«Utopia Falls»: la voix d’Utopia

Tous les pas que les jeunes protagonistes apprennent se ressemblent, tous les airs qu’ils entendent sonnent exactement comme les autres. Jusqu’à ce que deux d’entre eux découvrent une mystérieuse bibliothèque secrète qui parle.
Photo: CBC Gem Tous les pas que les jeunes protagonistes apprennent se ressemblent, tous les airs qu’ils entendent sonnent exactement comme les autres. Jusqu’à ce que deux d’entre eux découvrent une mystérieuse bibliothèque secrète qui parle.

Quelque part entre La voix, Révolution et Hunger Games, se trouve Utopia Falls. Dans cette émission de science-fiction, des ados chantent, dansent, remettent en question l’autorité et tentent de sauver l’humanité. C’est CBC Gem, le pendant anglophone de Tou.tv, qui présente les dix épisodes. Et la fin — de la série et non du monde — laisse supposer qu’il y aura une suite.

Vrai que les ingrédients pour plaire à un jeune public sont ici rassemblés. Il est question d’amitié, de relations amoureuses, de famille et d’univers futuriste. Le tout sur une solide bande-son combinant, entre autres, Kendrick Lamar, les Roots et Erykah Badu. Sans oublier des morceaux de quelques artistes montréalais dont Cafe Fuego, Pierre Kwenders et le collectif Moonshine. Les chorégraphies énergiques sont signées, quant à elles, par Tanisha Scott, qui a notamment travaillé avec Rihanna, Alicia Key et Beyoncé. Feuille de route étoilée.

En se lançant dans l’entreprise Utopia Falls, le créateur, réalisateur et scénariste, R.T. Thorne avait une idée. Vraiment toute simple : rendre hommage au hip-hop. Mais rapidement, l’étincelle s’est muée en interrogation plus grande : « Et si le hip-hop n’avait jamais existé ? » Puis, ce flash a mené à la trame de la série : « Et si tous les styles de musique avaient été ensevelis dans l’oubli, balayant du même coup les contestations sociales les ayant inspirés ? » Plus de rébellion, plus de rock.

Nous vivons dans une société où tout le monde se regarde, s’examine, se juge. Avant même de se connaître. Beaucoup de jeunes se comparent aux autres. Il y a un risque de se perdre dans la quête de la renommée.

Désirant creuser ce filon, R.T., un natif de Calgary, a imaginé un univers au premier abord idéal. Où tous les gens sont égaux, du moins en apparence. « En science-fiction, on nous présente souvent des mondes dystopiques où absolument tout est devenu merdique », s’esclaffe-t-il. Paysages déserts, océans à sec, soif, faim, apocalypse, robots tueurs. « Nous souhaitions plutôt commencer avec une société qui semble en santé. Où il n’y a pas de problèmes raciaux, où toutes les orientations sexuelles sont acceptées, où il n’y a pas de divisions entre les genres. Mais si les citoyens ne perçoivent pas les différences, c’est parce qu’ils sont manipulés, isolés. »

Dans ce lieu où tout le monde est vêtu du même uniforme d’apparence carcérale se trouve une école de danse, de chant et de musique réservée à de jeunes « élus ». Ils sont motivés, mais l’élimination les guette à chaque instant. Sans arrêt, ils sont soumis à des défis qui risquent de leur coûter leur place, façon Danser pour gagner.

Particularité : tous les pas qu’ils apprennent se ressemblent, tous les airs qu’ils entendent sonnent exactement comme les autres. Jusqu’à ce que deux d’entre eux découvrent une mystérieuse bibliothèque secrète qui parle (avec la voix du vétéran du rap, Snoop Dogg, le vrai). Ce dernier leur présente la « musique du passé ». Le gospel, la pop, le country. Soudain, tout un monde s’ouvre à eux. Et avec lui, ses richesses, comme ses horreurs. C’est quoi ça, le blues ? C’est quoi ça, la guerre ?

« La Corée du Nord a souvent été mentionnée durant nos séances d’écriture, mentionne à son tour R.T. Thorne. Après tout, la musique qu’on y entend parle du chef suprême et… c’est tout. Quand on efface l’extérieur, le peuple fait ce qu’on lui dit. »

Ce que le créateur a souhaité dire ici c’est à quel point il est important de connaître son passé. D’être curieux. Et de s’interroger sur la célébrité. Ou plutôt, sur ce qu’il qualifie de « perception, d’illusion ». « Nous vivons dans une société où tout le monde se regarde, s’examine, se juge. Avant même de se connaître. Beaucoup de jeunes se comparent aux autres. Il y a un risque de se perdre dans la quête de la renommée. »

Les jeunes protagonistes d’Utopia Falls, néanmoins, n’ont pas accès aux réseaux sociaux. (« Parce que c’est votre idée d’un monde idéal, R.T. ? » « Ah, non. Parce que ainsi, les citoyens ne peuvent pas communiquer entre eux ou échanger d’idées. Ils sont encore plus contrôlés. »)

Distribution attachante

Pour incarner cette bande d’adolescents passionnés d’art, l’équipe a choisi une distribution attachante, composée d’acteurs que nous n’avons pas vus dans 278 autres productions. Parmi eux, Humberly González. Cette diplômée de l’École nationale de théâtre du Canada, du côté anglophone, née au Venezuela, incarne une étudiante contestataire qui refuse de se conformer aux règles. « Elle a toujours quelque chose à dire, elle est très émotive. Elle me ressemble beaucoup », nous confie la comédienne. Et elle lui ressemble dans sa façon de danser. « Pendant les répétitions, on me disait toujours d’amener l’essence de mes origines et de mes racines à mon travail, relate Humberly. “Fais-le davantage comme toi ! ” »

Soulagement de pouvoir être elle-même à l’écran ? « J’ai grandi sans voir de personnages qui me ressemblaient, si ce n’est dans des telenovelas ou des romans-savons. Mais je suis si différente ! Enfin les personnes latino-américaines ont une voix dans cette industrie. »

Utopia Falls

Sur CBC Gem, dès vendredi.