L'adolescence ensoleillée de Léa Olivier

Léa Olivier (Laurence Deschênes, à droite) vient tout juste d’emménager à Montréal avec sa famille. Contre son gré. Tout lui manque de son ancienne existence: sa meilleure amie, son amoureux, ses repères.
Photo: Martin Lipman Léa Olivier (Laurence Deschênes, à droite) vient tout juste d’emménager à Montréal avec sa famille. Contre son gré. Tout lui manque de son ancienne existence: sa meilleure amie, son amoureux, ses repères.

Mélodramatique et drôle, Léa Olivier a conquis le coeur de milliers de lecteurs. La série en douze tomes qui lui est consacrée s’est écoulée à plus d’un million d’exemplaires. Sa créatrice, Catherine Girard-Audet, est une superstar des salons du livre. Devant son kiosque s’étirent invariablement des files interminables pouvant rivaliser avec celles de Ricardo. Nombreux sont les ingrédients qui expliquent cet engouement. L’humour de certaines scènes, le rythme des dialogues, les situations réalistes et rigolotes que vivent ses personnages… Presque normal, alors, qu’après une adaptation en version bédé et plusieurs livres dérivés, Léa Olivier arrive désormais à la télé.

Catherine Girard-Audet elle-même semble encore émerveillée par son succès. Dimanche, dans un Impérial bondé de familles, elle a introduit les trois premiers épisodes de la série qui sera présentée sur Club Illico. Sa voix s’est brisée quand elle a remercié les « chers fans ». « C’est grâce à vous que j’ai été publiée, grâce à vous si je peux voir ma vie sur grand écran. »

Cette vie, c’est celle de l’ado du titre, son alter ego, qui vient tout juste d’emménager à Montréal avec sa famille. Contre son gré. Tout lui manque de son ancienne existence : sa meilleure amie, son amoureux, ses repères. Il lui faudra d’ailleurs du temps pour les retrouver dans la métropole, pour apprivoiser sa nouvelle école, pour se faire de nouveaux copains.

À l’écrit, ces aventures sont racontées par succession de textos, de courriels. Chose qui représentait le plus grand défi d’adaptation. « Dans les livres, Léa et sa meilleure amie sont séparées par 400 kilomètres, raconte Rachel Cardillo, qui cosigne le scénario avec Sébastien Bertrand. Il fallait donc les faire vivre chacune dans leur univers. » Il fallait surtout trouver une bonne façon de traduire ces échanges de messages à l’écran. Car la technologie demeure l’une des choses les moins cinématographiques qui soient. Regarder quelqu’un regarder son cellulaire ? Non merci.

C’est pourquoi la scénariste a pensé placer les personnages dans des « bulles » lorsqu’ils s’envoient des textos. À son tour, le réalisateur, Martin Cadotte, les a réunis dans une même pièce tandis qu’ils communiquent à coups de « JTM, xxx ». Par exemple, sa meilleure amie apparaît dans les toilettes de l’école où Léa se réfugie pour pleurer. Puis, son amoureux passe en un clin d’oeil du garage où il travaille à la chambre de l’héroïne pour lui parler un peu. Chouette effet. « Ça nous a permis d’ajouter de l’intensité aux discussions amoureuses et amicales entre nos personnages », résume la scénariste.

Ces thèmes occupent effectivement un grand temps d’antenne. « C’est beaucoup ça. C’est presque seulement ça, en fait : les histoires d’amour compliquées de Léa, résume Rachel Cardillo. Et c’est ce dont nous avons voulu parler. Parce qu’à 14 ans, l’amour, c’est tout nouveau. On fait des erreurs, on est mélangés… » Notons qu’en filigrane, l’équipe a également souhaité aborder l’idée de « prendre sa place, de se trouver comme personne, de faire ce qu’on aime ».

Justement, Martin Cadotte confie avoir adoré réaliser cette série. « Il y avait quelque chose de frais dans les livres. Quelque chose de chaud. J’ai voulu le transposer à l’écran. » Une référence qu’il avait en tête ? « J’ai beaucoup pensé au Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Ce film m’avait marqué par sa bonté. » « Martin a vraiment compris quand mettre des punchs, le félicite Catherine Girard-Audet. L’humour, c’est très important. Il a bien saisi le côté drama queen de Léa. Et l’actrice, Laurence Deschênes, l’interprète très bien d’ailleurs. »

Avec son rythme peut-être plus posé que ne le sont les romans pétillants, cette « Vie » s’avère douce et ensoleillée. Le tout s’ouvre sur un générique bercé par Comme des enfants, de Coeur de pirate, et est meublé de répliques d’ado dramatiques qui font sourire, du type : « Je pense qu’il ne m’aime plus. Je lui écris de longs textos et il me répond en emojis ! » Notons néanmoins que, contrairement à des séries jeunesse telles que L’Académie, Le Chalet ou Riverdale, la question de la diversité sexuelle, de plus en plus présente au petit écran, n’est pas abordée. Du moins dans les trois premiers épisodes que nous avons pu visionner. Les filles ont des kicks sur les garçons, les garçons ont des kicks sur les filles. Et ils en discutent entre les rangées de casiers jaunes, dans la cour d’école, entrecoupant le tout de prises de selfies, de séances d’études ou de parties de vérité ou conséquence.

Vie compliquée ? Juste un petit peu.

Porte d’entrée

Pour accompagner la sortie de la série, les éditions Les Malins et de la Bagnole font paraître le tome zéro de La vie compliquée de Léa Olivier. Un roman qui agit tel un guide d’entrée dans l’univers de Catherine Girard-Audet. L’action débute juste avant que l’héroïne, son grand frère tombeur et leurs parents déménagent officiellement à Montréal. Pour célébrer l’événement (et réconforter Léa), ils planifient un petit séjour dans la grande ville afin de l’apprivoiser avant d’y poser définitivement leurs valises. Évidemment, l’entreprise ne sera pas sans aventure rocambolesque. Affrontant la « jungle urbaine », les jeunes protagonistes se perdront dans les dédales du Complexe Desjardins et lanceront la police à la recherche de Léa. Les fidèles retrouveront ici les insultes amicales entre frère et soeur qui ponctuent habituellement les romans (tête de poulet, cerveau maigrelet) et les situations signature comiques de l’écrivaine. À noter : chaque chapitre est raconté du point de vue d’un personnage, dont certains seront plus développés dans la série télévisée. À suivre, donc.

La vie compliquée de Léa Olivier. Tome Zéro
Catherine Girard-Audet, Éditions Les Malins et Éditions de la Bagnole, Montréal, 2020, 336 pages. En vente dès le 24 février.

La vie compliquée de Léa Olivier

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