Trois bons documentaires pour un petit millésime

Le projet de Maria Stodtmeier se concentre sur le travail de préparation de la représentation semi-scénique du «<i>Rake’s Progress»</i> de Stravinski dirigé par Barbara Hannigan à Göteborg.
Photo: FIFA Le projet de Maria Stodtmeier se concentre sur le travail de préparation de la représentation semi-scénique du «Rake’s Progress» de Stravinski dirigé par Barbara Hannigan à Göteborg.

Le Festival international du film sur l’art (FIFA) a été reconfiguré en un riche vivier de documentaires accessibles en ligne pour une somme forfaitaire de 30 $. Que peut y trouver le mélomane ?

La reconfiguration du FIFA a privé la section musique classique de cinq gros morceaux : la nouvelle version rematricée de Fantasia, le film de clôture, La cheffe d’orchestre de Maria Peters, et trois grands spectacles de l’Opéra de Paris : le ballet Body and Soul de Crystal Pite, La Traviata avec Pretty Yende et les très (justement) controversées Indes galantes de Rameau actualisées, avec breakdance, de Clément Cogitore.

Mozart en confinement

Le noyau se recentre sur trois documentaires. Taking Risks de Maria Stodtmeier s’intéresse à un sujet porteur : Barbara Hannigan, la chanteuse canadienne qui se reconvertit à la direction d’orchestre. Ce n’est pas le premier film sur cette artiste à l’indéniable rayonnement. En 2015, le FIFA avait projeté I’m a Creative Animal de Barbara Seiler et, en 2018, le film de Mathieu Amalric, le compagnon de l’artiste.

Le projet de Maria Stodtmeier se concentre sur le travail de préparation de la représentation semi-scénique du Rake’s Progress de Stravinski dirigé par Barbara Hannigan à Göteborg, remontant deux ans en amont du concert depuis le choix des chanteurs. Le sujet est très intéressant pour découvrir les coulisses de la préparation d’un spectacle. Concernant le personnage Hannigan, I’m a Creative Animal reste le plus instructif.

Les aventures de « Histoire du soldat » de Michel Van Zele se démarque nettement. La contextualisation initiale de l’œuvre dans un univers visuel qui tente de nous ramener à 1918 est très pertinente. L’image du masque à gaz (comme dans le Wozzeck de William Kentridge) est forte, tout comme est pertinent le choix des extraits de la mise en scène de La Fura dels Baus (Lyon 2018). Les commentaires de Charles Dutoit et du critique littéraire Alain Rochat sont clairs, de haut niveau et extrêmement pertinents et éclairants.

Même si le documentaire n’est pas classé en « musique classique », il faut jeter un œil à Kirill Serebrennikov – A Theater Director under Arrest, car ce film suisse nous montre l’élaboration de la production de Così fan tutte de Mozart à l’Opéra de Zurich, alors que le metteur en scène russe vient d’être assigné à résidence. Il s’agissait d’un spectacle auquel participait le ténor québécois Frédéric Antoun, que l’on voit travailler avec Serebrennikov, communiquant par ordinateur depuis sa prison domiciliaire.

De la programmation de l’Opéra de Paris, il reste des courts métrages présentant le regard décalé du projet « 3e scène », dont le but est énoncé de la manière suivante : « À travers des œuvres inédites, artistes et créateurs ouvrent l’univers de l’opéra et de la danse à de nouveaux regards. » On y verra donc un robot regarder une danseuse alors que l’humanité s’est éteinte (L’entretien), on entendra Klara Takacs chanter (pas toujours très juste) du Mahler sur des bruits de chariots pas graissés en regardant des tutus flottant sur une mare sans cygnes (Le lac perdu) et on s’amusera de la candeur de l’animation de Vibrato. Figaro est un clip inattendu sur Rossini, Les Indes galantesmontre la genèse d’un grand ratage et Grand Hôtel Barbès manque de prouver, malgré un moment de grâce, comment Mozart change la vie d’un jeune danseur.

Très au-dessus du lot se détache la beauté visuelle mystérieuse de Clinamen de Hugo Arcier, qui mêle avec maestria architecture, danse et technologie visuelle.