«Schitt», c’est un phénomène!

Avec le temps, une aura culte a enveloppé la série «Schitt’s Creek», ce feuilleton humoristique créé par Dan Levy et son père Eugene.
Photo: CBC Avec le temps, une aura culte a enveloppé la série «Schitt’s Creek», ce feuilleton humoristique créé par Dan Levy et son père Eugene.

En janvier 2015, une petite émission du nom de Schitt’s Creek a fait son apparition sur les ondes de CBC. Puis sur Netflix. Avec le temps, une aura culte a enveloppé ce feuilleton humoristique créé par Dan Levy et son père Eugene. Un acteur longtemps associé à son rôle de patriarche dans la franchise d’ados débauchés American Pie.


Mais le triomphe inespéré de leur comédie canadienne composée d’épisodes de vingt-deux minutes bien tassées a vite fait oublier les blagues plates de tartes aux pommes.
 

Avant d’enchaîner, prenons néanmoins une pause afin de faire un rapide résumé pour les non-initiés. Le tout commence par une famille richissime qui se voit soudain dépossédée de tous ses avoirs. D’un coup. Fini le luxe, finie l’opulence, finie l’oisiveté. Il ne leur reste rien, rien, rien. Sauf un village nommé Schitt’s Creek, que le père a un jour acheté. Pour faire une blague.

Lavés, les quatre rescapés trouvent donc refuge au motel de cette bourgade menée par un maire lubrique. Après la débandade initiale, le clan y apprendra la valeur du travail, le sens de l’entraide, la force de l’amitié. Tout en apprivoisant les règles de l’hospitalité, les coutumes locales. Et une certaine simplicité. En ne perdant toutefois pas son amour du glamour et son sens du drame.

À l’origine de la série, une idée : et si, tout à coup, les vedettes de téléréalité perdaient tout leur argent ? Ou, comme l’a déclaré Dan Levy : « Est-ce que les Kardashian seraient encore les Kardashian sans tout ce fric ? »

Ça semble simple comme concept. Peut-être parce que les meilleurs le sont souvent.

« Oh my God, ew, David »

En janvier, l’animateur américain Jimmy Fallon a reçu l’équipe sur son plateau pour une deuxième fois, en qualifiant leur production de « phénomène ». Pour preuve : Eugene Levy a dû calmer le public, debout et en délire. « J’ai toujours rêvé de dire cette phrase légitimement : s’il vous plaît, rasseyez-vous. »

Ces derniers temps, les applaudissements se sont faits plus forts, et les prix se sont multipliés. Les nombreuses chaînes qui ont rejeté le projet autrefois, dont HBO et Showtime, s’en mordent probablement les doigts.

Dans le cadre des derniers prix Écrans canadiens, la série a obtenu un nombre record de vingt-schitt, pardon six, nominations. (Malheureusement, en raison de la pandémie, la semaine de célébrations de ces prix récompensant la télévision et le cinéma, qui devait débuter lundi, a été annulée.)

Il faut dire que la distribution est étoilée. L’inimitable Catherine O’Hara incarne la mère, Moira. Une ex-actrice qui se cache dans le garde-robe pour pleurer. Elle boit en après-midi, et s’ennuie dans cette ville trop petite pour sa personnalité explosive. Elle qui a pourtant, jadis, « fait la fête à Monaco avec Maggie Trudeau et les Stones ».

Je trouve qu’on ne fait pas de belle promotion des séries canadiennes au Québec. Nos comédiens sont sur les plateaux de toutes les émissions qui existent. Mais on n’invite pas les acteurs du reste du Canada.

 

À ses côtés, Eugene Levy — et ses fabuleux sourcils — s’avère parfait dans le rôle du pilier de famille qui comprend que son épouse et lui n’ont pas été de bons modèles d’éducation. « Pourtant, on a envoyé notre progéniture dans les meilleurs internats et engagé les meilleures nounous pour s’en occuper. » Oups.

Coincé dans son motel, le couple décide : « Et si on apprenait à les connaître, ces enfants ? » Même s’ils sont gâtés, égoïstes, ingrats. Et hilarants.

Il y a d’abord la fille, personnifiée par la finissante de Concordia Annie Murphy. Abonnée aux horoscopes, elle se remémore avec nostalgie ses anciennes aventures avec Vin Diesel, et enchaîne les relations houleuses. Tantôt avec un « hippie qui fait du compost », tantôt avec un vétérinaire gentil qui se métamorphose en pseudo-motard.

Son frère, joué par un tordant Dan Levy, est un ancien galeriste qui se fait livrer des crèmes de nuit de Paris et qui affectionne les pyjamas griffés. Mais pas facile d’être une bête de mode dans ce village où « tout sent le feu de camp, le denim et le tartan » et où l’on sert de la bière — ou de la bière. « Oh my gawd. » Heureusement qu’il pourra compter sur une réceptionniste cynique pour le divertir. Et que sa route croisera celle d’un garçon mignon avec qui il vivra une belle histoire.

La belle histoire de Schitt’s Creek, elle, s’apprête à s’achever. L’ultime épisode de la sixième et dernière saison sera diffusé sur les ondes de CBC le 7 avril. Il sera suivi d’une émission spéciale. On félicite l’équipe de production d’avoir su s’arrêter au sommet plutôt qu’après des années de trop, et une certaine dégringolade.

Sur les lieux du tournage

Sitôt la dernière saison terminée, la bande de comédiens canadiens partira en tournée d’adieu (pour de vrai). Si les événements mondiaux le permettent, ce Schitt’s Creek Farewell Tour devrait théoriquement s’arrêter à Orlando, à Chicago, à Windsor et à Boston. Entre autres.

Lucie Dumais et Brigitte Nolet ont déjà leurs billets. Les deux amies font partie de la communauté des mégapassionnés de la production. Il suffit qu’elles entendent la chanson-thème, interprétée au trombone et au tuba, pour être instantanément de bonne humeur. Pour Lucie Dumais, Schitt’s, c’est « du petit bonheur en une demi-heure ».

Il leur a fallu un peu plus de temps, toutefois, pour se rendre de Montréal à Goodwood, en Ontario. Pour faire quoi ? Pour visiter les lieux de tournage de la série, pardi ! Lucie se souvient : « On est arrivées sur le premier coin de rue de cette ville nowhere et oh mon Dieu, TOUT ÉTAIT LÀ. » Elle énumère les établissements clés fréquentés par les personnages : le garage de Bob, le Café Tropical… « Les habitants sont probablement habitués de voir des fous et des folles se faire prendre en photo en plein hiver devant les portes. Ils nous klaxonnaient, nous faisaient des beaux bonjours. »

Les deux copines se sont également rendues en pèlerinage au motel où se réfugie la famille fictive. « Il y avait des traces dans la neige, s’esclaffe Lucie. Donc on sait qu’on n’était pas les seules à y être allées ! »

Et elles ne sont pas les seules à être aussi amoureuses de l’œuvre. Même si, au Québec, il a fallu plus de temps avant que les téléspectateurs accrochent. Pourquoi ? « Je trouve qu’on ne fait pas de belle promotion des séries canadiennes au Québec, analyse cette fan numéro un. Nos comédiens sont sur les plateaux de toutes les émissions qui existent. Mais on n’invite pas les acteurs du reste du Canada. Pourquoi Tout le monde en parle, par exemple, ne les a pas encore reçus ? »

On oserait avancer aussi que pour un néophyte, l’emballage seul ne semble pas trop attrayant. Le titre déjà, ouf. La prémisse, ouain. Le sceau « comédie du Rest of Canada », meh. « C’est méchant, mais j’avais le préjugé de “l’émission canadienne poche”, confie Lucie Dumais. Je trouvais que ça semblait ordinaire. Mais je suis tombée amoureuse de Dan Levy. Il me fait rire, tout simplement. Les faces qu’il fait… ! »

Même chose pour Brigitte Nolet : « Mon gars n’arrêtait pas de me dire : “Tu devrais regarder cette série, maman !” Ça ne m’intéressait pas. Les personnages avaient l’air caricaturaux. Il y avait la fraîche-pet, la star, le gars gai… Mais j’ai embarqué. Et j’ai surpassé tout le monde dans ma folie ! C’est une émission qui fait du bien. »

Autant de bien que cet autre feuilleton mythique qu’est Friends l’a fait autrefois, assurent les deux inconditionnelles. Il suffit d’aller faire un tour en ligne pour voir à quel point. Les amateurs créent des mèmes, publient des compilations sur YouTube. Une vidéo montre notamment Catherine O’Hara lançant diverses variations de sa phrase favorite, « Where’s the bébé ? », pendant plusieurs minutes.

Et puisqu’il faut un peu de lueur en ces temps sombres de coronavirus, terminons en rappelant que les fidèles recommandent de fredonner la chanson « la, la, lalalala, a little bit Alexis », qui dure 20 secondes, en effectuant son essentiel lavage de mains. « La, la, lalalala… »

Schitt’s Creek

L’ensemble des saisons est disponible gratuitement sur CBC Gem. Quelques épisodes de la 1re saison sont également offerts sur Tou.tv. La 6e saison est diffusée tous les mardis à 21 h sur CBC. L’émission spéciale Best Wishes, Warmest Regards : A Schitt’s Creek Farewell sera présentée le 7 avril à 8 h 30.