«La Maison-Bleue»: bienvenue dans la République (dysfonctionnelle) du Québec

Entouré de sa fille adoptée (Anyjeanne Savaria) et de sa femme Mireille (Anne Marie-Cadieux), une espèce de Jackie Kennedy des pauvres, le président Hamelin (Guy Nadon) est au plus bas dans les sondages.
Photo: Radio-Canada Entouré de sa fille adoptée (Anyjeanne Savaria) et de sa femme Mireille (Anne Marie-Cadieux), une espèce de Jackie Kennedy des pauvres, le président Hamelin (Guy Nadon) est au plus bas dans les sondages.

Se servir du politique pour rire de notre société et de nos travers ? C’est là le nerf de la guerre pour la nouvelle série réalisée par Ricardo Trogi La Maison-Bleue, une « pure comédie » qui nous plonge dans la garde rapprochée — assez dysfonctionnelle — du quatrième président de la République du Québec.

La quoi ? C’est que les 10 épisodes de La Maison-Bleue, écrits par Daniel Savoie (derrière le personnage du sportif Patrice Lemieux) et Ricardo Trogi en collaboration avec Louis Morissette et François Avard, se déroulent dans un monde parallèle et farfelu où les Québécois ont voté en faveur de l’indépendance lors du référendum de 1995 — à 50,2 %.

Le président en place, Jacques Hamelin (classique Guy Nadon), est installé dans les murs de la Maison-Bleue, un clin d’oeil évident à la résidence présidentielle américaine.

Pour donner une idée du niveau d’humour volontairement « très épais et assumé », dixit Morissette, Hamelin est le quatrième président québécois, après Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et… Mario Tremblay.

Entouré de sa fille adoptée (Anyjeanne Savaria) — le personnage le plus intelligent du lot — et de sa femme Mireille (Anne Marie-Cadieux), une espèce de Jackie Kennedy des pauvres, le président Hamelin est au plus bas dans les sondages. Il se cherche un « projet de société » pour mobiliser la population divisée et même tentée par un retour dans le Canada.

Écrire sur La Maison-Bleue est un peu comme le regarder : c’est assez amusant, mais c’est avancer sur un sol un peu inconnu, car c’est une proposition comme il s’en fait peu à la télévision.

Déjà, les comédies de situation pures ne sont pas légion. André Béraud, le directeur de la fiction de Radio-Canada, soulignait d’ailleurs mardi que la comédie dramatique avait la part du lion dans le genre comique. Et en plus, plonger le tout dans un monde politique, aussi uchronique soit-il, ajoute une couche de beau et d’étrange.

« Mauvais coup »

« J’ai le feeling de préparer un mauvais coup », a d’ailleurs lancé Louis Morissette avant de présenter à la presse les quatre premiers épisodes de cette série disponible dès jeudi sur Tou.TV.

Le coup n’est pas mauvais, par contre, parce que La Maison-Bleue réussit à la fois à nous faire éclater de rires bien gras tout en réussissant à ce qu’on s’attache à ces personnages, principalement ceux du clan Hamelin.

« 80 % des enjeux sont beaucoup autour de la famille, le voisin [du président], sa fille sa femme, ses amis, la solidarité qu’il a avec Stéphane [Dominic Paquet], son garde du corps, explique Louis Morissette. L’histoire est campée dans un environnement politique, mais on essaie de ne pas trop en faire parce que généralement… » Ricardo Trogi le coupe en s’écriant : « C’est plate ! ».

Et le familial comme le politique finit par s’embourber dans une mer de malaises et d’incompétence. « Ricardo le répète toujours, c’est une gang qui n’ont pas les moyens de leurs ambitions », souligne Morissette.

En ce sens, le projet de société tant désiré par le président du Québec se révèle être une offre pour le moins originale des États-Unis : échanger une partie de la Floride contre le Grand Nord québécois. Ce qui fera briller les yeux de tous les snowbirds, en veston-cravate ou en chemises fleuries.

Piège évident

Ce que réussit aussi à amener le ton unique et plus grand que nature de La Maison-Bleue, c’est la possibilité de faire des blagues sur des sujets sensibles, comme la politique même. Mais non sans danger, a remarqué Louis Morissette, qui notait déjà une perception erronée de la série en raison de sa prémisse indépendantiste.

« L’idée, c’est pas de porter un jugement sur nos partis politiques actuels, tant que ça. C’était pas de réécrire l’histoire comme elle s’est réellement jouée en 1995 », note celui qui produit également la série. La Maison-Bleue, précise-t-il, est d’ailleurs campée dans un système politique différent, ce qui permettait au récit d’être plus libre et d’aller plus loin.

« On n’est pas des fous. On le savait très bien qu’on était [diffusé] sur une société d’État pancanadienne où on va parler de souveraineté du Québec. Le piège est gros gros gros de même de se faire dire qu’on prend position, qu’on véhicule une philosophie. Faque en partant on l’a contourné pour faire quelque chose ou somme toute tout le monde est un peu nono, dans un monde parallèle d’absurdité. »

Oubliez, mais oubliez tout de suite toutes références à quelque chose comme West Wing ou House of Cards. On est ici plus proche de Dans une galaxie près de chez vous (mais avec du budget et des cheveux) ou des Bougon.

À l’instar de ces séries d’ici, La Maison-Bleue parsème des éléments de notre réel dans sa fiction. On y entend des gags sur le Centre Vidéotron toujours vide, sur Occupation double ou sur Boucar Diouf, ce qui fait faire au cerveau quelques pirouettes propres à nous faire rire.

« Ce qui est casse-gueule, c’est le mélange des styles, estime Ricardo Trogi. Il y des affaires qui se mixent mieux que d’autres. Et là, des fois, on va loin dans la connerie avec certaines intrigues. De l’autre, on essaie de se garder une crédibilité. Moi ce mix-là, c’est la première fois que je le fais. Je l’ai déjà vu, des fois pas très bien appliqué, je sais c’est quoi le risque et j’espère que, dans notre cas, ça passe. »

Ça, c’est comme les référendums, des fois ça passe, des fois non.