«Westworld»: les «hôtes» débarquent dans le vrai monde

Visuellement, «Westworld 3» se déroule dans des mondes souvent urbains et nocturnes sur fond de magouilles économiques.
Photo: HBO Visuellement, «Westworld 3» se déroule dans des mondes souvent urbains et nocturnes sur fond de magouilles économiques.

La série américaine Westworld, aussi attirante que cryptique, se déploiera dès le 15 mars pour une troisième saison où l’action, peuplée de nouveaux personnages, change de lieu. Les « hôtes » androïdes arrivent dans le vrai monde, et ça va brasser.

Dans cette série de HBO peuplée d’androïdes bluffants de réalisme, appelés les « hôtes », le « Monde de l’ouest » fait référence au premier univers que l’on découvre dans la saison 1 (recréant à la perfection l’esprit du Far West) au sein de ce parc d’attractions futuriste qui, par ailleurs, en compte plusieurs autres. Les invités qui visitent ce Westworld, propriété de la firme Delos, peuvent y faire tout ce qu’ils veulent en toute impunité, et ce n’est pas le meilleur de l’espèce humaine qui ressort, peut-on euphémiser. Attention ici au dévoilement des intrigues, mais les androïdes commencent à prendre conscience de leur sort et à réagir, voire à s’organiser et à se rebeller.

C’est dans ce contexte que débute la 3e saison de la série créée par Lisa Joy et Jonathan Nolan à partir d’un film basé sur un livre de Michael Crichton. Au cœur du récit se retrouve encore l’androïde Dolores (glaciale et géniale Evan Rachel Wood), qui est toujours d’humeur massacrante — dans tous les sens du terme. Cette hôte, qui possède dans ses circuits la clé de plusieurs énigmes, arrive dans le monde réel des humains avec le but clair mais ambitieux de faire des « robots » les nouveaux maîtres de la Terre. « Les vrais dieux s’en viennent. Et ils sont très en colère », lancera d’ailleurs Dolores, qui parle peu, mais qui parle bien.

Joint au bout du fil lors d’une journée promotionnelle, le comédien français Vincent Cassel, un nouveau venu dans l’émission, confirme que ce sont bien les hôtes qui vont dans le vrai monde cette saison, avec le renversement que cela suppose. « On inverse les rôles, on inverse les décors. La guerre, c’est entre eux et nous. » Les fidèles se souviendront que Dolores a en main quelques « âmes » androïdes, qui se déploieront dans différentes incarnations dans cette nouvelle saison.

Des recrues

À l’instar de Vincent Cassel, plusieurs autres comédiens ont été recrutés par la production pour cette troisième itération. Parmi les recrues, on compte Aaron Paul (Breaking Bad, Bojack Horseman), dont le personnage, Caleb, occupe une place majeure, Lena Waithe (Master of None), Scott Mescudi (aussi connu dans le rap comme Kid Cudi) et le balafré Tom Flanagan (Sons of Anarchy, Les gardiens de la galaxie, vol. 2).

Dans la peau du riche homme d’affaires Serac, Vincent Cassel a dû froncer du sourcil et travailler les sourires machiavéliques. « C’est un personnage très puissant qui a de bonnes intentions concernant l’humanité, mais le problème c’est qu’il veut imposer sa vision à tous, et à l’insu de tous. »

On sent vite que les parcours de Serac et de Dolores n’auront d’autre choix que de s’entrechoquer. Cette dernière en a marre du contrôle, alors que lui se joue des algorithmes pour tout contrôler, justement.

Destin, libre choix, liberté… la troisième saison continue de creuser ces sillons, mais en y ajoutant les données personnelles des humains. « Je me rappelle le jour où on a offert 30 milliards pour Snapchat, alors que c’est une application qui est gratuite, et sur laquelle il n’y a pas de publicité, raconte Vincent Cassel. [L’intérêt] c’est carrément le mapping, les informations, ce sont les données. C’est sur ça qu’on se questionne. Tout ce qu’on achète, tout ce qu’on regarde est répertorié d’une certaine manière. À partir du moment où on a les informations de tout le monde, qu’est-ce qu’on décide de faire avec ça… de bien ou de mal. »

Westworld est depuis ses débuts une série exigeante pour les téléspectateurs, d’une part par la richesse et la densité des intrigues, mais aussi par le récit volontairement labyrinthique, livré dans le désordre. Qui est vraiment qui ? Et quand, dans le récit, untel est-il untel ? On ne tient rien pour acquis après le visionnement des quatre premiers épisodes de cette troisième saison, mais le récit semble tendre vers une plus grande simplicité, si on ose dire.

Visuellement, Westworld 3 se déroule dans des mondes souvent urbains et nocturnes sur fond de magouilles économiques. Vincent Cassel, pour qui c’était la première expérience dans une série télé, a tourné pendant environ cinq mois en Espagne, à Singapour et à Los Angeles. « C’est énorme, avoue Cassel, alors qu’il passe justement devant un panneau publicitaire de la série pendant qu’il parle au téléphone dans les rues de la ville des anges. Pendant longtemps, je ne m’intéressais pas du tout à la télé, je ne regardais pas de séries, je ne me rendais pas compte de ce que la télé était devenue. D’ailleurs, est-ce que c’est encore de la télé ? Est-ce que ce n’est pas un nouveau format, une nouvelle manière de produire des images ? »

Le comédien, qui ne voulait pas discuter d’un tweet controversé publié après la cérémonie des César, continuera de se concentrer sur le cinéma — il sera du prochain Astérix, notamment. Mais Cassel a beaucoup aimé « l’espace de liberté » de cette série, dont il aime « les ambiguïtés ». Il y a là quelque chose « qu’on ne retrouve pas aujourd’hui dans le cinéma, ou alors avec très très peu de moyens. Et là, tout d’un coup, dans les séries télé, on peut faire quelque chose de beaucoup plus osé avec des réflexions plus fortes, des images plus fortes, même ».

Pour peu qu’ils s’investissent dans Westworld, la production continue de soulever des questions éthique, philosophique, voire politique chez celui ou celle qui la consomme. Cette troisième vague semble par ailleurs ramener la notion de croyance ou de divinité. « Qu’est-ce qu’il advient de l’humanité à partir du moment où quelqu’un veut donner un sens à l’humanité ? demande Cassel. Quelque part, il crée un ordre moral, avec quelque chose qui peut s’apparenter à une religion. »

Dieu sera-t-il un robot ?

Westworld, saison 3

HBO et Crave (en V.O.A.) et Super Écran (en V.O.A., s.-t.f.), dimanche 21 h, et en version française à Super Écran et Crave, mercredi, 21 h