«Home Before Dark»: lueur dans la noirceur

Brooklynn Prince est parfaite dans le rôle de cette journaliste en herbe qui a vu «All the President’s Men» 36 fois.
Photo: Photos Apple Tv+ Brooklynn Prince est parfaite dans le rôle de cette journaliste en herbe qui a vu «All the President’s Men» 36 fois.

Depuis son entrée dans la guerre de la webdiffusion en novembre, Apple n’a pas connu que des succès. Le thriller horrifique Servant, de M. Night Shyamalan, démarrait pourtant en force avant de s’échouer dans un embrouillamini scénaristique total. Récemment, les très attendues Amazing Stories, produites par Steven Spielberg, ont déçu en nous servant une soupe romantico-historico-fantastique fade. Le géant de la technologie réussit néanmoins à renverser la vapeur avec Home Before Dark.

Cette série de meurtre et mystère rend hommage au pouvoir des enfants. Et à l’importance de les inciter à réaliser leurs rêves. On le sait, ça semble bien niais et gentillet dit comme ça. Mais honnêtement, c’est fort réussi. Et pas quétaine du tout.

À l’origine de la série, une histoire vraie. Celle de Hilde Lysiak, une petite fille passionnée de journalisme. Tellement passionnée qu’à neuf ans, elle déniche un scoop. Pas n’importe lequel : un meurtre. Vite, vite, elle fait paraître la nouvelle dans son Orange Street News. Un journal qu’elle s’amuse à rédiger avec son père. Vite, vite, Hilde devient une sensation sur Internet.

Pour incarner cette petite fille frondeuse, qui est de presque toutes les scènes, il fallait une comédienne de talent. Les directeurs de casting ont bien fait leur boulot en offrant le rôle à Brooklynn Prince. En 2017, la jeune actrice a épaulé Willem Dafoe dans l’encensé The Florida Project, de Sean Baker. Et elle est parfaite dans le rôle de cette journaliste en herbe qui a vu All the President’s Men 36 fois.

C’est à l’acteur anglais Jim Sturgess qu’a échu le rôle du père. Un reporter aux homicides qui a perdu son emploi et qui dépérit depuis. Le charismatique barbu, connu pour son interprétation musicale dans Across the Universe, est juste, nuancé. Et émouvant en journaliste déchu-déprimé, qui rentre saoul et qui tente de faire rire sa famille attablée en utilisant des frites pour se fabriquer des défenses de morse.

« Jim est cool »

En janvier dernier, Apple TV+ a présenté Home Before Dark aux membres de la Television Critics Association réunis pour l’occasion à Pasadena, en Californie.

Présent parmi les panélistes, Jim Sturgess n’avait pas assez de bons mots pour sa jeune collègue à l’écran. Elle non plus. « Jim est teeeellement cool ! » s’exclamait Brooklynn Prince à tout bout de champ. Le comédien confirmé et la star en devenir se taquinaient et se donnaient des « cinq en haut » comme des copains de toujours (ah, le bon vieux temps d’avant la distanciation sociale).

À leurs côtés se trouvait la vraie Hilde Lysiak. Celle dont la vie a inspiré le récit — fortement romancé, il faut dire. Néanmoins, un élément de son existence n’a pas subi de modification en route vers la fiction. « Lorsque j’ai rapporté l’histoire du meurtre dans mon village, beaucoup de gens m’ont dit que je devrais jouer à la poupée plutôt que de faire du journalisme », s’est-elle souvenue. Ce préjugé dont elle a été la cible, sa version télévisée l’est aussi.

De l’encre et du sang

L’équipe ne s’en est pas cachée. Home Before Dark vise une écoute à la chaîne. « Nous avons voulu offrir de la télé qui se dévore », a déclaré la cocréatrice, Dana Fox. Pour ce faire, les scénaristes ont émaillé dans le mystère du meurtre quelques filons narratifs croustillants. D’autant plus que le drame se déroule dans une petite ville pétrie de secrets. Et de mensonges. Le père n’aurait-il pas, lui aussi, du sang sur les mains ?

Principalement tourné à Vancouver, l’ensemble est produit par Jon M. Chu. Le réalisateur du succès-surprise Crazy Rich Asians signe également quelques épisodes. La narration, assurée par Brooklynn Prince, donne d’emblée le ton : « Je suis journaliste. Si on me coupait en deux, je suis sûre que c’est de l’encre qui s’écoulerait de mes veines », annonce-t-elle. Puis, elle précise : « Je cherche toujours à connaître la vérité. Mais puisque je suis une enfant, on me ment tout le temps. »

Si, dans les premières minutes, on craint une avalanche de musique sirupeuse pseudo-inspirante, doublée d’une morale mièvre, la suite nous donne tort. (Du moins, si l’on se fie aux quatre épisodes que nous avons pu visionner.) Les personnages secondaires sont développés, la quête de l’héroïne bien construite et la direction photo de François Dagenais et d’Alice Brooks, des plus attrayantes. Du côté de la bande-son, on entend de chouettes reprises de Pat Benatar, des Doors et, dans une veine plus classique, Creep de Radiohead en version chorale. (« Merci au chœur PS22 », peut-on lire au générique).

En somme ? Une bien jolie surprise.

 

Home Before Dark

En version française et anglaise sur Apple TV+, dès le 3 avril