«C’est comme si on manquait notre rentrée télé»

Le MIPTV est le deuxième événement mondial en importance destiné aux professionnels de la télévision, derrière son pendant automnal, le MIPCOM.
Photo: Valery Hache Agence France-Presse Le MIPTV est le deuxième événement mondial en importance destiné aux professionnels de la télévision, derrière son pendant automnal, le MIPCOM.

L’annulation de l’événement international de la télévision MIPTV, annoncée mercredi en raison des craintes liées au coronavirus, n’aura peut-être pas une incidence directe sur les téléspectateurs québécois, mais les différents acteurs qui œuvrent dans le monde du petit écran devront être patients et ajuster leurs méthodes.

Le MIPTV, qui devait avoir lieu du 30 mars au 2 avril à Cannes, est le deuxième événement mondial en importance destiné aux professionnels de la télévision, derrière son pendant automnal, le MIPCOM. Des acheteurs d’émissions en provenance de partout dans le monde s’y déposent depuis près de 60 ans pour découvrir des productions en amont de leur diffusion et pour rencontrer des distributeurs et des diffuseurs de diverses origines.

« Quand on n’est pas sur le terrain, il y a toujours un impact », résume la productrice et présidente de Media Ranch, Sophie Ferron. Sa boîte est la seule au Canada à distribuer des formats — des concepts d’émissions de télé déjà établis — à l’international. Elle devait se rendre au MIPTV, où elle était aussi conférencière.

« Si je veux faire une comparaison, c’est comme si on manquait notre rentrée télé, dit Mme Ferron. Je peux vous dire que mes ventes étaient très fortes en mai et en juin parce que j’étais au MIPTV au mois d’avril. »

Notons que l’événement CanneSéries, qui devait se tenir du 27 mars au 1er avril, a aussi été reporté en octobre.

Le face-à-face

Aux yeux de Dany Meloul, la directrice générale de la télévision de Radio-Canada, « vous allez ouvrir la télévision et il n’y aura pas de différence ». Mais ces marchés « demeurent encore une façon de faire notre business. […] Ce sont des occasions qu’on a de travailler ensemble et de voir ce qui se passe d’un côté et de l’autre ».

Christine Maestracci, la vice-présidente, acquisitions et distribution internationale de Québecor, estime que l’annulation d’un seul événement n’aura pas une incidence majeure en soi. « Mais comme le relationnel est important dans notre industrie, le fait d’avoir des rencontres prend une place importante. Et s’il y avait d’autres événements qui devaient être annulés, on pourrait penser qu’il y aura un impact plus important. »

Chez Bell Média, on estime que l’annulation du MIPTV « fait en sorte que l’équipe des acquisitions doit entrer en contact avec les distributeurs autrement et sera un processus un peu plus long qu’à la normale ». Un avis partagé par Mme Meloul. « À la fin du MIPTV, les deals sont déjà faits, les gens se sont déjà entendus. Là, ça ne va pas se faire sur trois ou quatre jours, mais sur un mois ou six semaines. Ultimement, les contenus qui doivent trouver une place dans les grilles télé vont le faire. » Québecor a pour sa part décidé de n’annuler aucun rendez-vous prévu et elle utilisera Skype ou le bon vieux téléphone pour arriver à ses fins.

Les conséquences de ces mouvements ne seront donc pas instantanées, convient Sophie Ferron, mais l’industrie télévisée fonctionne en cycle, alors il y aura un ajustement nécessaire des acteurs du milieu, croit-elle.

La patronne de Media Ranch donne l’exemple du format de Surprise sur prise, bien connu au Québec mais qui connaîtra une nouvelle vie sur France 2 le 21 mars, le temps d’une émission spéciale. « Moi, c’est l’année dernière que j’ai lancé ça au MIPTV. Et c’est 12 mois plus tard que ça arrive en ondes. »

Selon Mme Ferron, c’est à l’automne que seront reportées plusieurs des annonces télé prévues au MIPTV, qui s’ajouteront à celles déjà planifiées. « Tout le monde va se mettre à sortir de gros canons à l’automne, mais ça ne marchera pas, on ne verra plus rien, ça va juste faire trop de produits en même temps. Ça va un peu tomber à plat », explique Sophie Ferron.