Quarante bonbons télévisuels pour meubler une quarantaine (3)

Photo: Mathieu Potvin

La nécessité du confinement est mère de suggestions télévisuelles inspirées. Le Devoir a préparé une sélection très variée pour vous permettre de tenir le coup encabanés chacun dans vos chaumières. De tout pour tout le monde. Troisième de quatre textes à venir.


Nomades (Tou.tv)

L’an dernier, la première saison de cette websérie pour ados, conçue par Erika Mathieu et portée par une chouette distribution, a remporté quatre prix Gémeaux. Voici la suite des aventures de l’héroïne nomade, qui est, justement, en sérieux manque d’aventures. Minée par « le sentiment d’imploser », elle quitte le journal étudiant et repart avec ses amis sur la route, son exemplaire de Wild à la main. Quand leur fourgonnette tombe en panne, ils se réfugient dans un chalet. Dans cet environnement utopique, il y aura des rires, de l’amour, des chicanes, des champignons magiques, des moments psychédéliques, des expéditions dans le bois, et un peu de drame. À la réalisation, Mara Joly succède à Yannick Savard, pour saisir avec grâce le désir de liberté des personnages, leurs émotions complexes et changeantes, leur envie de tout laisser derrière et les sacrifices que cela suppose.

Natalia Wysocka


Le cabinet du docteur Ferron (onf.ca)

​L’Office national du film a sorti des boules à mites ce documentaire (2003) pas très loin de l’essai cinématographique de Jean-Daniel Lafond (La liberté en colère) consacré au singulier docteur que fut Jacques Ferron. Ce portrait de l’artiste d’abord, grand maître du conte social, médecin auprès des plus mal pris, en Gaspésie et sur la Rive-Sud, entre autres, et critique de notre système politique avec le Parti rhinocéros, qu’il a fondé, sort de la biographie classique pour laisser la part belle à l’oeuvre de Ferron. De nombreux extraits sont lus par le cinéaste lui-même et illustrés par des scènes dramatiques, malheureusement pas toujours convaincantes… Ces petites maladresses sont largement compensées par la poésie des mots de Ferron et les commentaires éclairants de fervents de son oeuvre, qui donnent le goût de s’y plonger.

Amélie Gaudreau


Andrew Bird Live from the Great Room (YouTube)

C’était bien avant le début de la pandémie. Aurait-il été visionnaire ? L’indie-rockeur Andrew Bird avait commencé à inviter chez lui des amis à la pièce pour jouer de la musique entre quatre murs. Et pour diffuser le tout en direct sur YouTube. Aujourd’hui, même ce concept aurait été interdit, n’empêche. Marqués du mot-clic de circonstance, #StayHome, les épisodes tournés autrefois prennent aujourd’hui un tout autre sens. Dans son charmant intérieur, l’artiste qui l’est tout autant reçoit notamment Matt Berninger, des National, pour jaser de la vie, analyser leur art, interpréter quelques chansons et siffloter. C’est intéressant, réconfortant, tout en douceur. Simplement, ça fait du bien.

Natalia Wysocka

 


La plateforme Topic (topic.com)

​Lancée en novembre dernier, la plateforme Topic, actuellement disponible au Canada et aux États-Unis, propose des films et des séries d’un peu partout dans le monde, en version originale (et sous-titrés malheureusement seulement en anglais), un peu plus nichés que le commun des Netflix. Un essai gratuit de sept jours ne permet certes pas de passer à travers les centaines d’heures de contenus proposées par cette plateforme du champ gauche. N’empêche, quelques morceaux du catalogue méritent de lui donner une chance, dont l’adaptation télé du roman Vernon Subutex de Virginie Despentes (avec Romain Duris), le thriller fantastique italien Il Miracolo et le suspense musical français Philharmonia, réalisé par le Québécois Louis Choquette..

Amélie Gaudreau


Dare Me (Netflix)

Le cheerleading a la cote. Après Cheer, docusérie réalisée et montée superbement, voici Dare Me, une fiction sur le même thème qui baigne dans le sombre et le graveleux. Avec son emballage qui rappelle Euphoria et sa touche de feuilleton savon, ce drame d’ados pour les grands, adapté du roman de Megan Abbott par l’écrivaine elle-même, s’ouvre sur une citation qui annonce la suite : « C’était fucking magnifique — jusqu’à ce que ça aille trop loin. » L’action se déroule dans une ville des États-Unis où tout s’est arrêté : le développement, les projets, l’entraide. À la place, chez nombre de personnes, le désir de fuir, le plus loin possible, s’est installé. Une chose reste néanmoins : le prestige social des footballeurs — et des meneuses de claque. Qui représentent la force, la perfection, l’union, mais qui camouflent leur tristesse, leur jalousie et leur mal-être derrière une méchanceté crâneuse qui se manifeste au fil de beuveries, de mesquineries et de jeux de pouvoir. Pas parfait, mais intrigant.

Natalia Wysocka


World on Fire (PBS, dimanche, 21h)

Le projet était ambitieux : illustrer la première année de la Seconde Guerre mondiale de la perspective d’habitants de cinq pays impliqués dans le conflit (la Pologne, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les États-Unis) et issus divers horizons sociaux, culturels et religieux, tous liés d’une façon ou d’une autre. Le résultat, malgré les intrigues qui sortent des trames habituellement explorées dans ce type de production, la qualité de ses interprètes (dont Helen Hunt, solide en journaliste de guerre), la direction artistique impeccable et des scènes de guerre fort crédibles, s’avère tout de même un brin décevant : après trois épisodes (sur sept), on a bien du mal à s’attacher aux personnages et à s’émouvoir du drame terrible qu’ils vivent. Il faut peut-être laisser une (plus longue) chance au coureur…

Amélie Gaudreau


Connexion en cours, saisons 1 et 2 (tv5unis.ca)

Les relations à distance, on en connaît un bout par les temps qui courent. Cette websérie québécoise mettant en vedette Mani Soleymanlou, qui en signe également le scénario, et Monique Miller, qui y joue sa mère, emprunte la forme de socialisation qui prime dans nos vies actuellement : les rencontres en ligne. On y suit le quotidien d’une famille à travers les échanges en vidéoconférence de ses membres. Parce qu’ils sont loin l’un de l’autre, ou juste trop occupés pour se voir en personne. Et, comme dans la vraie vie, ces brefs appels, parfois infructueux ou entrecoupés de problèmes de connexion, illustrent nos difficultés à dire les « vraies affaires » à ceux qu’on aime, pour le meilleur et pour le pire.

Amélie Gaudreau


L’académie, saison 3 (Illico)

« Tout le monde est tellement heureux, c’est fucking lourd. » C’est la dernière année du secondaire et la bande de l’Académie est déterminée à passer un bon moment. C’est sans compter la dépression doublée d’un désir de rébellion d’un des leurs. Et la nouvelle présidente du C.A. qui souhaite faire appliquer un règlement que « plus personne n’utilise depuis, genre, 1962 ». À la réalisation de cette troisième saison, Sandra Coppola et Marie-Claude Blouin font alterner avec finesse les scènes ensoleillées et celles de soirées secrètes à la lueur des bougies. Avec la sensibilité et l’originalité qu’on lui connaît, la créatrice et scénariste Sarah-Maude Beauchesne continue quant à elle de capter les grands moments de l’adolescence, en traitant de troubles alimentaires, du sentiment de n’appartenir à nulle part et de cette question si difficile à cerner : « Quel est mon plan pour l’avenir ? » (Pour l’instant, regarder la suite de cette série ?)

Natalia Wysocka


Pure (CBC Gem)

À ne pas confondre avec Pure, la série canadienne sur le pasteur mennonite, ce Pure britannique est un pur plaisir. Inspirée par la vraie vie de l’écrivaine Rose Cartwright, cette production remplie de lucidité, d’humour et de sensibilité suit une fille gaffeuse, impulsive, qui quitte son village écossais pour devenir une « femme normale de 24 ans vivant à Londres ». Mais elle a beau fuir son passé, ses pensées intrusives incessantes, à caractère sexuel, la suivent partout. « C’est comme dans The Sixth Sense, mais plutôt que de voir des morts, je vois des gens tout nus », explique-t-elle. Peut-être est-elle accro au sexe ? croitelle faussement. Peut-être refoule-t-elle son homosexualité ? lui suggère tout aussi faussement une médecin. Quand elle découvre la racine de son mal-être, un poids tombe. Mais ce ne sera que le début de son combat. Les personnages sont attachants, les dialogues sont intelligents et la réalisation inventive réussit à rendre l’anxiogène défilé d’images inappropriées qui bombardent l’esprit de la protagoniste.

Natalia Wysocka


Tara dans tous ses états (Crave, disponible en V.O. et en V.F.)

Elle a beau dater un peu (2009), cette comédie dramatique s’avère toujours aussi délicieusement étrange et étrangement délicieuse. On y suit le quotidien résolument pas ordinaire d’une mère au foyer du Kansas en apparence tout ce qu’il y a de plus normal, mais qui doit conjuguer avec son trouble dissociatif d’identité. Surtout qu’elle décide d’arrêter sa médication qui permettait de contrôler les apparitions momentanées de ses multiples personnalités… Ces alter ego, tous très différents et pas toujours très agréables, viennent chambouler l’existence de la famille de Tara, au premier chef son époux (John Corbett) et ses enfants (Brie Larson et Keir Gilchrist). Toni Collette relève à merveille le défi d’interprétation que constitue ce personnage complexe imaginé par la scénariste Diablo Cody, qui venait d’être révélée par le film Juno.

Amélie Gaudreau