Rebonsoir rebonsoir!

Le décor, fait de flamants roses, de plantes grimpantes, de citrons, de limes, de vitraux, de verres à martini et de bretzels, avait donné au «talkshow<i>»</i> une signature visuelle reconnaissable d’emblée. Mais dans le contexte du confinement, impossible de le remonte; il faudra s’en passer.
Photo: Ici Télé Le décor, fait de flamants roses, de plantes grimpantes, de citrons, de limes, de vitraux, de verres à martini et de bretzels, avait donné au «talkshow» une signature visuelle reconnaissable d’emblée. Mais dans le contexte du confinement, impossible de le remonte; il faudra s’en passer.

Il y a des gens qui s’entraînaient pour les Olympiques. D’autres qui commençaient une nouvelle job. D’autres qui s’apprêtaient à sortir un nouveau disque. Avant que le coronavirus ne vienne bouleverser les plans de l’humanité, Jean-Philippe Wauthier et son équipe, eux, planifiaient le retour de Bonsoir bonsoir !. Après leur première saison estivale, en 2019, ils sentaient qu’ils avaient trouvé la « twist », comme le dit l’animateur. Un ton léger, jovial, ludique. « Comme tout le monde, on s’est fait arrêter au milieu de notre élan. On doit l’avaler, l’assumer. On n’a pas le choix. »

Ce qu’il reste possible de choisir : trouver que faire de ces quatre heures de direct maintenues par semaine. Dans son cas, ce sera : « Parler aux gens partout au Canada. De santé, d’économie, de culture. Trouver la bonne façon de faire. Essayer de donner un mini espoir. » Il le répète souvent : « on est chanceux d’être en ondes ». Chanceux parce qu’il y a des gens « qui font un vrai travail. Dans les hôpitaux, dans les épiceries, dans les pharmacies. On les a tous, dans notre tête, dans nos cœurs, et christie qu’on pense à eux autres. Il y a une remise en perspective de ce que, nous, nous faisons là. Qu’est-ce qu’on s’en vient faire à la tévé ? ».

L’été dernier, en tout cas, la réponse, c’était peut-être simplement : « ben… faire de la télé ». Rigoler, s’agacer, parler de projets et se donner des cadeaux. Le plateau de Bonsoir bonsoir ! en regorgeait. Jay du Temple avait offert ses Crocs. Maripier Morin son divan. À la fin de la saison, ces objets ont été vendus dans le cadre de la Vente de garage des artistes de la Fondation Véro et Louis. « Une belle idée, toute simple, note Jean-Philippe Wauthier. Mais le dernier courriel que j’ai reçu, c’est justement ça : kessé qu’on fait avec les cadeaux cette année ? Je ne sais pas. »

Il ne sait pas non plus si les intervenants, qui seront assis à deux mètres ou présents par Skype, auront envie de déconner autant, de le taquiner à nouveau sur son style de barbe, de composer des poèmes.

Il y a une remise en perspective de ce que, nous, nous faisons là. Qu’est-ce qu’on s’en vient faire à la tévé?

 

On se souviendra de Louis-José Houde déroulant un long parchemin et lisant ses vers au son d’un « piano tendresse ». L’humoriste avait dédié son texte à l’animateur, seul être « à porter le loafer pied nu, à qui on n’a pas le goût de péter la gueule ». Il y parlait aussi de vin hongrois, de balado d’entraînement et d’entrevues avec Jean-François Lisée « jusqu’au bout de la nuit ». « Aaah, Jean-Philippe, parfois tu m’inspires / Tes questions, elles, sont si longues qu’elles expirent. »

C’est néanmoins grâce à ces questions élaborées, souvent gentiment moquées, que M. Wauthier tire des confidences de ses convives. Comme lors de cette discussion avec Patrick Hivon, dans laquelle le comédien racontait son rapport au zen, sa passion pour la cordonnerie et son intérêt pour les couchers de soleil. « J’ai tellement de beaux souvenirs de l’été dernier, souligne l’animateur. C’est ce qui rend la situation encore plus bizarre. »

Parlant de loufoque, on espère, il espère, qu’il y aura encore des surprises musicales de la trempe de celle offerte a cappella par Nicola Ciccone. Une chanson dans laquelle « souliers blancs » rimait avec « toupet géant ». « Marathon » avec « mamelons ». Et « sport » avec « décor ».

Justement, ce décor. Fait de flamants roses, de plantes grimpantes, de citrons, de limes, de vitraux, de verres à martini et de bretzels, il avait donné au talkshow une signature visuelle reconnaissable d’emblée. Impossible de le remonter ; il faudra s’en passer.

Faire oublier la fatigue collective

« On est à boutte. » La phrase que Jean-Philippe Wauthier lance fréquemment à la blague, à la radio, au micro de La soirée est (encore) jeune, prend, dans les circonstances, une tout autre résonance. « Je me demande : est-ce que le Québec va être fatigué à la fin ? C’est ma peur. Que nous serons tous, collectivement, à boutte. »

La soirée, Jean-Philippe Wauthier l’anime d’ailleurs de chez lui, depuis trois semaines. Pour occuper ses enfants pendant ces moments, il leur fait regarder des films. Longs. Ralph brise l’Internet, une heure et 56 minutes. La reine des neiges 2, une heure et 43 minutes. Pendant ce temps, avec ses collègues, il s’emploie à jaser de confinement sans sombrer dans le lourd. Jean-Sébastien Girard nous raconte par exemple ses balades dans son quartier, passées à arracher les dessins d’arcs-en-ciel d’enfants des fenêtres. « Ha, lui, il est bon d’être présent, parce que son anxiété est au top, s’exclame Jean-Philippe Wauthier. Mais on réussit, je pense, à divertir le monde. À parler de la pandémie sans être trop pathos. »

Il y a plusieurs mois, à la barre de Bonsoir bonsoir ! (et, par conséquent, accoté au bar), le présentateur a souvent fait des « blagues d’intérieur » (lire : inside jokes) et des clins d’œil à son équipe. Qu’il qualifie de « sale », dans le sens de solide.

A-t-il l’impression que les spectateurs l’ont mieux connu ? « Inévitablement, oui. C’était un pari. Soit les gens m’aimaient, soit ils ne m’aimaient pas. Je suis ce que je suis. Je ne sais pas si c’est lié à ma personnalité, mais je pense que le public m’a adopté. »

Le public a également adopté Julie et Tony, les musiciens « disponibles pour jouer à vos mariages ». À la mention de leurs noms, le maître de cérémonie laisse tomber : « C’est ça qui est fucked up. Je n’ai vu personne dans l’équipe. On commence un show, et on n’a vu personne ! »

Il perçoit toutefois déjà que son rôle va nécessairement changer. Il répète plusieurs fois qu’il sera « une courroie de transmission ». Il s’en rend compte, s’en excuse presque. « On dirait que j’ai découvert ce mot dans les deux derniers jours. » Il dit aussi avoir découvert, ou plutôt s’être rendu véritablement compte de l’utilité d’émissions télévisées ou de radio comme les siennes. « Je me suis demandé : les gens ont-ils vraiment besoin de nous ? Mais christie [un autre mot favori], visiblement, oui. Ils ont besoin de penser à autre chose, de sourire un peu. Moi, j’ai la chance d’avoir un micro. Je dois être à la hauteur de cette job. »

Reste qu’il y a une once de nervosité. « Tant que je ne suis pas en ondes, j’ai mon petit stress. Juste de me rendre. Comment on va se rendre ? »

Dès le 6 avril, du lundi au jeudi, à 21 h sur ICI Radio-Canada Télé