Regarder Netflix entre amis pendant la pandémie

Habituellement, les spécialistes nous incitent à limiter l’usage des écrans. Mais dans cette situation sans précédent, certaines recommandations doivent être réévaluées.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Habituellement, les spécialistes nous incitent à limiter l’usage des écrans. Mais dans cette situation sans précédent, certaines recommandations doivent être réévaluées.

En ces temps de coronavirus, l’humeur n’est pas à la fête. Et même si elle l’était, les fêtes sont interdites. Les rassemblements virtuels, toutefois, sont recommandés. Et la nouvelle extension Netflix Party peut aider à surmonter, le temps d’un film, l’angoisse, la tristesse ou l’ennui causés par la distanciation sociale.

« C’est très sympathique ! », fait remarquer Pascale Brillon en apprenant l’arrivée de cette fonctionnalité. La professeure au Département de psychologie de l’UQAM, qui dirige également le Laboratoire trauma et résilience, applaudit à « toutes les initiatives pour briser l’isolement ».

Certes, habituellement, les spécialistes nous incitent à limiter l’usage des écrans. Mais dans cette situation sans précédent, certaines recommandations doivent être réévaluées. Bien-être oblige. « Évidemment, si on avait la possibilité de sortir danser ensemble et de chanter dans des chorales, ce serait génial, confie la psychologue spécialisée, entre autres domaines, en anxiété. Mais on nous demande au contraire de nous isoler d’autrui. Il y va de notre responsabilité citoyenne. »

C’est ici que des idées comme ce Netflix Party peuvent s’avérer salvatrices. Regarder un film avec nos proches qui sont au loin et pouvoir clavarder en même temps (« Cet acteur est trop génial ! » « Cette scène est légendaire ! »), c’est tout simple. Mais ça fonctionne. « C’est sûr qu’on recommande aussi de prendre un livre, de faire de l’exercice, d’aller marcher. Mais si le numérique peut favoriser le soutien social, tant mieux ! »

Œuvres de circonstance

Jeudi, dans le palmarès des productions les plus regardées sur Netflix Canada, Contagion, de Steven Soderbergh, se trouvait en deuxième position. Le documentaire Pandemic, lui, en neuvième. Est-ce toutefois une bonne idée de visionner en bande (éloignée) de tels titres ? Où les gens toussent, se mouchent et paniquent ?

À ce sujet, Pascale Brillon mentionne l’explosion des ventes de La peste, de Camus. Tout comme les émissions de catastrophe, la montée en popularité de ce grand classique de la littérature montre, selon elle, « le désir de mieux comprendre une situation inconnue. Si je lis La peste, si je vois Contagion, ça me permet d’appréhender mon anxiété par mon intelligence. C’est un mécanisme d’adaptation intéressant ».

Il faut s’exposer à de la beauté, à de la grandeur, à des chefs-d’oeuvre qui forcent l’admiration, qui ont traversé le temps, qui nous rassurent sur notre condition humaine

Et si l’un des clavardeurs est particulièrement stressé par la situation, et par extension, par la vue de Gwyneth Paltrow qui incarne le « patient zéro », ne risque-t-il pas de transmettre sa nervosité aux autres ? « Si on peut échanger par écrit sur le film que l’on est en train de voir, la contamination de l’anxiété sera minime. »

À l’instar de l’imparable directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, qui a déclaré en conférence de presse que « la musique est essentielle » à sa vie, Pascale Brillon préconise le recours à l’art en temps de crise. D’autant que plusieurs institutions offrent en ce moment moult options gratuites. Elle-même s’est plongée dans l’offre en ligne de l’Opéra de New York. « Il faut s’exposer à de la beauté, à de la grandeur, à des chefs-d’œuvre qui forcent l’admiration, qui ont traversé le temps, qui nous rassurent sur notre condition humaine, explique-t-elle. Afin de pouvoir ensuite revenir aux mauvaises nouvelles et à l’adaptation de notre quotidien. »

Et pour ceux qui n’aiment pas ou qui n’utilisent pas Netflix, d’autres façons de « faire la fête » existent. Pour les fans de YouTube, par exemple, la fonction watch2gether permet de regarder des vidéos en simultané avec ses amis. La psychologue suggère aussi l’application Zoom, habituellement prisée par les vidéoconférenciers. « On peut se donner rendez-vous à trois, à cinq ou à sept personnes pour rire et pour manger en même temps devant notre écran. »

Une autre note positive pour conclure ? « Les études montrent que le soutien présentiel n’est pas forcément meilleur que le soutien virtuel. C’est la qualité du soutien et de l’attachement qui est significative. » Bon party !


Une version précédente de ce texte laissait entendre par erreur que l'extension avait été lancée par Netflix. Il s'agit en fait d'une application indépendante du géant de la webdiffusion. Nos excuses.

 

Comment installer Netflix Party?

Dans votre fureteur, cherchez le site Chrome Web Store. Sur le site, téléchargez l’extension  Netflix Party (cela ne devrait prendre que quelques secondes). Connectez-vous à votre compte Netflix. Choisissez une oeuvre à visionner en groupe. Une icône rouge marquée « NP » apparaîtra en haut, à droite, de votre écran. Cliquez dessus. Copiez l’URL qui s’affichera sous l’onglet NP. Envoyez le lien à vos amis par courriel ou par messagerie. Une fois que tout le monde sera connecté, lancez le film. Puis, visionnez, clavardez et oubliez la pandémie. Seule condition  préalable : avoir Google Chrome et un compte Netflix (ou un accès au compte d’un abonné). Tous les participants doivent avoir téléchargé l’extension Party sur leur appareil.