Dix ans de «Chefs!», ça te change un menu

« La transmission des connaissances est le point fort de l’émission <i>Les chefs</i> <i>!</i>, dit d’emblée Daniel Vézina. On sent qu’aujourd’hui, les gens comprennent ce que sont les bases, [ce que c’est que] de respecter le produit. »
Photos Yan Turcotte « La transmission des connaissances est le point fort de l’émission Les chefs!, dit d’emblée Daniel Vézina. On sent qu’aujourd’hui, les gens comprennent ce que sont les bases, [ce que c’est que] de respecter le produit. »

L’intérêt pour les émissions de cuisine, les livres de recettes et les chefs vedettes ne date pas d’hier. Mais depuis les débuts de la série Les chefs ! diffusée sur les ondes d’ICI Télé, les métiers de bouche tiennent un rôle majeur dans l’univers du divertissement québécois. Cette décennie à côtoyer des aspirants chefs et leurs maîtres a changé non seulement notre vocabulaire (« Il faut respecter le produit ! »), mais notre rapport à la table, petite et grande. Un changement de paradigme décortiqué lundi dans le documentaire Les chefs ! L’impact, qui sert en quelque sorte de mise en bouche à la 10e saison des Chefs ! qui se mettra en branle le 6 avril.

Les coanimateurs, Élyse Marquis et Daniel Vézina, ainsi que les juges Normand Laprise, Jean-Luc Boulay et Pasquale Vari s’y remémorent les meilleurs moments de l’émission bien-aimée qui a fait sa marque jusque dans la culture populaire, alimentant le Web de mèmes et de GIF plus drôles et attachants les uns que les autres. « La transmission des connaissances est le point fort de l’émission Les chefs!, dit d’emblée Daniel Vézina. On sent qu’aujourd’hui, les gens comprennent ce que sont les bases, [ce que c’est que] de respecter le produit. » Jean-Luc Boulay renchérit en disant : « Et ça montre à quel point cuisiner est un vrai métier. Ça prend des connaissances, c’est un métier d’art. »

L’émission a aussi eu un rôle notable auprès des téléspectateurs. « Quand [j’]ouvre le frigo chez des amis et que j’y vois des produits que je ne voyais pas il y a cinq ou dix ans juste parce qu’on les a utilisés dans l’émission, c’est comme ça qu’[on peut voir et dire] qu’une nation a changé en matière de gastronomie », ajoute Daniel Vézina.

Ça change pas le monde,sauf que…

L’émission Les chefs ! a d’abord eu un impact majeur sur la vie des participants. Pensons à Isabelle Deschamps-Plante, concurrente des saisons 4 et 5, maintenant cheffe des Cafés Ricardo. « Cela a vraiment changé ma vie, confie-t-elle. Quand Ricardo m’a donné un coup de fil pour me dire qu’il avait eu un coup de cœur et qu’il aimerait ouvrir une pâtisserie avec moi… Ça, je ne l’avais jamais vu venir ! »

Il y a aussi Arnaud Marchand, concurrent de la toute première saison de la série diffusée en 2010. Il avait terminé deuxième, derrière Guillaume Cantin. Depuis 2012, il est copropriétaire des restaurants Chez Boulay et Les Botanistes aux côtés de Jean-Luc Boulay, à Québec. « Pour moi, Les chefs !, c’est la vulgarisation et l’éducation du métier de cuisinier », dit-il.

Daniel Vézina abonde dans ce sens. « Ce n’est pas seulement une émission de cuisine, c’est une école de cuisine, ajoute-t-il. Donc eux [les aspirants chefs] s’attendent à apprendre quelque chose, et moi, je suis là pour ça. »

 
Photo: Yan Turcotte Pour Daniel Vézina, «ce n’est pas seulement une émission de cuisine, c’est une école de cuisine. Donc eux [les aspirants chefs] s’attendent à apprendre quelque chose, et moi, je suis là pour ça».

En plus de contribuer à l’apprentissage et au cheminement professionnel des participants, l’émission Les chefs! a également changé la perception des téléspectateurs envers le métier de cuisinier. En effet, l’auditoire des Chefs ! comprend de nombreux adeptes inconditionnels de contenu culinaire sous toutes ses formes. Mais il y a aussi de nouvelles recrues, des gens qui ne consomment habituellement pas ce type de contenu télévisuel ou qui ne prennent pas vraiment plaisir à cuisiner à la maison.

C’est notamment le cas de l’humoriste Alex Perron, reconnu comme l’un des plus grands adeptes des Chefs !. « C’est bizarre parce que je suis loin d’être le gars qui tripe à cuisiner et à se lever le samedi matin en se garrochant sur un livre de recettes pour prévoir mon souper du soir, s’exclame-t-il. Mais ce qui distingue Les chefs ! dans cet univers de la télébouffe et qui m’accroche, c’est de pouvoir retrouver de jeunes aspirants chefs qui tripent sur leur métier, qui ont envie de se dépasser et qui se retrouvent face à des chefs juges bien établis qui vont les amener à la prochaine grosse étape de leur carrière. C’est beau à voir ! »

Dans les coulisses du réel

Il en va de même pour Mathieu Charlebois, coauteur du blogue Vas-tu finir ton assiette ? avec Caroline Décoste. Le duo de rédacteurs suit Les chefs ! depuis le début et commente chaque émission dans un style éditorial absolument hilarant. Si Caroline Décoste se nourrit de contenu culinaire et connaît bien la scène gastronomique québécoise, Mathieu Charlebois, lui, est dans le clan inverse. « Je ne me tiens pas dans des restos fancy, dit-il. C’était la première fois de ma vie que je voyais des plats comme ça, avec trois bouchées dans une assiette garnie de mousse de lavande et de 45 autres patentes. » Les chefs ! est effectivement la première émission culinaire québécoise à présenter de la gastronomie de haut niveau, comme le font les émissions Top Chefs ou Master Chefs.

Pour une fois, au petit écran, nous avons une sorte d’accès privilégié à ce qui se passe dans les cuisines des restaurants. « Quand c’est arrivé au Québec, je pouvais aller manger où ces chefs-là travaillaient, contrairement aux émissions américaines ou internationales », raconte Caroline Décoste. Un aspect tout aussi important aux yeux d’Alex Perron. « On s’attache aussi à cette émission parce que ça se passe chez nous, dans notre réalité culinaire et de la restauration, explique-t-il. Comme on dit : “On se reconnaît et on respecte le produit local !” Et bien que ces émissions de télé soient très divertissantes, on n’est pas vraiment dans le showbiz flamboyant d’un Hell’s Kitchen ou d’un spectacle culinaire, comme Un souper presque parfait. »

L’accès aux coulisses permet également de connaître encore mieux tout le travail et les connaissances requises pour faire un tel métier. « Même si ça reste de la télé, on comprend vite que c’est un sale boulot, dans lequel on ne compte pas les heures, ajoute Alex Perron. Oui, on voit émerger des chefs vedettes, mais ça reste un métier dans l’ombre de la cuisine. Ils doivent sans cesse se renouveler pour rester au top. »

Respect pour les chefs

Chaque saison depuis dix ans, toute l’équipe des Chefs ! a le don de nous tenir en haleine. « Dès qu’il y a un aspect de compétition et un peu de suspense, j’adore ça », s’exclame Caroline Décoste. Et suspense il y a ! « Un montage rythmé, des aspirants chefs qui suent et qui paniquent, des chaudrons qui tombent à terre et des Thermomix qui marchent à fond la caisse, énumère Alex Perron. Pour avoir eu le privilège de participer à la demi-finale la saison dernière, je vous jure que ça roule à un train d’enfer et qu’il fait chaud dans le studio ! Voilà tout ce qui me fascine de cette émission. »

Sans contredit, la recette des Chefs ! a été testée et approuvée à maintes reprises, tant par l’équipe de production que par le public. Le produit final plaît tant aux fines bouches qu’aux apprentis gastronomes.

Les fidèles téléspectateurs comptent les jours sur le calendrier avant le début de la dixième saison des Chefs !. « J’ai hâte de voir Élyse Marquis, qui a peur que le feu pogne dans la cuisine, Daniel Vézina qui hurle “Il vous reste cinq minutes !” avec son ton chaleureux, mais pressant, confie Alex Perron. J’ai aussi hâte de voir les trois juges qui veulent qu’on respecte le produit, qu’on garde ça simple et qu’on assaisonne ! Et surtout des aspirants chefs allumés qui ont envie de se dépasser et de nous faire brailler parce que leur soufflé vient de s’effoirer ! »

Les chefs! L’impact / 10e saison de Les chefs!

Lundi, ICI Télé, 20 h / Le 6 avril, aussi à 20 h sur ICI Télé