«Rue King»: ce soir, on improvise

Le redoutable Mehdi Bousaidan (à gauche) accompagne le trio aguerri de colocataires composé par Sophie Cadieux, Pier-Luc Funk et Marie-Ève Morency.
Eve B Lavoie Le redoutable Mehdi Bousaidan (à gauche) accompagne le trio aguerri de colocataires composé par Sophie Cadieux, Pier-Luc Funk et Marie-Ève Morency.

Adaptation de la série allemande Schiller Street (2004-2012), Rue King repose sur une prémisse pour le moins classique, pour ne pas dire convenue, qui n’est pas sans rappeler Three’s Company, Seinfeld et Friends ou, plus près de nous, Le Plateau, Majeurs et vaccinés ainsi que Catherine. Or, bien que respectant le format de la sitcom à cinq scènes, Rue King n’est pas une comédie de situation ordinaire : les dialogues y sont entièrement improvisés par des acteurs rompus à cette forme d’art qui fait partie de l’ADN des Québécois depuis plus de 40 ans.

Au-delà des tribulations loufoques des trois colocs interprétés par Pier-Luc Funk, Marie-Ève Morency et Sophie Cadieux, le réel plaisir que suscite Rue King, c’est de voir les acteurs jouer sans filet, et d’observer l’abandon avec lequel ils se livrent à ce fol exercice. Leur enthousiasme est si palpable et contagieux que l’on comprend pourquoi ils ont accepté de prendre part à cette série nouveau genre que propose la plateforme Club Illico.

« On a raison de dire qu’on a les plus grands talents d’improvisation au Québec, affirmait Vincent Bolduc, producteur au contenu, lors d’une vidéoconférence qui se tenait mardi matin. Quand j’approchais les gens avec ce projet-là, je voyais des étincelles dans leurs yeux. Ils en ont eu tout au long du projet. Ces gens-là ne supportent pas d’être au-dessous de ce qu’ils peuvent faire, donc ils avaient des attentes très élevées. »

L’histoire ne dit pas si elles étaient aussi élevées que le niveau de stress des acteurs. « C’est tellement plus dangereux que tout ce qu’on a fait ou vu en impro, s’exclame Pier-Luc Funk. On ne peut pas se réfugier dans les personnages ni dans la création d’histoire, on est comme dans un entonnoir. Notre niveau d’improvisation devient extrêmement précis. »

À partir de canevas conçus par Alex Veilleux et Justine Philie, les acteurs avaient la tâche de faire évoluer le récit d’une scène à l’autre, d’un épisode à l’autre. « Il y a un sentiment de pérennité parce que nos personnages reviennent, explique Sophie Cadieux. Dans un match d’impro, on est laissé à soi-même et à son imagination, mais là, il y a une structure, des décors. Tout ce qu’on semait, on devait le récupérer. Alex, Justine et Vincent nous aidaient à poursuivre dans certaines directions. La collégialité a chamboulé nos habitudes d’improvisateurs. »

La voix de leur maître

De connivence avec Groupe Entourage, le directeur du développement Mathieu Ouellet et le réalisateur Raphaël Malo, Vincent Bolduc a annoncé à Club Illico et Québecor Contenu que l’équipe souhaitait élever la barre du concept original.

Tandis que la série allemande prenait la forme d’un sketch d’une heure, avec des écrans où les spectateurs pouvaient voir les directives données aux acteurs, Vincent Bolduc souhaitait qu’on donne encore plus de place à l’improvisation et que le public muni d’oreillettes puisse, à l’instar des acteurs, entendre les indications du maître du jeu Stéphane Bellavance.

« On n’a pas compris ce qui se passait avant la fin de l’aventure parce que l’aventure était constamment en train de nous apprendre des choses. On ne pouvait pas se préparer comme pour un tournage télé ou un match d’impro. La seule chose qu’on pouvait faire, c’est d’être totalement, “épidermiquement”, à l’écoute de nos collègues, de l’oreillette. On était épuisés en sortant de là ! », révèle Marie-Ève Morency à propos des dix épisodes d’une demi-heure tournés en cinq jours.

Si dans la tradition de la Ligue nationale d’improvisation, l’arbitre gazouille lorsqu’un joueur décroche, cabotine ou manque d’écoute, le maître du jeu, bien que malicieux à ses heures, n’est pas là pour punir qui que ce soit.

« Tout est bienvenu dans ce show-là, confirme Stéphane Bellavance. Si un acteur sort de scène et que je considère qu’il n’a pas à sortir, je lui demande de trouver une raison de revenir. S’il y a un décrochage, je le laisse vivre avec le plus grand des bonheurs, le mien et celui du public. Ce qui était fantastique, c’est que malgré l’immense préparation avec les auteurs, nos acteurs nous envoyaient sur des pistes complètement différentes. »

Jamais deux sans trois

Rue King met en scène Pier-Luc (Funk), éternel célibataire étudiant en gérontologie, et Marie-Ève (Morency), barista butinant d’un programme d’étude à l’autre et d’un cœur à l’autre, qui partagent un loft situé au-dessus d’un café sur une grande artère de Sherbrooke. Au premier épisode, ils doivent apprivoiser le quotidien avec leur nouvelle coloc, Sophie (Cadieux), avocate quadragénaire de Montréal recyclée dans l’aide juridique.

Se joignent au trio gagnant, deux improvisateurs aguerris, Stéphane Crête et Sylvie Moreau, dans les rôles du propriétaire de l’immeuble et de la mère de Pier-Luc, de même que Mehdi Bousaidan, également improvisateur redoutable, pour incarner l’ami d’enfance de Pier-Luc.

À l’occasion, des invités se greffent à la distribution, parmi lesquels Julien Lacroix, qui se prête énergiquement au jeu, Marie-Soleil Dion, qui livre une demande en mariage chantée, et Anne-Élisabeth Bossé, qui se transforme en vortex d’émotions.

D’une ambiance survoltée, forte de l’aisance avec laquelle les acteurs embrassent l’inconnu, ponctuée des fous rires contagieux du maître du jeu, Rue King pourrait bien faire des petits. Ou du moins, d’autres saisons. « On pourrait faire dix autres épisodes et on vivrait le même plaisir ou refaire les mêmes dix épisodes et avoir une nouvelle série », conclut fièrement Vincent Bolduc.

Rue King 

Sur Club Illico dès jeudi