«Mon fils»: la schizophrénie est un loup pour Jacob

Jacob (Antoine L’Écuyer) n’a pas d’autre choix que de se rendre à l’hôpital, où il risque de rester un certain temps. Sa mère Marielle (Élise Guilbault) vit à la fois du déni et de l’impuissance devant son grand ado.
Photo: Éric Myre Jacob (Antoine L’Écuyer) n’a pas d’autre choix que de se rendre à l’hôpital, où il risque de rester un certain temps. Sa mère Marielle (Élise Guilbault) vit à la fois du déni et de l’impuissance devant son grand ado.

Les troubles de santé mentale ont beaucoup fait partie de la constellation créative des deux auteurs Anne Boyer et Michel D’Astous (Yamaska, L’heure bleue). Mais avec leur nouvelle série Mon fils, disponible jeudi sur le Club illico, la schizophrénie en est toutefois le sujet principal, livré avec une approche à la fois émouvante et presque documentaire.

« Vous ne les entendez pas ? », lance le jeune Jacob (Antoine L’Écuyer), 18 ans, dans le premier des deux épisodes que la presse a pu voir mercredi. Paniqué et amoché après une dispute suivant un épisode psychotique, Jacob, à qui tout réussit d’habitude, entend des voix qui l’insultent, mais aussi et surtout des loups, qui hurlent dans sa tête.

C’est là une des scènes clés de la série Mon fils, dont les six épisodes d’une heure sont réalisés par Mariloup Wolfe (Jouliks, Hubert et Fanny). Quelque chose pivote en Jacob, dont l’attitude avait déjà changé depuis quelque temps devant les yeux de sa mère Marielle (Élise Guilbault), qui vit à la fois du déni et de l’impuissance devant son grand ado. Et les loups deviendront hallucinations, lointaines puis très proches.

La première heure de Mon fils campe rapidement le décor sans tourner les coins ronds. Jacob mène jusqu’à sa récente rupture amoureuse une vie de jeune premier. Sa petite sœur Laurence (Émilie Bierre) incarne la raison dans un foyer où la mère n’est ni prête à voir se métamorphoser son fils, ni à voir revenir dans le décor son ancien mari (Patrice Godin) de retour après deux ans d’exil.

On voulait qu’on puisse tous être la mère, ou être Jacob, c’était ça notre principale porte d’entrée pour l’empathie

 

Après une deuxième crise psychotique plus sérieuse, Jacob n’aura d’autre choix que de se rendre à l’hôpital, où il risque de rester un certain temps. Fin de l’épisode deux, et déjà Mon fils montre une autre facette, qui permettra d’intégrer de nouveaux personnages (René Richard Cyr et Mehdi Bousaidan, notamment). Voilà un rythme qui plaît et où on n’a pas l’impression d’avoir de sous-intrigues de remplissage, comme dans Épidémie, notamment.

« On est resté dans le sujet principal, pour que toutes les histoires secondaires, même celle de Marielle, nourrissent le tout », admet Michel D’Astous. Sa collègue d’écriture depuis trente ans, Anne Boyer, estime que le sujet de la schizophrénie demandait ce format. « On ne voulait pas rester là-dedans pendant 12 épisodes, c’est pas rigolo, a-t-elle expliqué. Mais ça se déroule sur plusieurs années, on a contracté le temps, fait des ellipses, mais je ne vois pas beaucoup de points négatifs » à avoir décliné l’histoire sur six épisodes.

Lacunes et limites

Mon fils abordera différents volets du parcours d’un schizophrène qui apprivoise son état. On y découvre les lacunes ou les limites du monde hospitalier, voire des enjeux juridiques. Boyer et D’Astous ne le désiraient pas exactement, mais il y a une part presque documentaire à Mon fils. On croit en la situation, classique dans son imperfection, concrète dans son évolution.

« Il fallait raconter une histoire crédible, le chemin de Jacob est crédible, explique Anne Boyer. C’est pour ça qu’on a choisi un garçon sympathique, une mère pertinente et forte qui a une bonne job, qui ne manque pas de ressources, ni matérielles ni intérieures. On voulait qu’on puisse tous être la mère, ou être Jacob, c’était ça notre principale porte d’entrée pour l’empathie. »

À l’écran, le travail de Mariloup Wolfe permet au fil des détails de se plonger dans ce que vit Jacob. Les grands corridors de cases de l’école étourdissent, sa chambre bordélique et sombre au sous-sol de la maison familiale est étouffante. Le ton est bon, excepté certaines surenchères, comme la musique parfois trop émouvante ou comme les affiches de loups au mur de la chambre (on avait compris).

« Il y avait tout un travail sonore et visuel à faire, insiste la réalisatrice, dont le père était psychiatre. On voulait aller en progression et trouver la façon la plus juste, pour ne pas que ce soit caricatural. » Mariloup Wolfe a beaucoup travaillé avec les ambiances sonores, parfois échos ou étouffées, qui nous permettent d’entrer dans la tête de Jacob, par exemple. « On s’est aussi amusé avec des lentilles spéciales, qui amènent du flou, de la distorsion dans l’image, ça amène un côté étrange, inconfortable. »

Les deux auteurs ne voulaient pas une série « à la Walt Disney », mais ils assurent que Mon fils finit plutôt bien, de manière réaliste en plus de « dénouer nos peurs », croit Anne Boyer. Michel D’Astous rétorque : « Anne et moi, on dit tout le temps qu’on est des indécrottables optimistes, mais on voulait un rendez-vous vers l’espoir. »