseillé de vous plonger dans les six douloureux épisodes de la nouvelle série de la chaîne HBO, I Know This Much Is True.

Certes, vous passerez à côté de la double performance de Mark Ruffalo, aussi à l’aise dans le rôle de Dominick Birdsey, quadragénaire au caractère impétueux dont l’existence est une suite de tragédies, que dans celui de son frère jumeau Thomas, qui souffre de schizophrénie paranoïde.

En revanche, vous éviterez ainsi de broyer du noir pendant six heures qui vous paraîtront interminables tant cette adaptation du roman de Wally Lamb paru en 1998, I Know This Much Is True (La puissance des vaincus, Belfond, 2000), est d’une lourdeur propre à vous faire sombrer dans un profond marasme.

Il est vrai que l’on retrouve au scénario et à la réalisation Derek Cianfrance. S’étant fait remarquer en 2010 avec Blue Valentine, où Michelle Williams et Ryan Gosling tentaient désespérément de sauver leur couple, ce cinéaste doué n’est pas du genre à verser dans le rose bonbon. En fait, son univers, qui se décline dans les bleu glacial et gris acier, distille le désespoir. Et I Know This Much Is True — titre inspiré d’une sirupeuse ballade du pompeux groupe Spandau Ballet — n’y échappe pas.

D’une mort à l’autre

Se déroulant en 1990, à Three Rivers, ville fictive du Connecticut où il semble toujours venter et pleuvoir, le triste récit I Know This Much Is True est narré par Dominick, qui est de nouveau bouleversé par un geste commis par son frère jumeau, Thomas. S’étant réfugié dans une bibliothèque, ce dernier s’est tranché la main afin de manifester contre la guerre du Golfe.

Dès lors, Dominick devra lutter pour que Thomas ne soit pas enfermé dans un institut psychiatrique à sécurité maximale. Commence alors pour Dominick une suite d’allers-retours entre le passé et le présent, d’un souvenir pénible à l’autre, d’une mort à l’autre. Ainsi, chaque épisode est marqué par le décès d’au moins un personnage, ce qui a pour effet de conduire Dominick vers ses souvenirs les plus sombres et de l’empêcher de tendre vers un avenir meilleur.

Photo: HBO Par amour autant que par culpabilité, et parce qu’il l’a promis à leur mère mourante (Melissa Leo), Dominick fera tout en son pouvoir pour protéger son frère du monde extérieur.

Lourd héritage

Nés de père inconnu, les frères Birdsey ont été élevés par leur mère Connie (Melissa Leo), femme fragile, et leur beau-père Ray (John Procaccino), homme violent. Dès son plus jeune âge, Dominick s’est fait le gardien de son frère, dont la maladie mentale a longtemps été un frein à l’émancipation des deux garçons.

Par amour autant que par culpabilité, et parce qu’il l’a promis à leur mère mourante, Dominick fera tout en son pouvoir pour protéger son frère du monde extérieur. Ayant toujours souffert de ne pas savoir qui était son père et de ne pas avoir connu son grand-père, Domenico Tempesta (Marcello Fonte), immigrant sicilien mort l’année de la naissance de ses petits-fils, Dominick croit qu’il pourra enfin comprendre d’où il vient lorsque Connie lui remet le journal de Domenico.

Le manuscrit étant rédigé en italien, Dominick le confie à une traductrice au tempérament instable (Juliette Lewis), qui lui dévoilera quelques secrets peu glorieux sur son aïeul. Tout cela aura pour effet de mettre tant le personnage principal que le spectateur sur de fausses pistes, qui ne feront qu’épaissir inutilement le mystère entourant l’origine des jumeaux Birdsey.

Si le mauvais sort s’acharne sur Dominick — mort d’une camarade de classe autochtone, perte d’un enfant, séparation, témoin d’un suicide —, quelques figures lumineuses traverseront sa vie, d’une combative travailleuse sociale (Rosie O’Donnell) à une bienveillante psychologue (Archie Panjabi), en passant par Dessa (Kathryn Hahn), sa résiliente ex-femme. Ce sera toutefois trop peu pour donner envie de regarder en rafale toute la série… Si vous songez à vous rabattre sur le roman, sachez que plusieurs autres malheurs s’abattent sur Dominick.

Amère Amérique

C’est à un bien triste et désespérant portrait de l’Amérique, celle du début du XXe siècle que les immigrants imaginaient en terre promise jusqu’à celle des années Bush père, que nous convie Derek Cianfrance. Une Amérique cruelle pour les marginaux, les rêveurs, les minorités, les gagne-petit. Une Amérique qui les tient prisonniers de leur condition, les privant de la possibilité de vivre pleinement ledit rêve américain. Afin de bien souligner cet effet d’emprisonnement, Cianfrance confine ses acteurs dans des plans très serrés, avec peu de mouvements de caméra, provoquant un sentiment d’oppression chez le spectateur.

À l’instar de Mark Ruffalo, qui figure aussi au générique à titre de producteur, Philip Ettinger, qui incarne les jumeaux jeunes adultes, force l’admiration. Si l’on regrette que Juliette Lewis, toujours parfaite en fêlée, ait si peu de présence à l’écran, et que l’excellente Melissa Leo disparaisse derrière des effets spéciaux servant à gommer ses rides selon l’époque, on s’incline devant la justesse de Kathryn Hahn, qui a plus d’une comédie médiocre au compteur, et de Rosie O’Donnell, rarement vue dans un registre dramatique.

I Know This Much Is True

HBO et Super Écran, dimanche, 21 h