«Ramaillages»: solidarités gaspésiennes

«Ramaillages», c’est six épisodes, tous en noir et blanc, qui se penchent sur le mouvement vers l’autonomie alimentaire et l’approche communautaire de citoyens de la Gaspésie de différentes générations.
Photo: ONF «Ramaillages», c’est six épisodes, tous en noir et blanc, qui se penchent sur le mouvement vers l’autonomie alimentaire et l’approche communautaire de citoyens de la Gaspésie de différentes générations.

À l’été 2017, un groupe d’opposants au projet de forage de gaz de schiste de Galt, en Gaspésie, a bloqué l’accès au chantier, avec le soutien du chef héréditaire micmac Gary Metallic. Plus de deux ans plus tard, ce segment du projet de forage en Gaspésie n’a toujours pas été développé.

Cette opposition, en phase avec l’actualité, est documentée dans la série documentaire Ramaillages, sur la néoruralité, tournée en Gaspésie par Moïse Marcoux-Chabot, et produite par l’ONF.

Il s’agit de six épisodes, tous en noir et blanc, qui se penchent sur le mouvement vers l’autonomie alimentaire et l’approche communautaire de citoyens de la Gaspésie de différentes générations.

Délaissant l’expression « retour à la terre », qu’il estime appartenir à une autre génération, Moïse Marcoux-Chabot parle plutôt de projets alimentaires à petite échelle, d’un rejet des pratiques industrielles. Il y a cet apiculteur qui a conçu de nouvelles ruches qui protègent mieux les abeilles. Il y a ces 14 personnes qui se sont unies pour créer un grand jardin. Il y a ces deux filles qui ont appris à couper elles-mêmes leur bois de chauffage. Il y a ce poète, Bilbo Cyr, militant écologiste qui résiste aux projets de Junex. Moïse Marcoux-Chabot lui a d’ailleurs déjà consacré un court métrage intitulé Lespouère.

Les personnes, comme les lieux ne sont volontairement pas identifiés dans la série. Ce qu’on veut montrer, c’est toute la Gaspésie qui se réseaute, se ramaille, se cultive.

Plusieurs des citoyens de Gaspésie qu’il suit sont des jeunes, la plupart ayant délibérément choisi de venir ou de revenir en Gaspésie après un séjour à la ville.

Moïse Marcoux-Chabot lui-même est natif de Saint-Nérée-de-Bellechasse, a vécu à Québec et à Montréal avant de retourner vivre en Gaspésie avec conjointe et enfant.

« Je n’étais pas très heureux dans l’environnement urbain », dit-il. Il tombe sous le charme de la Gaspésie précisément en visitant des amis qui y avaient investi leurs espoirs d’une vie meilleure.

Ramaillages, c’est une expression qui désigne la réparation des filets, comme ce filet social, ce réseau communautaire sans lequel les rêves sont difficilement réalisables.

Réparer le filet

« Dans le mot “ramaillages”, il y a l’idée de réparer les mailles d’un filet, raconte Moïse Marcoux-Chabot. C’est le procédé par lequel les mailles sont retissées et resserrées »

Aussi, la série documente une série de corvées, de manifestations ou de fêtes collectives qui rapproche les gens. « Ce que je vois ici, c’est que les gens qui réussissent leur projet, qui restent plus longtemps, ont une démarche plus commune. Ce sont des choses qui sont souvent difficiles à faire tout seul », dit-il.

Ces gens qui décident de tenter le projet de l’autonomie alimentaire, ils sont de plus en plus nombreux, croit-il. Plusieurs trouvent « dans l’idée d’arrêter de nuire et de polluer » une façon de soigner leur écoanxiété.

« Ça ne représente pas la totalité de la population de la Gaspésie, mais il y a beaucoup de gens qui font leur jardin », dit-il. L’agriculture, très présente dans la région dans le passé, refait surface, à l’échelle locale. Et le climat, s’il entraîne des étés plus courts, n’y est pas hostile. « La Baie-des-Chaleurs était autrefois un grenier », raconte Marcoux-Chabot.

Il se trouve même un agriculteur pour dire que la Gaspésie produit les meilleures carottes au monde, plantées dans un sol minéral et frottées aux fraîcheurs de l’automne !

À Mont-Saint-Pierre, où il vient d’emménager, Moïse Marcoux-Chabot participe à un groupe d'élevage communautaire de porcs depuis trois ans, comme celui que l’on voit dans la série. « Ils élèvent environ quatre porcs par année, pour nourrir sept familles , dit-il.  On essaye de donner une meilleure qualité de vie à l’animal ».

« Cela nous fait prendre conscience de ce que c’est, manger de la viande. »

Il est vrai que de contempler cet énorme cochon fraîchement tué, écartelé, suspendu par les pieds, donne plus d’émotions que la vision des côtelettes empaquetées sous cellophane du supermarché…

Il y a déjà un bon moment que Moïse Marcoux-Chabot a adopté le noir et blanc dans ses documentaires. C’est une façon pour lui de résister au déluge de couleurs et de stimulations auquel nous sommes soumis jour après jour. « Je ne voulais pas montrer une Gaspésie de carte postale », dit-il. Le noir et blanc redonne aux montagnes, à la mer, et même à la route gaspésienne leur gravité, leur grandeur et leur mystère.

Ramaillages

De Moïse Marcoux-Chabot. Montage : Philippe Lefebvre.

Disponible en ligne à onf.ca dès le 7 mars. Et aussi en vitrine aux RVQC, à la Cinémathèque québécoise, le 7 mars, 17 h 15.