«Transplanté», un drame médical en santé

Laurence Lebœuf incarne une résidente de deuxième année dans «Transplanté».
Photo: Bell Média Laurence Lebœuf incarne une résidente de deuxième année dans «Transplanté».

Trauma, Urgence, Septième nord, Ben Casey, Nurse Jackie, ER, Good Doctor, The Knick, Scrubs, Grey’s Anatomy, Private Practice… On pourrait enchaîner les titres d’émissions médicales de multiples époques sur plusieurs et plusieurs lignes. Car le décor hospitalier semble inspirer de façon inépuisable. Le dernier drame de ce type en date ? Transplant ou, dans sa version doublée, Transplanté. Une production de Sphère Média Plus, en collaboration avec Bell Média et NBCUniversal International Studios qui sera diffusée en anglais sur CTV et en français sur VRAK les mêmes soirs, avec une petite heure de décalage.

Le récit se déroule au fictif York Memorial Hospital de Toronto, présenté comme « le meilleur service d’urgence du pays ». Et, justement, quand le premier épisode débute, le meilleur médecin de ce meilleur service déguste tranquillement un plat dans un petit restaurant de shish taouk. Il ne le sait pas, mais celui qui lui a servi ledit plat est également médecin. Ou du moins, il l’était. Quand il habitait en Syrie, pays en guerre qu’il a fui.

Quelques secondes après cette introduction soignée, les événements s’enchaînent à la vitesse de l’éclair. En raison d’un terrible accident, ce nouvel immigrant devient patient de l’hôpital susmentionné. Puis, il y est engagé. Aux services des urgences.

Partant de cette prémisse, Transplanté aborde la difficulté de l’intégration. Le racisme ordinaire. L’impossibilité de pratiquer son métier à l’étranger.

Et c’est notamment grâce à ce point de vue, celui de l’étranger, que NBCUniversal a bien voulu s’associer à Transplanté, affirme le producteur, Jocelyn Deschênes. Après tout, le conglomérat américain a déjà New Amsterdam (un autre drame médical) dans son catalogue. « Mais ils ont pris notre série quand même parce qu’on arrivait avec une vision complètement différente. » Une vision qui a énormément plu à Laurence Leboeuf. L’actrice québécoise, juste comme toujours, incarne ici une résidente de deuxième année. C’est elle qui devra guider le nouveau médecin syrien à travers les codes de l’hôpital. « Je ne peux pas m’imaginer ce serait quoi d’avoir à quitter tout ce que je connais et tout ce que j’ai pour essayer de refaire ma vie ailleurs, remarque-t-elle. C’est une entrée dans l’émission vraiment unique. »

Enjoliver l’expérience médicale

Le soin apporté à l’image ressort des deux épisodes que nous avons pu visionner. Il faut dire que l’équipe est du type cinq étoiles. La direction photo est assurée par Pierre Gill qui a, entre autres, travaillé sur Polytechnique, de Denis Villeneuve et Elephant Song, de Charles Binamé. Du côté de la réalisation, quatre cinéastes se succèdent, dont Érik Canuel, Alain Desrochers et Stefan Pleszczynski. Les premiers épisodes, eux, sont signés par la Torontoise Holly Dale qui connaît bien cet univers particulier, puisqu’elle a participé à Chicago Med.

Certaines scènes sont néanmoins cinématographiques dans un autre sens (le romancé). On pense au docteur qui entre par l’entrée principale de l’hôpital et se rend directement en salle d’op. pour manipuler le patient sans se laver les mains, enfiler son sarrau ou mettre des gants (n’a-t-il pas vu Épidémie ? !) Mais c’est aussi pour ça qu’on aime tant les drames médicaux : ils enjolivent l’expérience chirurgicale. Il y a toujours des personnages qui cachent des blessures de vie insurmontables, d’autres qui semblent incapables de fonctionner en société. Il y a des alliances qui se créent, des conflits tortueux, et des sentiments amoureux qui naissent. Certes, le tout vient parfois avec des pirouettes scénaristiques improbables. Et les scénaristes de Transplanté semblent y avoir fait un clin d’oeil volontaire et judicieux en faisant dire à un personnage : « Ce n’est pas tous les jours que l’on voit un patient devenir médecin deux semaines plus tard. » Effectivement.

Reste que l’équipe assure avoir mis beaucoup d’importance sur l’aspect médical. Laurence Leboeuf, qui a joué les médecins dans Trauma, rappelle que les acteurs ont été épaulés cette fois par le Dr Zachary Levine, urgentologue, ainsi qu’« un infirmier qui s’appelle Mike ». De son surnom : Magic Mike. « Il nous a guidés à travers les manipulations que nous avions à faire. C’étaient de grosses mises en scène. On répétait durant quatre à cinq heures, puis on tournait pendant six à sept heures. Pour aller dans le plus de détails possible. » Nos connaissances en cardiomyopathie et en sonde de Blakemore ne nous permettent pas de confirmer ou infirmer la justesse des scènes en salle d’opération, mais si l’on parle d’un point de vue télévisé uniquement, c’est fort bien fait. Les dialogues vont droit au but (« Cet homme a besoin de soins ! ») Et si discours imagé il y a, il est succinct. (« Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent, mais dans le fond, vous savez qui vous êtes. Vous êtes un homme qui aime sa famille. »)

Et puisqu’il est question de famille, notons que du côté de la distribution, le rôle principal est porté par Hamza Haq, talentueux acteur pakistano-canadien. On remarquera aussi la performance de l’actrice québécoise Ayisha Issa, que l’on a vue sous les traits de « Bouba » dans Unité 9. Les scènes en extérieur ont été tournées devant le CHUM, ainsi qu’à Toronto. Mais les décors ont été entièrement construits aux studios MTL Grandé de Pointe-Saint-Charles. Là où Julie Snyder a établi aussi les quartiers de son talk-show. Comme le dit Laurence Leboeuf : « C’était vraiment impressionnant. La première fois qu’on est entrés, on s’est perdus. »

Les protagonistes, eux, se perdent parfois dans leurs pronostics. Et c’est à coup d’indices qu’ils réussiront, la plupart du temps, à résoudre le cas. On pense par moments à Doctor House. Et à tous ces symptômes étranges qui menaient des personnages à dire  « c’est du lupus ! » avant de se rétracter et de trouver la cause du problème.

Alors, une autre série médicale, Transplanté ? Peut-être. Mais une bonne.

Transplanté

Dès le 26 février sur les ondes de CTV, le mercredi à 21 h. Sur les ondes de VRAK, le mercredi à 22 h.