«Le guide Green Book»: l'autre «Green Book»

Russell Contreras Associated Press

L’Oscar du meilleur film à Green Book aura été fraîchement accueilli en 2019, cette version romancée de la tournée d’un pianiste noir raffiné sous la protection d’un chauffeur italo-américain fruste et mal dégrossi, manquant de tonus comme de perspective historique. Par la voie du documentaire, le Smithsonian Channel riposte en refaisant le chemin du guide de voyage au centre de ce biopic, né en 1936 de l’esprit allumé du postier Victor Green pour permettre aux siens de se déplacer en sécurité dans une Amérique grevée par le profilage racial.

Au volant, la réalisatrice Yoruba Richen balise le terrain avec autant d’aplomb que de soin évident. Témoignages touchants et éclairages savants s’entremêlent aux archives permettant de mieux saisir l’esprit d’un temps où la haine de l’autre pouvait s’afficher en toutes lettres sur les devantures. Spécialement dans les sundown towns où les Noirs étaient carrément interdits de séjour après le coucher du soleil, sous peine d’être lynchés.

En filigrane, la réalisatrice raconte l’histoire d’une Amérique noire qui, forte de ce réseau de la débrouille de 9500 adresses accumulées sur trois décennies, s’est fortifiée jusqu’à la signature du Civil Rights Act, en 1964. Paradoxalement, cette victoire sur le bon sens sonnera aussi la fin de l’âge d’or pour ces institutions dont seul le tiers subsiste. Voilà certainement le meilleur chemin pour comprendre comment ces deux Amériques ont pu cohabiter et, surtout, mesurer la nécessité d’en garder vivants les derniers témoins pour ne pas qu’ils tombent dans l’oubli.

Le guide Green Book

RDI, lundi, 20h